Enfant de la jungle : se « fondre » dans la nature sauvage

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Suite de mes découvertes plus ou moins récentes, parmi les titres de la littérature jeunesse, dans le catalogue de l’éditeur Gallimard Jeunesse. Enfant perdant tour à tour en peu de temps son père et sa mère, Will va trouver résilience et raison de vivre dans la jungle, auprès des animaux sauvages qu’il défendra et sauvera jusqu’au dernier souffle, s’il le faut. Une histoire touchante et prenante, entre « renaissance » d’un enfant meurtri, et prise de conscience de la nécessité de préserver la nature et les espèces sauvages en voie d’extinction.

Résumé : Will passe des vacances de rêve avec sa mère en Indonésie. Un jour, alors qu’il se promène à dos d’éléphant le long de la plage, l’animal, paniqué, s’enfuit soudain dans la jungle. Et une vague immense déferle… Perdu au cœur de la forêt, Will n’est pas seul: Oona, l’éléphante qui lui a sauvé la vie, fera de lui un enfant de la jungle…

Ma vision du livre :

YVdTeDN3UYEOuQaBvPpKpthbO1IÉtant inspirée de fait réels, cette histoire se dévore pratiquement d’une traite, tant on est de suite absorbés par la narration de Will, ce petit garçon courageux, trouvant une nouvelle raison de vivre, malgré lui, à « apprivoiser » la jungle, ses « codes », ses animaux sauvages, et à vouloir tout faire pour les protéger.

Ayant perdu son père lors de la guerre d’Irak, Will part avec sa maman au bout du monde, en Indonésie, pour tenter « d’oublier » ce drame et de changer d’air quelques temps. Mère et fils ne communiquent pas forcément sur ce qu’il s’est passé et sur ce que cela a provoqué en eux, préférant ne pas mettre de mots sur leurs ressentis et leurs blessures. Plutôt ne rien dire que de rouvrir la plaie béante qui leur fait tant de mal à l’un comme à l’autre…

Un jour, Will veut à tout prix faire cette balade à dos d’éléphant qu’il espère depuis un bon moment et qui lui tient tant à cœur. Sa maman, qui a organisé cette belle surprise pour son fils, préfère rester au bord de mer, à profiter de la plage. Alors que Will fait la connaissance d’Oona, éléphante sage et docile, et de son jeune guide, les voilà partis dans une épopée qui, en fait, va les amener bien plus loin qu’ils l’auraient imaginé…

En effet, Oona devient subitement nerveuse et se met à courir. Elle a senti quelque chose d’anormal, c’est évident. Les animaux sentent toujours les catastrophes bien avant nous… Sur le littoral, a lieu le tsunami dévastateur qui a fait tant de victimes et de dommages, ce 26 décembre 2004… Will tremble pour sa maman, qui était sur la plage ou en train de nager en mer. Il va passer par toutes les émotions : la peur, l’urgence de se sauver, se sentir coupable d’avoir laissé sa mère, seule, en bord de mer, tandis que lui se baladait à dos d’éléphant… La torpeur, la tristesse, de se dire qu’il est peut-être là, au bout du monde, devenu orphelin, lui qui a déjà perdu son père…

Will sera contraint de suivre Oona dans la jungle, et de devoir apprendre à survivre à ses côtés en attendant de retourner sur le littoral. Mais a-t-il vraiment envie d’y retourner, et le courage de faire face à la disparition de sa mère ? Tant qu’il est là, loin de tout ce chaos, il a encore l’espoir de se dire qu’elle a pu s’en sortir… Ses grands-parents vont-ils le rechercher, après avoir vu ce qui s’est passé en Indonésie ?

Pour l’heure, l’important est de survivre, dans la jungle, Will n’ayant pas d’autre choix que de faire confiance à Oona. S’en suivront, jour après jour, la découverte d’autres espèces, et de leur façon de vivre dans la jungle, et Will va finir par se fondre totalement dans le décor et devenir un véritable « enfant de la jungle ». Jusqu’au jour où un autre drame finira par arriver, et Will sera témoin de cette horreur perpétrée par des braconniers sans scrupule, menés par M.Anthony, « riche » grâce à  cette nature qu’il devaste. Séparée d’Oona, il espère survivre et il restera digne jusqu’au bout, en hommage à ce tigre qu’il aimait tant, et qui n’est plus, répétant devant ses potentiels assassins ce poème, comme un mantra lui donnant de la force :

Tigre, tigre, ta brûlante étincelle
Brille dans les forêts de la nuit,
Quelle main ou quel œil immortel
A pu façonner ta terrible symétrie ?

