[Critique et analyse] Deux Moi de Cédric Klapisch (2019)

Affiche film Deux moi

À la fois assez familier et différent  des précédents longs-métrages de Cédric Klapisch, « Deux moi » se distingue des comédies romantiques car d’une part leurs « héros » sont dans une mauvaise période de leur vie, et d’autre part parce que… Non, je ne peux rien vous révéler, cela vous ôterait le plaisir d’aller voir le film en salles… Voici mon avis sur Le film « Deux moi », photographie d’une génération et d’une époque par Cédric Klapisch.

Genre : Comédie dramatique. Durée : 1h50.

Sorti en 2019.

Réalisation et scénario par Cédric Klapisch.

Musique : Loïk Dury et Christophe Minck.

Société de production : Ce qui me meut, coproduit par France 2 Cinéma et Studio Canal.

Société de distribution : Studio Canal.

Avec François Civil (Rémy Pelletier), Ana Girardot (Mélanie Brunet), François Berléand (le psy de Rémy), Camille Cottin (la psy de Mélanie), Simon Abkarian (Mansour, l’épicier), Eye Haïdara (Djena, la collègue de Rémy au centre d’appel), Rebecca Marder (Capucine, la sœur de Mélanie), Marie Bunel (la mère de Rémy), Patrick d’Assumçao (le père de Rémy), Pierre Niney (Mathieu Bernard, l’ancien camarade de classe de Rémy).

Deux moi Rémy Pelletier

Synopsis : Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans le même quartier à Paris. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux pendant qu’il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyper connectée où l’on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple… Deux individus, deux parcours. Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction… celle d’une histoire amour ?

Ma vision du film :

Si Cédric Klapisch est désormais un réalisateur confirmé dans le paysage cinématographique français, notamment grâce à sa célèbre trilogie (« L’auberge espagnole »,  « Les poupées russes » et « Casse-tête chinois »), beaucoup, acteurs comme spectateurs, s’accordent à dire que le réalisateur sait dépeindre la société, son époque, génération après génération.

Deux moi Pierre Niney et François Civil

Ici, c’est la génération Y, deux trentenaires, Rémy et Mélanie, qui habitent Paris (ils sont voisins), vivant dans de petits appartements certainement au loyer très (trop) élevés, désabusés par la société, leur travail, une rupture pour Mélanie dont elle n’arrive pas à se remettre, mais on comprendra plus tard qu’au-delà de tous ces maux sociétaux auxquels notre génération doit faire face (eh oui, j’en suis…), la racine du mal peut-être bien plus profonde, souvent à chercher du côté familial. [Attention spoiler] Si Rémy fait une crise d’angoisse dans le métro, on comprendra par exemple plus tard que la petite fille qui lui sourit lui rappellera sa sœur, morte à 7 ans d’un cancer…). [Fin du spoiler].

Mélanie et Rémy finiront, à cause de leurs troubles du sommeil, par chacun aller consulter un psychothérapeute (François Berléand pour Rémy, Camille Cottin pour Mélanie…). Si Mélanie arrive avec les applications à faire des rencontres faciles et rapides, elles n’effacent pas pour autant la blessure de sa rupture passée.

Deux moi Mélanie dans son bain

Car malgré les efforts des deux protagonistes afin de sortir, ils se sentent seuls au milieu de la foule, ses amis pour Mélanie ou Rémy dans sa famille… La sensation d’être seule pour nos deux personnages, autant que pour toute une génération qui se sent souvent différente sans oser l’avouer, est bien mise en lumière par Klapisch.

