[Critique et analyse] La nuit américaine de François Truffaut (1973) : un film dans le film

Affiche La nuit américaine

Voici mon premier film visionné de François Truffaut, « La nuit américaine », racontant les (petites) joies mais surtout les (grandes) galères d’un tournage de film dans les studios de la Victorine à Nice. Un véritable film dans le film qui s’adresse surtout aux vrais cinéphiles (mais pas que), désirant tout connaitre des rouages d’un tournage, des affres d’un réalisateur en proie aux problèmes techniques, tourments et caprices des acteurs, imprévus… Sur un tournage de film, tout est loin de se passer toujours comme prévu !

 

Sorti en 1973. Durée : 1h55.

Genre : comédie dramatique.

Réalisation par François Truffaut.

Scénario par François Truffaut, Jean-Louis Richard et Suzanne Schiffman.

Musique : Georges Delerue.

Sociétés de production : Les Films du Carrosse, Productions et éditions cinématographiques françaises, Produzioni internazionali cinematografiche (Rome).

Récompenses majeures : Oscar du meilleur film étranger en 1974 ; BAFTA du meilleur film en 1974, Prix Méliès en 1973.

Extrait du film La nuit américaine 1973

Avec François Truffaut (Ferrand, le réalisateur), Nathalie Baye (Joëlle), Jacqueline Bisset (Julie Baker), Jean-Pierre Léaud (Alphonse), Jean-Pierre Aumont (Alexandre), Valentina Cortese (Séverine), Dani (Liliane), Alexandra Stewart (Stacey), Jean Champion (Bertrand), Nike Arrighi (Odile), Bernard Ménez (Bernard, l’accessoiriste), Jean-François Stévenin (Jean-François, le premier assistant réalisateur), David Markham (le docteur Nelson).

Synopsis : Splendeurs et misères d’une équipe de tournage dans les studios de la Victorine à Nice, au moment de la conception d’un film.

Ma vision du film :

Pour mon premier film de et avec François Truffaut, j’ai choisi « La nuit américaine » tout simplement car en tant que cinéphile, le synopsis me plaisait : voir le tournage d’un faux film dans un vrai film, voir un réalisateur à l’œuvre, qui plus est dans les studios de la Victorine à Nice, qui à l’époque voyaient défiler les tournages pour le cinéma… Un film de passionnés pour les passionnés du septième art, mais pas que. N’ayant pour le moment visionné qu’un seul film de François Truffaut (mais m’attaquant prochainement aux « 400 coups »), je ne peux confirmer ou infirmer les avis de ceux que « La nuit américaine » ne serait pas du tout son meilleur film.

Scène du film La nuit américaine

Les acteurs aiment beaucoup jouer dans des cabines téléphoniques, derrière des rideaux de pluie, ils aiment qu’un obstacle s’interpose entre eux et la caméra. Ils s’abandonnent mieux car ils se sentent plus protégés. »

Dans ce film, nous pouvons remarquer les débuts au cinéma de la jeune Nathalie Baye, que je n’ai pas reconnu dans le rôle de Joëlle, l’assistante « pense à tout » de Truffaut. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle avait déjà une présence, peut-être le personnage le plus « solaire » et le plus remarquable du film, avec celui de Julie Baker, interprété par Jacqueline Bisset, qui fait passer beaucoup de choses par son seul regard. Peut-être certains d’entre vous auront reconnu Dani, dans le rôle de Liliane, la scripte stagiaire et « volage » (oui, oui, il s’agit bien de Dani la chanteuse, interprète entre autres de « Comme un boomerang » en duo avec Étienne Daho !).

La nuit américaine de François Truffaut extrait

J’ai déjà quitté un homme pour un film, mais jamais je ne quitterai un film pour un homme. » – Joëlle

Dans « La nuit américaine » donc, nous comprenons mieux qu’un réalisateur, s’il s’attend à pouvoir mener à bien le projet cinématographique qu’il a en tête depuis des mois voire des années, n’est pas forcément toujours le capitaine du navire : il doit composer avec les contingences techniques, les caprices et tourments personnels de ses acteurs, et faire en sorte que le tournage se déroule tant bien que mal. [Attention spoiler] Le tournage tourmente notre pauvre Truffaut jusque dans son sommeil, où ses rêves nous emmènent, à ce que j’ai compris de ces scènes, dans l’enfance de ce dernier où on le voit à plusieurs reprises, approcher d’un cinéma où sont exposées des photos du film « Citizen Kane » d’Orson Welles qu’il « vole » grâce à sa canne en les ramenant à travers les grilles fermées du cinéma. [Fin du spoiler] Peut-être une façon de se rappeler, du fond de sa mémoire, pourquoi il a choisi d’être cinéaste, malgré les difficultés du tournage. On imagine que ce film et ce cinéaste en particulier lui ont donc soufflé sa vocation lorsqu’il n’était encore qu’un bambin…

