[Critique et analyse] Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney (John Lee Hancock, 2013)

Affiche Dans l'ombre de Mary

Durant le confinement, nous avons eu droit à nombre de rediffusions. Au milieu de tout cela, quelques inédits méconnus du grand public ont surgi de nulle part. C’est le cas du film « Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney », sorti en 2013. Ou la genèse du film « Mary Poppins », dont le développement du scénario a donné du fil à retordre à Walt Disney et à son équipe, désorientés par la rigueur de l’auteure du livre, Pamela L. Travers.

Sorti en 2013.

Durée : 2h05.

Genre : biopic, comédie dramatique.

Réalisation par John Lee Hancock.

Scénario par Kelly Marcel et Sue Smith.

Musique : Thomas Newman.

Société de production : BBC Films, Essential Media and Entertainment, Hopscotch Features, Ruby Films et Walt Disney Pictures.

Distribution: Walt Disney Studios Motion Pictures International.

Pamela L. Travers dans sa chambre d'hôtel

Avec Emma Thompson (Pamela L. Travers), Tom Hanks (Walt Disney), Annie Buckley (Helen Goff (Pamela L. Travers enfant), Colin Farrell (Travers Robert Goff), Paul Giamatti (Ralph), Jason Schwartzman (Richard M. Sherman), Bradley Whitford (Don DaGradi), B.J. Novak (Robert B. Sherman).

Synopsis : En Californie, au début des années 1960, le producteur hollywoodien Walt Disney fait un premier pas dans sa quête, commencée 20 ans auparavant, pour obtenir les droits d’adaptation cinématographique de la série de livres pour enfants Mary Poppins de la romancière Pamela L. Travers. L’auteure accepte de venir en Californie rencontrer le producteur, qui souhaite tenir une promesse faite à ses filles. Alors que le studio, célèbre pour ses productions animées, commence l’adaptation du roman, l’équipe de scénaristes, qui comprend Don DaGradi et les frères Sherman, duo de compositeurs, est confrontée aux exigences de Pamela L. Travers, de plus en plus difficile à contenter. Mais ce travail plonge l’auteure dans les souvenirs en partie refoulés de son enfance en Australie entre un père banquier alcoolique décédé prématurément et une mère dépassée qui tente de se suicider.

Extrait Emma Thompson film Dans l'ombre de Mary

Ma vision du film :

Lorsque la rigueur so british rencontre le monde hollywoodien fait de paillettes, cela donne un résultat étonnant et explosif. Lorsque Walt Disney fait la promesse à ses filles d’adapter Mary Poppins en film, l’auteure, Pamela L.Travers, va lui donner du fil à retordre durant vingt ans. Lorsqu’elle accepte enfin de rencontrer l’équipe développant le scénario du film et se rendre à Los Angeles, elle pense avoir l’ascendant sur eux. Mais ce voyage va se révéler plus initiatique que prévu, mettant l’insensible Pamela L. Travers face à son passé et aux résurgences de son enfance difficile…

Dans l'ombre de Mary Tom Hanks et Emma Thompson

On comprend au fur et à mesure de l’avancement du film pourquoi Pamela L. Travers oppose tant de résistance aux propositions de l’équipe du film concernant le développement du scénario de « Mary Poppins » : [Attention spoiler] une enfance difficile passée auprès d’un père alcoolique, d’une mère dépassée et à bout de souffle… [Fin du spoiler].

La construction du film est très judicieuse, puisqu’à chaque résistance ou opposition de Mme Travers, le flashback nous fait comprendre instantanément ou après coup la raison [Attention spoiler] (par exemple pourquoi elle ne veut pas du tout de rouge dans le film). [Fin du spoiler].

Extrait Dans l'ombre de Mary

La distribution du film est excellente, tous les acteurs campent merveilleusement bien leur rôle, bien entendu Tom Hanks (excellent en Walt Disney) et Emma Thompson, en tête. Colin Farrell est étonnant et inattendu dans le rôle du père de Pamela, cela change des rôles qu’il a pu interpréter jusqu’alors.

