[Critique et analyse] The Artist : la déchéance puis la renaissance d’une star du cinéma muet, grâce à l’Amour

Affiche The Artist.jpgSi je mets parfois du temps à voir certains films qualifiés de « chefs-d’œuvre », c’est parce qu’à l’époque, le phénomène a pu m’échapper, et qu’à force de tapage autour du dit long-métrage, on se dit que c’est peut-être beaucoup de bruit pour pas grand-chose… C’est aussi pour prendre du recul et de la distance, d’une certaine manière, et pour ne pas être influencée en visionnant le film, par l’agitation qui gravite tout autour… « The Artist », que je viens seulement de visionner il y a peu, a pourtant mérité ses multiples récompenses à travers le monde. Et si je connaissais déjà quelque peu le travail de Michel Hazanavicius par ses très réussis « OSS 117 », déjà avec Jean Dujardin à l’affiche, le long-métrage m’a donné le goût du cinéma muet, domaine dans lequel je suis totalement novice.

Sorti en 2011.

Réalisation et scénario par Michel Hazanavicius.

Musique : Ludovic Bource, interprétée par le Brussels Philharmonic et le Brussels Jazz Orchestra.

Société de production : La Petite Reine ; La Classe américaine, France 3 Cinéma, Studio 37, JD Prod, uFilm, Jouror Productions (coproductions).

Société de distribution : Warner Bros. France (France) ; Alliance Vivafilm (Québec), Cinéart (Belgique), Praesens film (Suisse romande), The Weinstein Company (autres).

Récompenses majeures : le film a reçu a travers le monde plus de 100 récompenses, autant dire qu’en faire la liste détaillée ici prendrait un temps infini, et je vous invite ICI si vous souhaitez consulter une liste assez complète des principales récompenses glanées par « The Artist ». Mais bien entendu, les récompenses ultimes restent les 5 Oscars gagnés en 2012 : Meilleur Film, Meilleur Réalisateur pour Michel Hazanavicius, Meilleur Acteur pour Jean Dujardin, Meilleurs Costumes pour Mark Bridges, Meilleure Musique pour Ludovic Bource.

George et Uggie The Artist

Avec Jean Dujardin (George Valentin), Bérénice Béjo (Peppy Miller), Uggie (Jack, le chien de George), James Cromwell (Clifton, le chauffeur/valet), John Goodman (Al Zimmer, le patron des studios Kinograph), Penelope Ann Miller (Doris, la femme de George), Missi Pyle (Constance, la partenaire de George dans le film A Russian Affair).

Synopsis : Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va, elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l’histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l’orgueil et l’argent peuvent être autant d’obstacles à leur histoire d’amour.

Peppy Miller Bérénice BéjoThe Artist

Ma vision du film :

À force de voir depuis toujours des films dits « modernes », parlants et d’être habitués à (presque) toujours tout comprendre, nous oublions parfois qu’à l’origine, le cinéma était muet et qu’il se devait de retranscrire au mieux, afin d’être compréhensible par le plus grand nombre de spectateurs, les émotions et pensées des personnages par des gestes, mimiques et expressions faciales et corporelles exagérées.

J’avoue, jusqu’à présent, ne pas m’être intéressée davantage par le cinéma muet, mais « The Artist », de par la volonté de son réalisateur, Michel Hazanavicius, de réaliser un film muet, en noir et blanc, dans les années 2010, était un moyen de me mettre, petit à petit, dans le bain afin de découvrir par la suite des « classiques » du cinéma muet d’époque.

The Artist Peppy Miller

Ayant tout à apprendre dans ce domaine, j’ai également plaisir à lire les articles d’un passionné et fin connaisseur en la matière, Quentin, créateur du blog partenaire et ami des premiers jours de Rêves Animés, À la rencontre du septième art. Un de ses articles sur le sujet, passionnant et passionné, vous donne les 4 raisons de s’intéresser au cinéma muet, avec la liste de quelques œuvres majeures pour vous faire découvrir cet Art à part entière. Si tout comme moi vous êtes néophyte, vous ne pourrez que sortir de cette lecture intéressés par le sujet, et vous pourrez vous y initier, peut-être en visionnant en premier lieu « The Artist », étant en quelque sorte « rassurés » de voir des acteurs aux visages connus, en les personnes de Jean Dujardin et Bérénice Béjo.

