Tous les films d’animation peuvent-ils être tous publics ?

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Alors que nous sommes en pleine période de vacances scolaires, et qu’un grand nombre de films d’animation sont diffusés sur les chaines de télévision, voici un sujet de réflexion qui me trotte dans la tête depuis un moment, et qui tombe à point nommé : tous les films d’animation peuvent-ils être tous publics ? Peuvent-ils être tous visibles par un public très jeune, dont on pense souvent (à tort !) qu’ils sont la principale cible ?

Si certains dessins animés ou films d’animation sont sans réserve destinés à un jeune public, certains peuvent être difficiles d’accès aux enfants de par leur violence (certains animés japonais, par exemple), leur dureté émotionnelle (je pense par exemple à « Mary and Max », film d’animation australien en stop-motion d’Adam Elliot, qui narre la relation épistolaire entre Mary, fillette de 8 ans joufflue et solitaire vivant dans la banlieue de Melbourne, et Max, un juif obèse de 44 ans, atteint du syndrome d’Asperger et vivant à New York). En ce qui concerne ce dernier film, du haut de mes presque 30 ans, j’ai moi-même renoncé à visionner ce film pourtant salué par la critique, car la bande-annonce m’a presque fait peur visuellement.

Mary and Max

« Mary and Max », film d’animation australien réalisé en stop-motion.

« La Tortue rouge » (de Michael Dudok de Wit, 2016), s’il est un magnifique film poétique et sensible, muet qui plus est, est sans aucun doute trop poignant et dur pour être vu par un jeune public.

Dans un autre genre, certains considèrent également que certains  films d’animation sont considérés plus « à propos » pour un public adulte : on peut penser à « Vice-Versa », « Là-Haut » ou même « Wall-E » en ce qui concerne Pixar (même si ce dernier a particulièrement eu un succès important auprès des jeunes enfants, grâce à l’attachement porté au petit robot). Il s’agit d’ailleurs, pour ma part, comme je vous l’ai déjà dit, de mon film préféré à ce jour. Le thème abordé, sous fond de message écologiste alarmiste destiné à tous (voici que ce pourrait devenir la Terre,  trop polluée, devenue irrespirable, si nous continuons ainsi…) n’est pas franchement optimiste ni positif pour les générations à venir, même si la fin laisse entrevoir un fond d’espoir. Les films d’animation de Wes Anderson (« Fantastic Mr. Fox », « L’Ile aux Chiens ») ne sont également pas forcément les premiers films auxquels on pourrait songer faire voir à de jeunes enfants.

La tortue rouge

« La Tortue Rouge », film d’animation muet, est poignant et poétique.

Ces films que l’on pense destinés pour un public plus adulte, le sont car on les estime intellectuellement plus poussés et recherchés, aux propos plus profonds, plus fins. Cela est sans doute vrai parfois, néanmoins il ne faut pas sous-estimer la capacité des enfants à comprendre bien plus ce que l’on pense. Ils peuvent, aussi jeunes soient-ils, être capables de réfléchir d’une façon assez poussée à un film qu’ils viennent de visionner avec leurs parents, ce qui peut faire l’objet d’un échange et d’un partage avec ces derniers sur ce qu’ils viennent de voir.

L'ile aux chiens de Wes Anderson

« L’ile aux chiens » de Wes Anderson (2018).

« Ma vie de Courgette » et « Phantom Boy » sont le contre-exemple de films pouvant parfois être émotionnellement difficiles mais donnant un message positif au jeune public. « Ma vie de Courgette » traite de la maltraitance (même si aucune image choquante n’est montrée à l’écran), et du fait d’être orphelin, mais de par ses images très colorées et son message optimiste (liens forts d’amitié pouvant être liés au foyer d’accueil, Courgette et Camille adoptés), ce film réalisé en stop-motion, fait très souvent l’objet, depuis sa sortie en 2016, de projets pédagogiques autour des thèmes abordés dans le film.

« Phantom Boy », dessin animé français, réalisé à l’ancienne, en 2D, aborde, entre autres, la maladie d’un enfant, Léo. De prime abord, il pourrait en apeurer plus d’un, mais Léo, va au final devenir aux yeux de son entourage un « petit héros ». Son pouvoir de se dédoubler, que son double puisse demeurer en état de fantôme (seulement quelques instants), et s’en servir pour traverser les murs et faire coincer un homme diabolique semant la terreur à New York, est absolument admirable. Puisque le film mêle habilement émotion, enquête policière et liens fraternels très forts entre Léo et sa sœur, il n’y a pas d’apitoiement sur la maladie ni sur le sort qui pourrait être réservé à Léo. D’ailleurs, Léo ne se plaint jamais de sa maladie, souhaite réaliser son rêve d’être un jour policier, est combatif et courageux. Certaines scènes et répliques sont même parfois très drôles. Un hymne à la vie, et au fait de se battre, encore et toujours !

Phantom Boy Léo

« Phantom Boy », dessin animé français réalisé en 2D (2015).

Pourtant, il n’était pas aisé que le film attire un jeune public, de par son graphisme et ses traits de personnages assez grossiers. Seulement, comme je le dis assez souvent ici sur Rêves Animés, l’image doit être au service d’une bonne trame narrative et d’un bon scénario, et non l’inverse (compenser un vide scénaristique). Il n’est d’ailleurs pas rare que des films d’animation souhaitant seulement en mettre « plein les yeux » en oubliant la nécessité de l’écriture d’un bon scénario, ne trouvent pas leur public et ne se démarquent pas au box-office… Voilà pourquoi les studios Pixar passent plus de temps à travailler et peaufiner leur scénario que l’animation. Résultat : plus de 25 ans de succès et de films entrés dans la légende du cinéma d’animation.

Pour finir, je dirais donc que tous les films d’animation ne peuvent pas être (à mon opinion) destinés à tous les publics, de par les sujets parfois difficiles qu’ils traitent. Mais si les enfants sont privés de certaines « pépites », ils pourront les découvrir plus tard, à leur rythme. Car ce sont aussi, même dans les films, souvent les épreuves qui apprennent la vie, forgent le caractère et nous poussent à avancer et à évoluer en tant que personne, tout au long de la vie.

Pour aller plus loin, voici un site  très bien fait, avec plus de 2000 fiches d’analyse de films pour savoir si un film (d’animation ou non) comporte des thèmes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes : https://www.filmspourenfants.net

Ma vie de Courgette Simon et Courgette

« Ma vie de Courgette » (Claude Barras, 2016), film d’animation en stop-motion, créé dans les studios Pixel à Lyon, a rencontré un vif succès et a remporté de nombreux prix.