[Attention spoilers] Le long-métrage donne lieu à de jolies scènes, émouvantes, notamment lors des souvenirs d’enfance de Pamela qui remontent, ou à la complicité qui va se créer entre elle et son chauffeur lors de son séjour hollywoodien. La scène finale de la projection du film « Mary Poppins » est elle aussi poignante. [Fin des spoilers].

« Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney » est une très belle découverte. Les programmes diffusés à la télévision peuvent être très décevants (surtout ces derniers mois !), mais il peut parfois arriver que les chaines diffusent de petites pépites qui nous auraient échappées, malgré notre insatiable appétit de découvertes cinématographiques.

Extrait du film Dans l'ombre de Mary

[Critique et analyse] La La Land : la rencontre de deux rêveurs, dans la Cité des Anges

Affiche La La LandComédie musicale moderne aux multiples récompenses, « La La Land » est souvent dépeint comme un chef-d’œuvre. Venant pour ma part de visionner ce long-métrage dont tout le monde parle depuis sa sortie l’année dernière, je ne connaissais que très peu voire pas du tout Emma Stone, et n’avait que pour référence cinématographique « First Man » en ce qui concerne Ryan Gosling (ainsi que le réalisateur de ces deux films, Damien Chazelle). N’étant pas non plus particulièrement adepte des comédies musicales portées sur grand écran (mis à part « West Side Story »), j’ai regardé, en quelque sorte, d’un œil neuf, cet étrange phénomène. En voici mon avis.

Sorti en 2017.

Réalisation et scénario par Damien Chazelle.

Société de production : Black Label Media, Gilbert Films, Impostor Pictures et Marc Platt Productions.

Sociétés de distribution : Lionsgate (États-Unis), Entertainment One (Canada), SND (France).

Musique : Justin Hurwitz.

Récompenses majeures : Oscars 2017 : Meilleur réalisateur pour Damien Chazelle, Meilleure actrice pour Emma Stone, Meilleure photographie, Meilleurs décors,  Meilleure musique originale et Meilleure chanson originale City of Stars pour Justin Hurwitz.

Mostra de Venise 2016 : Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Emma Stone.

Mia et Sebastian dansent La La Land

Avec Ryan Gosling (Sebastian Wilder), Emme Stone (Mia Dolan), John Legend (Keith), Rosemarie DeWitt (Laura, la sœur de Sebastian), J. K. Simmons (Bill), Callie Hernandez (Tracy), Jessica Rothe (Alexis), Finn Wittrock (Greg).

Synopsis Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Ma vision du film :

Heure de pointe sur le Judge Harry Pregerson Interchange, célèbre échangeur autoroutier de Los Angeles. Dans les embouteillages, les conducteurs prennent leur mal en patience, semblant banalement habitués à cet encombrement quotidien. Soudain, afin de mettre un peu de couleur et de joie à leur train-train quotidien, tous les occupants des véhicules se livrent à un véritable numéro, chantant et sautillant sur les véhicules, donnant le « la » (la land) à un long-métrage étonnant, alternant passages chantés et dansés par les deux protagonistes principaux, et scènes « classiques » où nos deux idéalistes romantiques tenteront d’atteindre les étoiles dans la Cité des Anges, tout passionnés qu’ils sont dans leurs « domaines »  respectifs.

Mia dans la scène finale La La Land

[Attention spoiler] Se détester avant de s’aimer. Dans cette mémorable scène d’ouverture, Sebastian et Mia font connaissance, se glorifiant d’un doigt d’honneur en guise de présentations dans les embouteillages. [Fin du spoiler] Ne cessant de se croiser au début du film, l’amour vache s’imposera avant de laisser place à une relation où les deux rêveurs se trouveront des points communs, dont un pas des moindres : la passion. Mia pour la comédie, rêvant de devenir actrice, mais enchainant les auditions décevantes, contrainte en attendant de servir des cafés à des clients parfois désagréables. Sebastian, fou de jazz, vit comme il le peut, enchainant les contrats précaires de claviériste, « engoncé » dans un répertoire imposé, loin de son idéal de musicien libre et d’artiste accompli.