Ce qui fut également mon cas lorsque j’ai voulu récemment mettre un « pied dedans », en regardant le seul film muet de ces dernières années, un sacré pari et une envie réelle et profonde pour Michel Hazanavicius. En s’entourant de personnes qui lui sont familières et avec qui il se sent à l’aise, qu’ils soient notamment acteurs (Jean Dujardin et Bérénice Béjo, sa compagne), ou producteur (Thomas Langmann), le réalisateur a pu faire en sorte que chacun donne le meilleur de lui-même, sans avoir à devoir prendre des pincettes sur le tournage. Mais aussi, la complicité déjà présente des deux principaux protagonistes, ayant déjà joué ensemble sur « OSS 117 : Le Caire nid d’espions » (2006), a grandement aidé à la crédibilité de leur duo.

George Valentin Jean Dujardin The Artist

[Attention spoilers] Dans « The Artist », George et Peppy se rencontrent fortuitement, à la sortie de l’avant-première du dernier film dans lequel George Valentin est une nouvelle fois la vedette. Le culot de la jeune Peppy Miller, gonflée à bloc par sa petite « notoriété » suite à sa rencontre improvisée avec George Valentin, va se présenter à une audition pour un film, pour incarner une figurante sachant danser. Elle va se retrouver, sans le savoir préalablement, à partager l’affiche avec… George Valentin, bien entendu. [Fin des spoilers].

Ces auditions, visiblement ouvertes à tou(te)s, prouvaient-elles véritablement, qu’à l’époque, tout le monde pouvait devenir figurant(e), puis star montante du cinéma, sous couvert d’être un peu « culotté(e) » et de savoir un minimum « jouer » ?  Voici une question intéressante qui mérite d’être posée, quand certaines personnes, pourtant passionnées, sont découragées, de nos jours, à devenir acteur/actrice, pensant (à tort ou à raison ?) que les étapes à parvenir sont bien trop longues et fastidieuses.

Peppy, de par son talent et sa fraicheur, va charmer Hollywood (qui à l’époque, pour l’anecdote, avait encore toutes les lettres de son enseigne sur la colline, HollywoodLand, voir photo plus bas), et va gravir un à un les échelons de la célébrité et devenir une des premières starlettes du cinéma parlant. Son énergie communicative, son sourire, sa bonne humeur perpétuelle, font d’elle la « girl next door » de l’époque des années folles, la jeune femme positive et énergique que nous aurions toutes aimé avoir comme amie, celle qui remonte toujours le moral des troupes durant les moments difficiles. George, préoccupé par son déclin, et par son couple qui bat de l’aile, tombera bien évidemment sous le charme de Peppy, mais sera plus lent et réticent que Peppy à vivre cette histoire d’amour.Hollywoodland

[Attention spoilers] Cette scène au début, quand Peppy se rend dans la loge de George, où elle se drape dans la veste de ce dernier, et où nous voyons cette main (celle de George) qu’imagine Peppy l’enlacer, est très bien pensée, poétique et romantique. Malgré tout, par la suite, nous ne verrons jamais une véritable « idylle » entre eux à l’écran, dans le sens où aucun baiser ne sera échangé, et qu’aucune étreinte ne sera visible…. juste une très belle complicité et un amour véritable que l’on imagine. Car si au départ, cela était prévu, l’équipe du film, après avoir débattu la question, a jugé plus approprié de laisser leur histoire « platonique », par rapport à la pudeur de rigueur pour l’époque. [Fin des spoilers]. Cela n’enlève en rien au charme de leur duo, bien au contraire, cela renforçant en quelque sorte leur complicité par une ambiance plus poétique, fragile et « sur le fil », évitant de réduire leur histoire à des scènes d’amour charnel trop faciles.

En ce qui concerne la descente aux enfers et lente déchéance de Gorge, rien ne lui sera, ni nous ne sera épargné : son déclin à l’arrivée du cinéma parlant, sa séparation, sa ruine financière… [Attention spoilers] Par deux fois, désespéré, il tentera de mettre fin à ses jours, donnant lieu à deux scènes poignantes : la première, où il met le feu à son domicile, en brûlant les pellicules de tous ses films, n’épargnant que celle du film où il partage l’affiche avec Peppy (même si nous ne savons pas vraiment, au final, si c’est une réelle tentative ou s’il mettra le feu à ses pellicules dans un accès de colère) ; il sera sauvé par son chien fidèle petit chien, Jack. La deuxième, où une bonne trouvaille de mise en scène, astucieuse « pirouette », nous fait croire qu’il se tue avec son revolver, lorsque le panneau intertitre « Bang » se révèle être, heureusement, le choc de la voiture de Peppy, venue le sauver, qui percute un arbre. [Fin des spoilers].