Tout le long du film, on se demande quand la rencontre inévitable entre Rémy et Mélanie aura lieu, puisqu’on sait qu’elle aura lieu, ne faisant que se croiser. Mais avec toutes les raisons de se rencontrer que leur offre les hasards de la vie (le fait qu’ils soient voisins, les courses chez l’épicier, le chat, véritable trait d’union inattendu…). Cédric Klapisch joue gentiment avec notre patience et nos nerfs, mais au final, la fin est à mon sens, parfaite…

Camille Cottin la psy dans Deux moi

La solitude des grandes villes, se retrouver seul, chacun chez soi dans de petits appartements, la précarité des emplois… Si on se demande au départ où le cinéaste souhaite nous emmener, et si on est fin observateur, on comprend certaines choses après coup, comme en quelque sorte des petites énigmes à résoudre, une sorte de « puzzle psychologique ». D’ailleurs, si vous êtes justement attentif, vous verrez sûrement la courte apparition du réalisateur à l’écran lors de la réunion des psychothérapeutes.

Au final, ceux qui iront voir « Deux moi » en espérant une comédie romantique à la française seront sans doute déçus. Les spectateurs qui sauront voir au-delà et comprendre la profondeur du film apprécieront (ou pas). Il y a tout de même « une patte Klapisch » que l’on retrouve dans la majorité de ses films. Le seul à être un peu à part dans sa filmographie (même si je n’ai pas vu tous ses films), c’est « Ce qui nous lie », sorti en 2017, justement mon préféré (dans lequel justement Ana Girardot et François Civil étaient déjà au casting, avec Pio Marmaï). Tout était différent dans ce film, la construction, la bande originale (magnifique), la photographie… Mais « Deux moi », s’il surprend et déroute au début par sa tristesse apparente, est tout de même un bon film. Et si la fin reste ouverte, je ne suis pas convaincue de la probabilité d’une suite qui serait inutile au vu du cheminement antérieur (et intérieur…) de nos deux personnages.

Ana Girardot est Mélanie dans Deux moi

François Civil, lui, commence à se faire un nom et 2018/2019 est son année (on l’a notamment vu dans « Le chant du loup » avec Omar Sy, dans « Mon inconnue » avec Joséphine Japy, qui a beaucoup surpris par son originalité par rapport aux autres comédies romantiques françaises).

Si « Deux moi » n’est pas mon film favori de Cédric Klapisch (qui reste donc « Ce qui nous lie »), il traite d’un mal de deux trentenaires seuls et anonymes à Paris, bien plus profond qu’il n’y paraît. C’est la force du réalisateur qui, à 58 ans, n’a rien perdu de sens de l’observation du monde et de la société qui l’entoure, ancré dans l’époque actuelle.

François Civil est Rémy dans Deux moi

[Critique et analyse] Une vie de chat (de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, studios Folimage)

Affiche Une vie de chatCinq ans avant le très réussi « Phantom Boy », les studios Folimage avaient déjà réalisé « Une vie de chat », toujours un dessin animé sous fond d’intrigue policière. L’action se déroule à Paris, décor particulier où on y suit un chat se partageant entre deux familles, la nuit, et finira sans le vouloir, à rapprocher deux êtres aux antipodes l’un de l’autre. Musique jazzy, voix et dialogues de qualité, style d’animation bien reconnaissable : les studios Folimage, situés près de Valence dans la Drôme, sont garants d’une animation française de qualité.

Sorti en 2010. Durée : 1h10.

Genre : dessin animé, polar.

Réalisation par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli.

Scénario par Alain Gagnol.

Musique : Serge Besset.

Production : Jacques-Rémy Girerd.

Distribution : Gebeka Films (France), Films Distribution (à l’international).

Le chat dans Une vie de chat

Avec les voix de Dominique Blanc (Jeanne), Bruno Salomone (Nico), Oriane Zani (Zoé), Jean Benguigui (Victor Costa), Bernadette Lafont (Claudine), Bernard Bouillon (Lucas), Jacques Ramade (« Monsieur Bébé »).