Si, tout le film durant, Sebastian semble se montrer plus passionné que Mia, il ne va pas tarder à « vendre son âme de musicien » au diable, [Attention spoilers] acceptant, afin de gagner convenablement sa vie, de devenir claviériste dans le célèbre groupe de Keith (interprété par le chanteur John Legend, producteur exécutif du film), avec qui il partira pour un temps déterminé en tournée, ne faisant plus que croiser celle qui est désormais devenue sa compagne. [Fin des spoilers].

Sebastian dans la boite de jazz La La Land

Dans une scène de dispute intense et mémorable, Mia va tenter de faire entendre raison à celui qui, pendant des années, n’a cessé de courir après son rêve de devenir un musicien de jazz, libre et épanoui. Mia, de son côté, écrit sa propre pièce de théâtre où elle est seule en scène. Humiliée de n’avoir seulement eu qu’une poignée de spectateurs lors de sa première, cette dernière, ne croyant plus en son rêve de devenir comédienne, [Attention spoilers] retourne vivre chez ses parents à l’autre bout du pays. Sebastian va la retrouver, prêt à sacrifier son histoire d’amour pour laisser sa promise réaliser son rêve, puisqu’après une dernière audition improvisée, elle finira par partir vers son destin à Paris, signant là la fin du couple de rêveurs. Et si la scène finale se révèle être la plus réussie et la plus poignante, elle pose là une question qui nous laisse méditatifs à la fin du film : si Mia a pu « atteindre son but », était-il inévitable que son couple avec Sebastian soit sacrifié pour autant ? S’il fallait bien, en quelque sorte, un « unfortunate end » amoureux en contrepartie d’un « happy end » pour chacun des deux personnages, le sacrifice de la vie commune heureuse qui aurait pu être la leur est un véritable crève-cœur, pour eux comme pour nous, spectateurs. [Fin des spoilers].

La La Land Mia scène finale

Si les passages de comédie musicale m’ont quelque peu laissé indifférente voire ennuyée durant le film, certaines scènes se révèlent être éblouissantes, tant au niveau de la photographie que de la mise en scène, bien orchestrée. Notamment cette scène, poétique et romantique sans être niaise ni mièvre, au désormais célèbre observatoire Griffith de Los Angeles, que vous avez sans doute pu apercevoir dans bon nombre de films, notamment dans « La fureur de vivre » en 1955 avec James Dean. Les couleurs, la poésie de ces moments que l’on croirait réellement se dérouler dans les étoiles, font de ce lieu, mythique et céleste, l’écrin idéal pour abriter l’idylle de ces doux rêveurs. Los Angeles fut également le décor parfait, le témoin des rêves réprimés, mais bel et bien chevillés au corps et au cœur, torpillés de nouveau mais indélogeables, véritables raisons de vivre de deux jeunes écorchés vifs, qui ont décidé d’y croire plus fort que les autres, et qui auront, grâce à leur persévérance parfois mise à mal, chacun à leur manière, réalisé enfin leur rêve, mais à quel prix…

La La Land scène du Planetarium

La scène céleste et poétique à l’observatoire de Los Angeles.

Ryan Gosling, en musicien passionné et passionnant, a su me convaincre, bien moins taiseux que son personnage taciturne de Neil Armstrong dans le très récent « First Man » du même réalisateur, Damien Chazelle (voir mon article sur le film ICI). En ce qui concerne Emma Stone, si je ne connaissais pas son travail auparavant, il m’était néanmoins possible de mettre un nom sur le visage mutin et expressif de cette jeune actrice certes prometteuse, mais je que j’ai trouvé pour ma part quelque peu en dessous de son partenaire, notamment dans l’expression de sa passion pour son Art, que j’aurais espéré aussi « viscérale » que pour Sebastian.

Si pour ma part, le long-métrage n’est pas réellement le chef-d’œuvre annoncé (ce qui est souvent le cas quand nous attendons beaucoup d’un phénomène proclamé), « La La Land » nous offre de beaux moments, de belles scènes hors du temps, notamment la scène finale, bouleversante, qui m’a pour ma part laissé en larmes.

Avez-vous déjà vu « La La Land » ? Si oui, qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à réagir en commentaire !

La La Land scène de l'observatoire