[Critique et analyse du film] Vice-Versa, une plongée au cœur des émotions

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Suite à la diffusion du film des studios Disney-Pixar sur M6 le dimanche 1er avril en prime time, voici mon analyse de ce film encensé par la critique, mettant en scène les émotions d’une jeune fille dans son cerveau en ébullition, lors de son passage de l’enfance à l’adolescence.

Sorti en 2015.

Réalisation par Pete Docter (coréalisation : Ronnie del Carmen).

Scénario par Pete Docter, Meg Lefauve et Josh Cooley.

Société de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures.

Musique : Michael Giacchino.

Distribution : Walt Disney Studios Distribution.

Récompenses majeures : Oscars 2016 : meilleur film d’animation.

Golden Globes 2016 : meilleur film d’animation.

British Academy Film Awards 2016 : Meilleur film d’animation.

Avec les voix françaises de Charlotte le Bon (Joie), Marilou Berry (Tristesse), Gilles Lellouche (Colère), Mélanie Laurent (Dégoût), Pierre Niney (Peur), Clara Poincaré (Riley Andersen), Françoise Cadol (la mère de Riley), Alexis Victor (le père de Riley), Didier Gustin (Bing Bong).

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Synopsis : Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

Ma vision du film :

Germant dans l’esprit de son créateur Pete Docter en voyant sa propre fille grandir et devenir adolescente, « Vice Versa » est un long métrage qui tente de répondre à la question suivante : « Que se passe-t-il dans la tête de nos enfants lorsqu’ils grandissent ? ».

Et l’on peut dire que le pari est en grande partie réussi, puisque ce film, coloré, inventif et ludique, divertit en même temps qu’il nous apprend beaucoup de choses concernant nos émotions, les différents aspects de la personnalité, et le fait que chaque émotion a son rôle à jouer. Il ne sert à rien de renier ses émotions ; il faut tenter de les prendre comme elles viennent, en essayant de les apprivoiser au mieux et de ne pas les renier.

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Riley, jeune fille originaire du Minnesota,  déménage avec ses parents à San Francisco. Devoir changer de vie, d’école, ne plus voir ses amis, laisser son équipe de hockey sur glace… est un véritable chamboulement pour elle, d’autant qu’au même moment, son passage à l’adolescence est déjà une épreuve en soi… Joie, émotion dominante chez Riley depuis sa naissance, va peu à peu laisser une plus grande place à ses autres émotions, tour à tour Colère, Dégoût, Peur et Tristesse… cette dernière prenant de plus en plus une place dominante sur les autres émotions. Joie va penser que Tristesse n’est pas indispensable à Riley, rendant tristes tous ses souvenirs d’enfance enfouis dans sa mémoire, si elle ose à peine y toucher…

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[Attention spoilers !] Les ilots de la personnalité, présents dans le cerveau de Riley (Famille, Amitié, Honnêteté, Bêtise…)  s’effondrent peu à peu au fur et à mesure des déceptions de cette dernière, pour en laisser place à d’autres, fruit de la transformation de la jeune fille de l’enfance à l’adolescence. Certains moments du film sont bouleversants, notamment quand l’ami imaginaire de Riley, Bing Bong, disparaît à jamais, ou quand les souvenirs joyeux de Riley s’effacent, laissant Joie anéantie, lui faisant perdre son éternelle bonne humeur et son optimisme. Elle prend alors conscience à ce moment précis, que plus rien ne sera jamais comme avant pour Riley et qu’il est naturel que certains de ses souvenirs de sa petite enfance s’échappent, pour en laisser place à d’autres. [Fin du spoiler]

Joie va aussi prendre conscience peu à peu, de l’importance de Tristesse. Si elle pensait qu’elle était la seule à pouvoir se « porter garante » du bonheur de Riley, les autres émotions se révèlent également indispensables à son bon équilibre. Quand Bing Bong se confie en pleurant à Tristesse, celui-ci se sent soulagé d’avoir pu confier sa détresse en parlant de ce qui le rend triste, et d’être écouté. Joie va s’en rendre compte. Quand Riley repense à certains souvenirs de son enfance, étant autrefois joyeux, le fait qu’ils se teintent quelque peu de Tristesse ne veut pas forcément dire qu’ils soient tristes à jamais : ce sont désormais des souvenirs empreints de nostalgie, auxquels on repense parfois en étant mélancolique, mais qui nous mettent du baume au cœur, et nous font du bien.