Ayant pu s’échapper et retrouver Oona et ses autres compagnons, Will et ces derniers vont arriver à un dispensaire tenu par Géraldine, qui a donné sa vie à protection des orangs-outans. Faisant un malaise à son arrivée au dispensaire, Will ne sera pas lâché par Oona qui restera dehors, « trompe à la fenêtre », à veiller sur lui, n’allant même plus se nourrir pour rester auprès de son « enfant », Géraldine et les nourrices devant aller chercher au pachyderme de quoi se nourrir !

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La relation entre Will et Oona est devenue quasi « filiale » au fil du temps. Contraints de « cohabiter » ensemble dans la jungle afin de se sauver du tsunami, ils ont noué une relation faite tout d’abord de découverte l’un de l’autre, puis de confiance mutuelle jusqu’à ne plus imaginer être séparés l’un de l’autre… Plus d’un an aura passé entre la catastrophe et le final de ce roman. Mais le temps passé par Will dans la jungle, et celui que nous avons passé à lire cette œuvre touchante, parait bien plus court…

Les grands-parents de Will ont retrouvé la trace de leur petit-fils et sont venus le chercher jusqu’en Indonésie. Bien entendu, ils vont lui apprendre que sa maman n’aura pas survécu au drame… Même si Will devrait être heureux à l’idée de retrouver sa vie en Angleterre, il sait au fond de lui que sa place est ici, avec Oona. Pourrait-il désormais vivre sans elle ? Va-t-il retourner à sa vie ou rester auprès d’elle, de Géraldine et de ses compagnons sauvages, dont il se sent désormais quelque peu « responsable » ? Vous le saurez en lisant « Enfant de la jungle », et je vous mets au défi de ne pas verser un torrent de larmes lors de sa lecture…

Pour finir, voici un poème présent dans le roman, et qui fait réfléchir quant au comportement de certains humains :

Quand tous les arbres
ont été abattus,

quand tous les animaux
ont été chassés,

quand toutes les eaux
sont polluées,

quand tout l’air est
dangereux à respirer,

alors seulement
tu découvres que tu ne peux pas
manger l’argent.

(Prophétie crée, Amérique du nord)

« Enfant de la jungle», roman junior (dès 10 ans). Auteur : Michael Morpurgo. Illustrations par Sarah Young. Traduit de l’anglais par Diane Ménard.

Paru le 7 mai 2010 chez Gallimard Jeunesse.

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Ci-contre: l’auteur, Michael Morpurgo.

 

 

 

Jefferson : ce roman vous apportera bien plus que ce que vous attendiez !

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Déjà auteur de bon nombre d’ouvrages, Jean-Claude Mourlevat, auteur que je ne connaissais pas jusqu’alors, vient de publier, chez Gallimard Jeunesse, « Jefferson », un roman absolument addictif, mettant en scène des animaux vivant comme tout un chacun leur petite vie dans un pays en parallèle des humains. Un livre qui m’a absolument remué après sa lecture, et que je ne suis pas prête d’oublier…

Résumé : En ce radieux matin d’automne, le hérisson Jefferson décide d’aller chez son coiffeur se faire rafraîchir la houppette. Comment pourrait-il imaginer, alors qu’il arrive plein d’entrain au salon Défini-Tif, que sa vie est sur le point de basculer ? Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, le brave Jefferson, 72 cm de frousse et de courage, est jeté dans une aventure qui le mènera, pour le meilleur et pour le pire, au pays des êtres humains. Dans un polar haletant, parfois féroce, mais où dominent la tendresse, l’amitié et le bonheur de vivre, Jean-Claude Mourlevat aborde de façon inédite la question de notre rapport aux animaux.