La nuit américaine extrait

Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse, il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps mort, les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est faits pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma. » – François Truffaut

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les péripéties vont s’enchainer, pas aussi lentement hélas que certaines scènes du film pourraient le laisser penser. En effet, on note par moments quelques longueurs et rythme parfois trop lent entre deux scènes, donnant au long-métrage un style trop « classique » mais il ne faut pas oublier que le film date de 1973. Jusqu’au retournement de situation final, auquel, par contre, on ne s’attendait pas et qui risque bien de compromettre la sortie du film, déjà si durement mis en boîte…

Le film comporte plusieurs citations assez mémorables, surtout pour les cinéphiles, il faut bien l’avouer, que j’ai distillées ici et là tout au long de cet article.

« La nuit américaine » parlera sans doute davantage aux cinéphiles, passionnés du septième art ou seulement curieux de connaitre les coulisses d’un tournage. J’attends de connaitre davantage de films de François Truffaut avant de me faire une idée de son univers, mais concernant ce long-métrage, mon avis est quelque peu mitigé, entre longueurs et certaines scènes et répliques croustillantes, déclamées par un casting quatre étoiles de l’époque.

La nuit américaine Julie et Alphonse

[Critique et analyse] Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore (1988)

Affiche Cinema Paradiso

« Cinéma Paradiso » est un des films « hommage au cinéma » que tout cinéphile se doit de voir au moins une fois dans sa vie. Un film qui faisait partie des classiques qu’il fallait absolument que je visionne, mais je repoussais toujours le moment de le voir, de peur d’être déçue, tant on en attend quelque chose, vu la réputation (non usurpée) de chef-d’œuvre… La sincérité et la justesse de Philippe Noiret, les facéties de Toto enfant, et leur relation d’amitié si singulière, la magnifique musique d’Ennio Morricone, un village de Sicile… Autant de raisons de se (re)plonger dans ce classique du cinéma franco-italien.

Genre : comédie dramatique. Sorti en 1988.

Durée : 2h03 pour la version standard sortie en 1988 ; 2h43 pour la version longue avec des scènes en plus.

Réalisation par Giuseppe Tornatore.

Scénario par Vanna Paoli et Giuseppe Tornatore.

Musique : Ennio Morricone et Andrea Morricone.

Sociétés de production : Franco Cristaldi pour Cristaldifilm, Giovanna Romagnoli, Gabriella Carosio pour la RAI, Alexandre Mnouchkine pour Les Films Ariane, TF1 Films Production.

Société de distributions : Ariane Distribution.

Alfredo Philippe Noiret Cinema Paradiso

Récompenses majeures : Grand prix du jury au Festival de Cannes 1989 pour Giuseppe Tornatore.

Oscar du meilleur film de langue étrangère (1989).

Prix du cinéma européen (1989): du meilleur acteur pour Philippe Noiret ; prix spécial du jury pour Giuseppe Tornatore.

Golden Globe du meilleur film de langue étrangère (1990).

Cinema Pardiso scène du certificat d'études

Avec Philippe Noiret (Alfredo), Salvatore Cascio (Salvatore enfant, dit « Toto »), Marco Leonardi (Salvatore adolescent), Jacques Perrin (Salvatore adulte), Antonella Attili (Maria, la mère de Toto, jeune), Pupella Maggio (Maria âgée), Agnese Nano (Elena adolescente / la fille d’Elena (dans la version longue Director’s cut)), Brigitte Fossey (Elena adulte (dans la version longue Director’s cut),

Synopsis : Alfredo vient de mourir. Pour Salvatore, cinéaste en vogue, c’est tout un pan de son passé qui s’écroule. On l’appelait Toto à l’époque. Il partageait son temps libre entre l’office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo…

Toto dans Cinema Paradiso

Ma vision du film :

Imaginez : vous aimez passionnément le cinéma, et vous avez devant vous un film qui réunit toutes les émotions possibles : l’amour, l’amitié, la complicité, l’enfance, les premiers émois amoureux adolescents, la famille, le temps qui passe, les regrets, la vie, la mort… On passe d’une émotion à l’autre durant plus de deux heures, avec en prime une mélancolie, qui lui colle à la peau comme la chaleur moite de Sicile où se déroule le film… Tous les sentiments d’une vie entremêlés dans ce chef-d’œuvre cinématographique intemporel qu’est « Cinéma Paradiso ».

