[Critique et analyse] La délicatesse : Nathalie et Markus, la Belle et la Bête « à la suédoise »…

Affiche La délicatesse

« La délicatesse », sorti fin 2011, est l’adaptation du désormais célèbre roman éponyme de David Foenkinos, sorti quasiment à la même période que le film… Une belle surprise que ce long-métrage, confirmant tout le talent d’Audrey Tautou et révélant, un an après le succès commercial de « L’Arnacœur » et trois ans avant le phénomène « La famille Bélier », que François Damiens n’est pas seulement qu’un « rigolo de caméras cachées », mais qu’il sait également y faire, dans un registre plus grave et émouvant.

Sorti en 2011.

Réalisation par Stéphane et David Foenkinos.

Scénario par David Foenkinos d’après son roman La Délicatesse.

Musique : Émilie Simon.

Sociétés de production : 2.4.7 Films

Coproductions : StudioCanal et France 2 Cinéma.

Société de distribution : StudioCanal.

Avec Audrey Tautou (Nathalie), François Damiens (Markus), Joséphine de Meaux (Sophie, la meilleure amie de Nathalie), Marc Citti (Pierre, le compagnon de Sophie),  Pio Marmaï (François le mari de Nathalie), Bruno Todeschini (Charles Delamain, le directeur général), Mélanie Bernier (Chloé), Audrey Fleurot (Ingrid, la secrétaire de Delamain).

Markus et Nathalie La délicatesse

Synopsis : Nathalie a tout pour être heureuse. Elle est jeune, belle, et file le parfait amour. La mort accidentelle de son mari François va couper son élan. Pendant des années, elle va s’investir dans son travail, se sentir en parenthèse de sa vie sensuelle. Mais subitement, sans qu’elle comprenne vraiment pourquoi, elle embrasse un de ses collègues. Markus, un homme très atypique. S’ensuit alors la valse sentimentale de ce couple hautement improbable qui va susciter interrogation et agressivité au sein de l’entreprise. Choisit-on vraiment par quel moyen on renaît à la vie ? Nathalie et Markus vont finir par fuir pour vivre leur histoire et leur émerveillement à l’abri de tout. Cette histoire de renaissance est aussi celle de l’étrangeté amoureuse.

Ma vision du film :

Un écrivain, David Foenkinos souhaite adapter son roman « La délicatesse » lui-même pour le cinéma, sentant qu’il tient dans ses mains une belle histoire, susceptible d’être mise en images et d’être portée à l’écran par des acteurs de talent. Épaulé derrière la caméra par son frère Stéphane, il aura eu raison de vouloir accoucher lui-même de son « bébé », car il n’aura jamais mieux été servi que par lui-même !

« La délicatesse » version cinéma est un drame virant doucement vers la comédie au fur et à mesure que se dévoilent les scènes, voire quelque peu sarcastique à certains moments ; une romance imprévue, douce-amère entre deux personnes que tout oppose d’après leurs collègues, leurs proches et (donc) la société : leur catégorie sociale, leur apparence physique, leur façon de se vêtir…

La délicatesse Nathalie

Le long-métrage fait partie de cette catégorie de films, ces comédies romantiques « pas comme les autres », où l’on suggère la naissance ou la présence de sentiments plutôt que de les montrer, et où la pudeur et le platonisme ont toute leur place. On ne tombe pas dans les clichés du genre (scènes d’amour faciles, coup de foudre au premier regard, baisers enflammés, grandes déclarations d’amour…). Et pour cause, la relation entre les deux êtres n’est pas si évidente, elle ne coule pas de source, ou ne peut pas exister (sur le moment ou à jamais) pour différentes raisons : un ou les deux protagonistes sont déjà mariés ou engagés dans une relation amoureuse, l’un des deux n’est pas disponible « psychologiquement » et donc pas prêt à vivre cette histoire… Je reviendrai très prochainement sur le blog sur cette catégorie de films que j’affectionne particulièrement, dans un sujet de réflexion qu’il sera très intéressant d’aborder…