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[Attention spoilers !] D’ailleurs, la prise de conscience de Joie va l’amener à laisser une plus grande place à Tristesse dans le contrôle des émotions de Riley, lorsqu’elles retrouveront le chemin du Quartier Général. [Fin du spoiler] Si la joie et la bonne humeur sont indispensables étant enfant, plus l’on évolue au cours de sa vie, plus les émotions tendent à être complexes. Tout ne sera pas seulement blanc ou noir, mais notre personnalité comporte une multitude de nuances qui nous définissent et font de nous un être unique.

Afin d’être réalistes dans leur illustration de la complexité des émotions et de la personnalité, l’équipe du film a recueilli les témoignages de différents experts en psychologie humaine. Si le film se doit de divertir en étant au plus près des émotions de Riley dans son cerveau en ébullition (ce qui donne toute sa saveur et son intérêt premier au film), il doit également être crédible et apporter des informations exactes aux spectateurs.

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Selon le propos de plusieurs scientifiques, l’esprit humain peut exprimer une trentaine d’émotions différentes. Pour ne pas disperser les jeunes téléspectateurs, seulement cinq ont été retenues. Un temps présentes dans une première version du script, la fierté et la confiance ont par la suite été écartées de la version finale du film.

Si le long métrage est plus que plaisant et est considéré comme beaucoup comme un véritable chez d’œuvre, il ne s’agit pas, pour ma part, de mon Pixar préféré. En effet, si on passe un très bon moment lors du visionnage de ce film, on peut constater certaines longueurs, notamment quand Joie et Tristesse sont perdues dans l’entrepôt des souvenirs. Néanmoins, il reste un très bon divertissement que l’on prend plaisir à voir et revoir, avec des moments drôles et émouvants, et des personnages drôles et attachants (Colère est notamment hilarant !).

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[Critique et analyse du film] Le Petit Prince : gardez pour toujours votre âme d’enfant !

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Ode au rêve, à l’imagination, à l’importance de garder son âme d’enfant, ce film, véritable chef d’œuvre poétique, allie deux techniques d’animation : l’image de synthèse et le stop motion, nous faisant voyager d’un monde à l’autre, pour le plus grand plaisir de celles et ceux qui auront su garder leur âme d’enfant. Pour les autres, après avoir vu ce film, croyez-moi, si vous l’aviez perdue en chemin, vous risquez sans nul doute de la retrouver !

Sorti en 2015.

Réalisation par Mark Osborne.

Scénario par Irena Brignull et Bob Persichetti, d’après l’œuvre éponyme d’Antoine de Saint-Exupéry.

Société de production : On Animation Studios, Onyx Films, Mikros Image, Orange studio, LPPTV (co-production), M6 Films (co-production), On Entertainment et Paramount Animation.

Distribution : Paramount Pictures France.

Musique : Hans Zimmer, Richard Harvey et Camille Dalmais.

Récompenses majeures : César du meilleur film d’animation en 2016.

Avec les voix françaises de Clara Poincaré (la petite fille), André Dussollier (l’aviateur), Florence Foresti (la mère), Andrea Santamaria (le Petit Prince), Vincent Cassel (le renard), Marion Cotillard (la rose), Laurent Lafitte (le vaniteux), Vincent Lindon (le businessman), Guillaume Canet (M. Prince).

Synopsis : Poussée par sa mère extrêmement occupée et organisée, une petite fille se prépare à pouvoir entrer dans une célèbre école reconnue du monde des adultes : l’Académie Werth. Son voisin, un vieil aviateur fantasque, s’immisce par accident dans sa vie très réglée, mais finit par la séduire par sa fantaisie et sa fascination des étoiles. Il lui raconte une histoire qui lui était arrivée lors d’une panne dans le désert du Sahara : celle-ci l’avait mis au contact d’un drôle de bonhomme, le Petit Prince, descendu de B612, sa minuscule planète.