L’amitié touchante entre Alfredo et Toto qui noue dès l’enfance de ce dernier, et du bougon mais chaleureux et si généreux Alfredo, est au cœur du long-métrage. Alfredo va se métamorphoser au contact de Toto qu’il aura pourtant « dans ses pattes » au début. Il aura du mal à faire sans lui, et [Attention spoilers] Toto, qui a perdu son père à la guerre, trouvera en quelque sorte en Alfredo un père « de substitution ». Et quand ce dernier deviendra aveugle après le terrible incendie qui a frappé le cinéma (à l’époque, les pellicules pouvaient s’enflammer…), et qu’il aura besoin de Toto (en témoigne cette phrase si touchante d’Alfredo « Comment je fais moi si t’es pas là… »), il ne l’empêchera pourtant pas de vivre sa vie et même le poussera à partir à Rome vivre sa vie, à ne jamais se retourner ni revenir : « Je ne veux plus jamais t’entendre parler Toto ! Je veux juste entendre parler de toi … ». [Fin des spoilers].

Alfredo et Toto Cinema Paradiso

Si Toto est passionné de cinéma, et sera en premier lieu projectionniste, « chapeauté » par Alfredo, il deviendra une fois adulte réalisateur ; on verra tout le long du film des scènes de projections de films au cinéma Paradiso, et les images se passent sans doute de commentaires, Toto (Salvatore adolescent et adulte), ne mettra jamais vraiment de mots sur sa passion durant le film.

[Attention spoiler] Après le terrible incendie qui a ravagé le cinéma Paradiso sur la plage du village sicilien et Alfredo devenu aveugle, [Fin du spoiler] on peut suivre au fur et à mesure les progrès techniques du cinéma auxquels Alfredo aura bien du mal à se faire. C’est désormais lui qui apprendra de Toto, comme ce dernier aura tout appris de son « mentor » Alfredo durant son enfance… [Attention spoilers] Un nouveau cinéma sera construit mais à la fin du film, la destruction de l’ancien cinéma laissé à l’abandon est la fin d’une époque révolue : quand on n’avait pas encore la télévision chez soi, qu’il n’y avait qu’une seule salle de cinéma pour tout un village, qu’on brûlait d’impatience pour voir un nouveau film, tout comme les pellicules qui pouvaient elles aussi brûler et provoquer un incendie ravageur dans les cabines de projection… [Fin des spoilers].

Cinema Paradiso Elena et Salvatore

« Je ne veux plus jamais t’entendre parler Toto ! Je veux juste entendre parler de toi … » Alfredo à Salvatore, adolescent, parti à son destin vers Rome.

Elena, l’amour manqué de Salvatore, la seule chose qui lui manquera comme il le dira lui-même, pour être pleinement heureux, s’est joué de malchance (et du fait d’Alfredo aussi) : ils s’en rendront compte 30 ans après. Malgré la vie et les années qui passent, l’amour et les souvenirs sont restés mais reprendront-ils pour autant leur histoire là où elle s’était arrêtée ?

Le fait que « Cinéma Paradiso » se déroule en Sicile et soit à moitié un film italien lui confère une atmosphère davantage « spleenétique » et nostalgique, que la musique d’Ennio Morricone vient renforcer.

Cinema Paradiso Salvatore adulte

Salvatore (Toto) adulte.

Philippe Noiret était un acteur remarquable et le jeune garçon interprétant Toto touchant, plein de justesse et de facéties, comme un petit garçon qu’on a toutes et tous connus (Salvatore Cascio, « grand » maintenant).

« Cinéma Paradiso » est un monument du cinéma, dont Philippe Noiret et l’interprète de Toto enfant sont les clés de voûte, les piliers fondateurs d’une émotion intense provoquée par la complicité entre un enfant et un homme qu’il aimera comme son père, partagée grâce et autour de leur passion commune du cinéma.

Cinema Paradiso Alfredo et Toto sur le vélo