Peppy Miller dans The Artist

Mention spéciale à Uggie, le Jack Russell compagnon de George (décédé en 2015). Il a reçu un « Palme Dog » au Festival de Cannes en 2011, et a même écrit ses mémoires ! Ce petit chien n’est pas qu’un « accessoire » mais se révèlera être un personnage à part entière (voir plus haut), mais il fera partie des fidèles soutiens de son maitre, un de ses « anges gardien », au même titre que Peppy et Clifton, son chauffeur et majordome.

Uggie The Artist

« The Artist » est bien plus qu’un hommage au cinéma muet, c’est un véritable film muet à part entière de notre époque, tour à tour drôle, burlesque, sensible et poétique, parfois sombre aussi. Jean Dujardin incarne à merveille un George Valentin aux multiples facettes, et Bérénice Béjo une Peppy expressive, mutine, enjouée, passionnée, amoureuse, bienveillante et protectrice envers George. Un long-métrage qui m’a donné le goût du cinéma muet, et qui s’avère être une véritable réussite. Quelques scènes trainant quelque peu en longueur ne gâchent en rien ce beau spectacle, habilement mis en scène par un Michel Hazanavicius inspiré.

Avez-vous déjà vu « The Artist » ? Si oui, qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à donner votre avis !

The Artist George et Peppy

[Critique et analyse] Populaire, une comédie fifties rafraichissante

Affiche Populaire

« Populaire », que l’on croirait à tort de prime abord être une petite comédie française semblable à bien d’autres (ce fut mon cas avant de le visionner récemment à la télévision), m’a surpris de par sa fraicheur et sa bonne humeur contagieuse, malgré que l’histoire se déroule dans les années 1950. Un long-métrage rafraichissant et une belle histoire entre Rose et Louis, interprétés respectivement par Déborah François et Romain Duris, sans jamais verser dans la mièvrerie.

Sorti en 2012.

Réalisation par Régis Roinsard.

Scénario par Daniel Presley, Régis Roinsard, Romain Compingt.

Musique : Rob et Emmanuel d’Orlando.

Société de production : Les Productions du Trésor, La Compagnie Cinématographique Européenne, France 2 Cinéma, France 3 Cinéma, Mars Films, Wild Bunch, RTBF, Panache Productions, Canal +, Ciné +, Belgacom, France Télévisions, Eurimages, Tax Shelter, Région Wallone.

Société de distribution : Mars Distribution (France), The Weinstein Company1 (États-Unis), Disney Channel (Allemagne), Rai (Italie).

Populaire R. Duris et D. François

Avec Romain Duris (Louis Échard), Déborah François (Rose Pamphyle), Bérénice Béjo (Marie Taylor), Shaun Benson (Bob Taylor), Féodor Atkine (Mr. Edmond Japy, le patron des machines à écrire Japy), Nicolas Bedos (Gilbert Japy, le fils de M. Japy), Eddy Mitchell (Georges Échard, le père de Louis), Miou-Miou (Madeleine Échard, la mère de Louis).

Synopsis : Printemps 1958. Rose Pamphyle, 21 ans, vit avec son père, veuf bourru qui tient le bazar d’un petit village normand. Elle doit épouser le fils du garagiste et est promise au destin d’une femme au foyer docile et appliquée. Mais Rose ne veut pas de cette vie. Elle part pour Lisieux où Louis Echard, 36 ans, patron charismatique d’un cabinet d’assurance, cherche une secrétaire. L’entretien d’embauche est un fiasco. Mais Rose a un don : elle tape à la machine à écrire à une vitesse vertigineuse. La jeune femme réveille malgré elle le sportif ambitieux qui sommeille en Louis… Si elle veut le poste, elle devra participer à des concours de vitesse dactylographique. Qu’importent les sacrifices qu’elle devra faire pour arriver au sommet, il s’improvise entraîneur et décrète qu’il fera d’elle la fille la plus rapide du pays, voire du monde ! Et l’amour du sport ne fait pas forcément bon ménage avec l’amour tout court…

Populaire Rose et Louis

Ma vision du film :

« Populaire » est donc une petite comédie française regardée un soir il y a peu à la télévision, et  j’avoue que je n’en attendais pas réellement grand chose. Mais ce film m’a agréablement surprise, donné le sourire et j’ai passé un très bon moment. N’est-ce pas (et surtout) ça aussi, le cinéma ?

Là où certains films pèchent par leur manque de rythme et contiennent parfois des temps morts (on a tous, de temps en temps, avouons-le, regardé notre montre et commencé à s’impatienter lors du visionnage d’un long-métrage aux scènes parfois trop longues, redondantes et inutiles), ici, il n’en est rien. Les scènes s’enchainent avec une fluidité et une efficacité redoutables, et on attend de connaitre la suite des évènements en continu (même si la fin, je vous l’accorde, peut s’avérer quelque peu prévisible).