Synopsis : Dino est un chat qui partage sa vie entre deux maisons. Le jour, il vit avec Zoé, la fillette d’une commissaire de police. La nuit, il escalade les toits de Paris en compagnie de Nico, un cambrioleur d’une grande habileté. Jeanne, la commissaire de police, est sur les dents. Elle doit à la fois arrêter l’auteur de nombreux vols de bijoux, et s’occuper de la surveillance du Colosse de Nairobi, une statue géante convoitée par Costa, le criminel responsable de la mort de son mari policier. Depuis ce drame, la fillette ne dit plus un mot. Les événements vont se précipiter la nuit où Zoé surprend Costa et sa bande. Une poursuite s’engage, qui durera jusqu’au matin, et qui verra tous les personnages se croiser, s’entraider ou se combattre, jusque sur les toits de Notre-Dame…

Jeanne et Costa dit le Colosse dans Une vie de chat

Ma vision du film :

Si, dans « Une vie de chat », tout comme dans « Phantom Boy », les situations de départ semblent tristes (ici la petite fille a perdu son père policier tué par Costa, et se retrouve avec sa mère également policière, désormais seule pour élever sa fille et faire face ; dans « Phantom Boy » le petit Léo, 11 ans, se bat courageusement contre la maladie), elles ne plombent jamais vraiment l’ambiance générale du film ; il y a toujours de l’humour, de la musique gaie, des personnages positifs… pour contrebalancer et ne pas déboussoler un public majoritairement composé d’enfants.

Le chat et Zoé Une vie de chat

L’atmosphère particulière de ces films me plaît beaucoup et, dans « Une vie de chat », l’ambiance de Paris la nuit, vue depuis les toits, ce côté mystérieux, et les scènes finales se déroulant sur les toits de Notre-Dame de Paris, comme souvent objet de convoitises et de légendes avec son architecture particulière et ses gargouilles, dont on saisit davantage l’ampleur et la ferveur qu’elle suscite, après l’incendie dramatique qui a frappé l’édifice en avril dernier.

Les films de Folimage ont également cette particularité de donner l’envie de retomber en enfance, même aux adultes les plus réfractaires à se laisser aller, parfois, à oublier dans le tourbillon de la vie pendant cinq minutes, que l’on est justement un enfant dans un corps d’adulte (qui, parmi nous, a choisi de grandir ?), de retrouver le rêve, l’insouciance : leurs longs-métrages sont là pour rêver, imaginer, être dans les nuages, malgré les situations difficiles que traversent les familles dans ces films.

Nico dans Une vie de chat

Comme toujours, les studios Folimage nous proposent un dessin animé (on ne parle pas ici de film d’animation puisque l’on réalise encore chez Folimage des dessins animés « traditionnels », en 2D), un film accrocheur, des personnages très attachants, une ambiance particulière et des dialogues particulièrement soignés. Les studios Folimage apportent toujours un soin particulier au choix des voix pour doubler leurs personnages, ce qui participe beaucoup à la réussite de ces films, dont la voix des adultes et personnages plus âgés contrebalancent avec un graphisme du dessin animé plus « enfantin », qui a également son charme.

Une musique jazzy pour « Une vie de chat » signée Serge Besset, correspondant parfaitement à l’atmosphère noctambule parisienne, sous fond de polar. On peut également entendre ce magnifique thème symphonique enregistré notamment avec l’orchestre philharmonique Bulgare.

Le chat Une vie de chat

« Une vie de chat » prouve une nouvelle fois que l’animation française est de qualité, que beaucoup nous envient (même le géant Pixar s’inspire de certains films d’animation français !). Depuis le début des années 2000, beaucoup d’animateurs français s’exportent à l’étranger et leur savoir-faire n’est plus à prouver ; l’animation française a encore de beaux jours devant elle, et ce malgré un travail encore artisanal en 2D, en aquarelle ou en stop-motion (très peu de studios français travaillent, même de nos jours, en 3D). Je consacrerai prochainement sur le blog un article sur l’animation française.

Nico et le chat sur les toits de Paris dans Une vie de chat