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Ma vision du livre :

En débutant la lecture de « Jefferson », je pensais simplement passer un bon moment, avec l’histoire de ce petit hérisson (qui m’a intrigué sur la couverture du livre), et de ses amis. Mais j’ai trouvé bien plus que ça, si bien qu’il m’a bouleversé et que j’ai mis un certain temps après l’avoir achevé, à reprendre mes esprits. C’est ce genre de surprise que j’aime tant connaitre à la lecture d’un livre, ou lors du visionnage d’un film. Être cueillie, touchée, chamboulée, et parfois plus encore, qu’on me fasse évoluer en tant que personne.

Si au départ, Jefferson est accusé d’avoir tué son coiffeur et devient vite l’ennemi public n°1, on se prend vite à s’attacher à ce petit hérisson à la gentillesse sincère, loyal et téméraire. Plus l’intrigue s’installe, plus le voyage de Jefferson et Gilbert, son fidèle ami, au pays des humains, va prendre des tournures inattendues. S’ils pensaient, lors de leur excursion en car avec les voyages Ballardeaux, pouvoir mener leur petite enquête sereinement, ils se trompaient. Ils vont non seulement réussir au fil des jours, entre visites avec leur groupe dans la ville de Villebourg, et recherches d’indices les menant au vrai coupable, à trouver ce qu’ils étaient venus chercher, mais bien plus encore. Ils vont également découvrir, au-delà de leurs attentes, d’autre valeurs : l’entraide entre animaux, l’amitié et pour Jefferson même, la naissance de sentiments amoureux. Mais aussi, l’effroi, la peur, et la découverte d’un combat mené par leur ami disparu, qui lui a certainement coûté la vie, révélé par la jeune guide de leur excursion.

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C’est indéniablement ce combat, parti pris évident de l’auteur, qui m’a entre autres, autant bouleversé. L’auteur fait passer, habilement et avec des mots simples, sa vision de « l’insensibilité » dont peuvent parfois faire preuve les humains avec les animaux, dans quelques courts passages, sans trop choquer, mais d’une manière assez percutante pour nous faire provoquer une prise de conscience.

Seulement, si ce roman est dit junior (à partir de 9 ans), ces dits passages pourront peut-être heurter la sensibilité des plus jeunes et des plus sensibles au sort des animaux. Mais parfois, cela peut être nécessaire afin de faire réfléchir à toutes ces questions, et il faut bien parfois être un peu « bousculé » dans ses certitudes pour pouvoir évoluer, et parfois même, faire naitre des convictions et provoquer de futurs combats à mener. Mais si les enfants et adolescents sont sans doute le premier public visé, notre responsabilité d’adulte est bien sûr mise à mal, car ce sont d’abord nous et nos ainés qui avons tant à faire pour changer nos comportements et nos habitudes.

Quant à l’intrigue policière en elle-même, certains moments vont nous faire trembler pour ce petit Jefferson, notamment vers la fin. On suit chapitre après chapitre les aventures rocambolesques de Jefferson et de ses amis, et on se met à espérer, pour lui et avec lui, que tout se finisse bien à la fin. On va se prendre à vouloir aider et protéger le petit animal, suite aux émotions fortes vécues par ce dernier. Le happy end sera-t-il au rendez-vous ? Rassurez-vous, bien au-delà des attentes de notre hérisson héros… Pour le découvrir, il vous faudra lire « Jefferson ». Vous ne le regretterez pas.

Souvent drôle, parfois émouvant et bouleversant, on passe du rire aux larmes à la lecture de « Jefferson ». Amitié, entraide, amour, suspense, peur, empathie, protection des animaux… On ne s’ennuie pas une seule seconde et on vit un véritable tour de montagnes russes émotionnelles à chaque chapitre. Il ne fait aucun doute que « Jefferson » restera longtemps au creux de mon âme et de mon cœur, et que je ne suis pas prête de l’oublier de sitôt. Merci, Monsieur Mourlevat.

AVT_Jean-Claude-Mourlevat_8933Ci -contre : l‘auteur, Jean-Claude Mourlevat.

« Jefferson », roman junior (dès 9 ans). Auteur : Jean-Claude Mourlevat. Illustré par Antoine Rozon. Illustrateur de couverture : Lisa d’Andrea.

Paru le 1er mars 2018 chez Gallimard Jeunesse.