Rose Populaire

Et notamment en ce qui concerne l’histoire entre Rose et Louis : une certaine tension réside entre eux, et nous tient en haleine. Le jeu perpétuel du chat et de la souris, du « Fuis moi je te suis, suis-moi je te fuis », en somme…

Le film offre également une très belle photographie, et rend en quelque sorte hommage à la « classe » des années 50, à la façon de se vêtir qui était très agréable à regarder et aux femmes qui étaient toujours très gracieuses, bien apprêtées et toujours très bien coiffées également.

Certaines « images » (ou pourrait-on carrément dire « clichés ») sont distillés çà et là dans « Populaire ». Notamment, être secrétaire à l’époque faisait apparemment rêver les femmes… Est-ce toujours un travail « passion », qui fait autant rêver de nos jours ? (je ne cherche bien évidemment pas à dénigrer la profession de secrétaire puisque j’ai moi-même eu une formation dans ce domaine, mais seulement une piste de réflexion). Le travail et la réussite sociale étaient sans doute des priorités à l’époque, et même si ça l’est encore pour de nombreuses personnes aujourd’hui, on tend de plus en plus désormais à s’épanouir et à se réaliser soi-même dans la vie, et entre autres domaines professionnellement. Mais à l’époque, cela était synonyme d’émancipation de la femme, de liberté et du fait de s’affranchir.

Populaire D. François et R. Duris

La question que l’on se pose en voyant le film est : ce style de championnats existaient-ils bel et bien à l’époque ? Eh oui, ils existaient bel et bien. Un exemple en la personne de Reine-Marie, 68 ans au moment de la sortie du film, qui fut vice-championne de France dans les années 1960-1970 (voir l’article du journal Sud-Ouest ICI).

Nous pouvons remarquer que la popularité de Rose, championne de France puis du monde de vitesse dactylographique, est quelque peu disproportionnée par rapport à la discipline, aussi louable et méritoire soit-elle, car elle demande bien évidemment beaucoup de travail et de rigueur. Rose devient une star, fait la Une de nombreux magazines notamment « Paris Match », est invitée sur de nombreux plateaux de télévision, compte de nombreux fans, admirateurs et admiratrices…

Rose et Louis dans Populaire

Et que dire de cette petite « morale » bien amusante, sur le fait que certains membres de notre entourage peuvent parfois ne pas croire en nous lorsque nous avons un but ou que nous faisons un choix de vie différent du leur ? Quand certains viennent à réussir, envers et contre tous les obstacles, les jugements… Ceux-là mêmes qui n’avaient pas confiance en nous et ne nous montraient aucun soutien sont fiers de nous et disent de leur proche « c’est ma fille, mon fils, mon frère, ma sœur… » à qui veut bien l’entendre. C’est notamment dans le film le cas du père de Rose, incrédule quant au fait que sa fille, ne voulant pas du destin tout tracé et du mariage arrangé qu’a prévu son père pour elle, part à Lisieux afin de tenter sa chance de devenir la secrétaire de l’assureur Louis Échard, sans savoir toutefois bien entendu où cela va la mener à l’avenir.

Louis, le personnage incarné par Romain Duris, fait toujours souffler le chaud et le froid, notamment auprès de Rose. Il est complètement obnubilé par le fait de faire de Rose une championne et ne veut en aucun cas les faire dévier, ni lui, ni elle, de son objectif. On a souvent, au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, du mal à comprendre cette résistance dont il fait preuve autant envers lui-même, qu’envers Rose : il est souvent impassible. [Attention spoiler] Il finira néanmoins par briser ses chaines vers la fin du film et avouera à Rose qu’il est fou d’elle depuis le jour où il a posé les yeux sur elle. [Fin du spoiler].

Rose concours dactylo Populaire

Romain Duris prouve une fois de plus qu’il est un des acteurs incontournables du paysage cinématographique français. Déborah François campe une Rose à la fois rigolote et touchante, tour à tour mutine et glamour.

Bérénice Béjo est, elle, comme à son habitude, parfaitement juste dans l’incarnation de son personnage de Marie, ex de Louis et désormais son amie, et épouse de Bob.

« Populaire » est une comédie française très réussie, qui plus est pour avoir le mérite d’être le premier long-métrage de son réalisateur, Régis Roinsard. Un film sans doute pas assez connu et estimé à sa juste valeur.

Et vous, avez-vous déjà vu « Populaire » ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à donner votre avis en commentaire !

Rose et Louis Populaire