Dans « La délicatesse », Nathalie, jeune veuve, certainement en mal d’amour et pensant à son défunt mari au travail, dans un moment de « rêverie », embrasse Markus, son « subordonné » suédois, comme ça, sans raison, alors qu’il se trouve dans son bureau pour parler d’un dossier…. Si un autre de ses collègues s’était trouvé au même endroit, au même moment, l’aurait-elle embrassé aussi ? Là est la question, et le film sort quelque peu de sa torpeur (ainsi que de celle de Nathalie par la même occasion, et de quelques longueurs parfois, également, il faut bien l’avouer), lorsque la problématique se pose et que Markus entre en scène, en même temps que dans la vie de Nathalie.

La délicatesse Markus

[Attention spoilers] Le « pauvre » Markus, ne sachant plus quoi penser de ce baiser, va demander des explications à Nathalie, et lui demander de lui laisser une chance de mieux apprendre à le connaitre, lors d’un diner. Tout au long du film, la relation entre Nathalie et Markus sera floue, pas si limpide que cela. [Fin des spoilers].

Le film traite donc en partie du deuil à faire d’une jeune femme veuve, et ce deuil ne sera pas facile, long, et l’on verra que Nathalie, malgré le fait qu’elle reprenne goût à la vie auprès de Markus grâce à son humour et cette épaule sur laquelle elle peut se reposer, sera loin d’oublier son défunt mari François (de par les quelques flashbacks présents durant le film).

Nathalie La délicatesse

Le personnage de Markus ne sera par contre, lui, pas « traité » avec délicatesse par ses collègues, les proches de Nathalie ainsi que par Charles, le directeur de l’entreprise suédoise. Ce dernier, amoureux de Nathalie et fou de jalousie à l’idée de savoir que Markus, que tout le monde ou presque juge idiot, « mal fagoté », pas attirant voire repoussant, puisse plaire à Nathalie, et qu’il puisse même la rendre heureuse… [Attention spoiler] Une idée que partage même Sophie, la meilleure amie de Nathalie, qui, lorsqu’elle connaitra Markus, fera comprendre pas vraiment subtilement que son amie pourrait prétendre à « beaucoup mieux », sous-entendu en parlant de son poste de responsable de six personnes… [Fin du spoiler].

Si l’irrespect et le déshonneur sont ici pointés vers Markus, il en va également de l’intégrité de Nathalie et du « choix » de l’homme qu’elle juge elle-même digne d’être « potentiellement » son partenaire de vie… Peu importe la première idée, la première opinion que l’on se fait de cette personne… Car apprendre à la connaitre est le meilleur moyen de savoir qui est cette personne, au fond.

Nathalie et Markus La délicatesse le baiser

François Damiens, dans le rôle du très attachant suédois « avec un accent belge » Markus, est admirable, loin des pitreries des caméras cachées de « François l’embrouille » (mais le naturel revient quelque peu au galop lors de certaines répliques truculentes et croustillantes à souhait), dans un registre auquel il ne nous avait pas habitué jusqu’alors.

La musique planante et presque onirique d’Émilie Simon, colle parfaitement à l’ambiance du film et la met notamment en valeur.

[Attention spoiler] La fin du film proprement dite reste ouverte et laisse la possibilité au spectateur de se faire sa propre idée, et d’imaginer lui-même si la relation entre Nathalie et Markus va se poursuivre et évoluer, ou rester dans un état « latent ». [Fin du spoiler].

« La délicatesse » est un joli film, très réussi, plein de sensibilité et de pudeur. Audrey Tautou et François Damiens incarnent merveilleusement leurs personnages respectifs, et ce dernier nous surprend dans un registre à la fois drôle et touchant, mais loin de ses extravagantes caméras cachées.

La délicatesse Nathalie et Markus