Ma vision du film :

Tout commence par la vie extrêmement bien rangée d’une mère et de sa fille. Peut-être un peu trop. Beaucoup trop. Voulant à tout prix que sa fille intègre la prestigieuse Académie Werth (et elle a tout fait pour que cette dernière se convainc qu’elle le veuille elle aussi), sa mère achète une maison à proximité, et élabore le « projet de vie » de sa fille, jusqu’à l’âge adulte, réglé comme une horloge Suisse, à la seconde près, ne laissant aucune place à la spontanéité, aux jeux, à la joie, à la vie d’une enfant, tout simplement. Tout l’été, la petite fille va se consacrer à la préparation de sa rentrée à l’Académie, rien ne devant venir enrayer cette mécanique bien huilée. Mais c’est sans compter sur la facétie du voisin, un vieil aviateur fantasque, qui va lui faire découvrir un monde rempli de rêve, d’histoires, dont une qui va changer le cours de sa vie…

L’histoire de la rencontre de l’aviateur, tombé en panne dans le désert du Sahara, avec le Petit Prince, descendu de sa planète B612, d’où il a quitté sa rose. Pendant tout le film, nous allons passer du monde très moderne, avec la vie bien rangée de la petite fille, au monde du Petit Prince (très réussi, avec la technique du stop motion), rencontrant au passage le renard, nous faisant retrouver la magie du conte de Saint-Exupéry. Avec ses couleurs éclatantes, son imagination sans limites, sa spontanéité, son rêve… Grâce aux histoires de l’aviateur, la petite fille va peu à peu lâcher prise de la vie infernale que lui fait vivre sa mère chaque jour (qui pourrait supporter d’avoir une vie réglée à la seconde près jusqu’à l’âge adulte ?), en se rendant compte de l’importance d’avoir des amis, de ne pas grandir trop vite, de garder sa spontanéité d’enfant, un monde imaginaire, farfelu et fantaisiste…

L’amitié entre la petite ville et l’aviateur s’entremêle à l’histoire du Petit Prince, de sa rose qu’il abandonne sur sa planète et du renard qu’il va apprivoiser. La musique est l’écrin qui sublime le bijou, composée par Hans Zimmer. Si l’image est somptueuse, la musique va magnifier dvantage un monde déjà habité par la rêverie, la mélancolie, et l’imagination. Camille va interpréter également trois chansons pour le film, nous invitant davantage à rentrer dans ce monde merveilleux d’où on n’aimerait jamais en sortir.

La petite fille va également découvrir les réponses aux questions qu’elle se pose sur la perte d’un être cher, la mort, ce qu’il y a peut-être après… Et va dès lors, vouloir aller retrouver ce Petit Prince dans le monde des adultes, extrêmement sombre. On y trouve ce qu’on peut retrouver de pire chez l’être humain : le vaniteux, l’assoiffé d’argent, une vie faite seulement de travail, d’ennui, jour après jour, de gens qui marchent dans la rue dans le même sens, mais dont l’existence est justement avide de sens, ayant perdu le goût de la vraie vie et de ses saveurs, courant après un but qu’ils ont perdu en cours de route…

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Elle va retrouver le petit Prince, devenu l’adulte que tout un chacun s’interdirait de devenir quand il est enfant : devant passer sa vie à effectuer un travail pénible qu’il ne supporte pas, devenant au passage presque son propre bourreau, tyrannisé par un patron exécrable. Il ne prendra pas la peine d’écouter la petite fille, ni même de vouloir se souvenir du petit garçon qu’il était avant. Peut-être, happé par cette vie d’adulte détestable, a-t-il lui-même déjà oublié… S’ensuivront des péripéties qui les mèneront au final, qui nous submerge d’émotion…

Le Petit Prince fait écho à des sujets qui me sont chers : le fait de s’employer à toujours garder son âme d’enfant, sous peine d’oublier pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue : continuer à rêver, à faire preuve d’imagination, de créativité, s’émerveiller devant les choses nous paraissant parfois insignifiantes : un beau paysage, un ciel étoilé, une belle histoire que l’on lit, que l’on raconte à son tour…

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Me réfugiant moi-même beaucoup dans un monde contre lequel j’aime si souvent me blottir, trop agitée par la brutalité et la dureté de ce monde et de certains êtres humains, je ne pense pourtant pas souffrir du syndrome de Peter Pan (quoique…), surtout quand la réalité de la vie vient souvent se heurter à mon petit monde idéalisé. C’est pour cela que j’affectionne tant les films d’animation, m’offrant un monde où tout peut être encore possible. Où tout est possible. En visionnant le Petit Prince, je n’ai donc évidemment pas pu retenir mes larmes de couler, puisque ce long métrage exprime tout cet univers empreint de sensibilité dont je viens de vous révéler, et qui me tient tant à cœur.

Voici quelques photos, la bande annonce et un extrait du film, qui, je l’espère, vous donneront  envie à votre tour de vous plonger dans le monde merveilleux et poétique du Petit Prince.

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