[Découverte de film] Malena de Giuseppe Tornatore (2000) + Hommage à Ennio Morricone

Affiche MalenaJe n’ai pas été présente ces dernières semaines sur le blog, pour raisons personnelles et aussi car les sorties de films étant à l’arrêt au cinéma, il était difficile de se motiver à écrire… Le décès du Maestro Ennio Morricone aurait du me sortir de ma réserve, mais je n’en ai pas eu le courage… Lui, un des plus grands musiciens devenu à jamais une légende, nous laisse un héritage musical incommensurable. C’est entre autres lui, qui grâce à la bande originale du film « Cinema Paradiso », m’a donné envie de me mettre au violon pour pouvoir jouer son thème un jour…

Voulant après la mort du compositeur me remémorer ses plus grandes compositions, je suis tombée sur le thème de « Malena », du même réalisateur que « Cinema Paradiso », Giuseppe Tornatore. Je ne connaissais ni la musique, ni le film, je l’ai donc visionné… Et voici le récit de mon émouvant visionnage.

Genre : comédie dramatique. Sorti en 2000.

Durée : 109 min (Version censurée : 92 min).

Réalisation par Giuseppe Tornatore.

Scénario par Giuseppe Tornatore et Luciano Vincenzoni

Musique : Ennio Morricone.

Sociétés de production : Medusa Film, Miramax Films, Pacific Pictures.

Société de distributions : Miramax Films.

Avec Monica Bellucci (Malena Scordia), Giuseppe Sulfaro (Renato Amoroso), Luciano Federico (le père de Renato), Matilde Piana (la mère de Renato), Pietro Notarianni (Professeur Bonsignore, le père de Malena), Gaetano Aronica (Nino Scordia, le mari de Malena), Gilberto Idonea (L’avocat Centorbi).

Extrait Malena

Synopsis : Au printemps 1940, Mussolini a déclaré la guerre à la France et à la Grande-Bretagne. La ville sicilienne de Castelcuto est en liesse. Renato Amoroso, un garçon de treize ans, est heureux pour d’autres raisons. Il vient de recevoir sa première bicyclette et de tomber sous le charme de Malena, une ravissante veuve de guerre qui fait tourner la tête à tous les hommes du village et attise la haine des épouses jalouses. Renato, littéralement envoûté, la suit partout avec son vélo. Mais Malena est victime des refoulements et des convoitises des habitants de Castelcuto. Le petit garçon va trouver le moyen de l’aider, et grâce à elle, il apprendra les leçons de la vie.

Ma vision du film :

Giuseppe Tornatore et Ennio Morricone, un des duos gagnants du cinéma italien… Après avoir obtenu le Grand Prix du jury pour « Cinema Paradiso » en 1989 au Festival de Cannes, le réalisateur s’associe de nouveau au Maestro pour retranscrire toute l’âme de la Sicile des années 1940, sous la coupe de Mussolini. Renato, un jeune garçon, lui, n’a pas pour priorité la guerre qui est en train de sévir. Il vibre pour Malena, dont le mari a été envoyé au front en Afrique. Tous les hommes du village fantasment sur elles, les femmes sont jalouses et Malena va être la cible facile des mauvaises langues, alors que sa solitude et les drames qu’elle endure la plongent dans une tristesse et une misère inévitables. Renato, amoureux de Malena trop âgée pour elle et bienveillant, tente de la protéger des griffes des âmes sans compassion, odieuses envers Malena.

Malena extrait du film Renato et Malena

Certains n’y ont vu que dans ce film du talentueux cinéaste italien une image d’avilissement de la femme, mais j’y ai vu des choses bien plus profondes. Notamment comment la beauté d’une femme peut être son seul défaut, malgré le fait qu’elle soit une femme respectable, fidèle et certainement plus humaine que la plupart des femmes de son village, devenant atroces de haine et de jalousie. Comment cette même femme doit faire face à deux drames dans sa famille, et comment elle arrive à rester digne et forte dans l’épreuve, malgré ce que les habitants du village lui font subir.

Même si Monica Bellucci ne parle que très peu dans le film, sa posture, sa tenue, ses regards, font ressentir toute la solitude, la détresse, la tristesse qu’elle endure. Fantasme pour les hommes, cible facile pour leurs femmes, Malena est seule contre (presque) tous. Alors que son père la répudie à cause de rumeurs malveillantes, son mari est déclaré mort à la guerre.

Renato dans Malena

Giuseppe Tornatore a, une nouvelle fois là encore, su donné l’âme de la nostalgie de la Sicile d’une autre époque, du passage de l’adolescence à l’âge adulte pour un jeune homme, avec l’apprentissage des choses de la vie et du premier émoi amoureux. Des thèmes qui lui sont chers, et qui derrière sa caméra, prennent vie sous un jour nostalgique, mélancolique, émouvant et parfois cruel. Un long-métrage qui ne laisse pas indifférent, et dont la musique d’Ennio Morricone fait décupler les émotions, devenant de plus en plus intenses à chaque scène. Une merveille de cinéma italien, si on sait lire entre les lignes du simple fantasme incarné par Malena.

Extrait du film Malena

Le film étant produit entre autres par Miramax, il existe une version censurée dont les scènes trop osées ont été coupées. Mais n’est pas là pour moi l’essence même du film, qui a fait surtout ressortir, me concernant, l’amour d’un jeune homme pour une femme pour laquelle il fera tout à la hauteur de son jeune âge, ne lui permettant pas de prendre à deux mains tout le courage nécessaire afin de protéger Malena, davantage seule, triste et digne que gratuitement provocante.

« Malena » est un film attachant et émouvant, photographie d’une Sicile plongée sous l’horreur de la guerre, que les habitant(e)s du village ne rendent pas forcément plus humains, notamment envers Malena dont la vie s’en trouvera bouleversée. Encore une réussite du duo réalisateur/compositeur Tornatore/Morricone, qui livre là une de ses partitions les plus réussies.

Monica Bellucci dans Malena

[Critique et analyse] Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore (1988)

Affiche Cinema Paradiso

« Cinéma Paradiso » est un des films « hommage au cinéma » que tout cinéphile se doit de voir au moins une fois dans sa vie. Un film qui faisait partie des classiques qu’il fallait absolument que je visionne, mais je repoussais toujours le moment de le voir, de peur d’être déçue, tant on en attend quelque chose, vu la réputation (non usurpée) de chef-d’œuvre… La sincérité et la justesse de Philippe Noiret, les facéties de Toto enfant, et leur relation d’amitié si singulière, la magnifique musique d’Ennio Morricone, un village de Sicile… Autant de raisons de se (re)plonger dans ce classique du cinéma franco-italien.

Genre : comédie dramatique. Sorti en 1988.

Durée : 2h03 pour la version standard sortie en 1988 ; 2h43 pour la version longue avec des scènes en plus.

Réalisation par Giuseppe Tornatore.

Scénario par Vanna Paoli et Giuseppe Tornatore.

Musique : Ennio Morricone et Andrea Morricone.

Sociétés de production : Franco Cristaldi pour Cristaldifilm, Giovanna Romagnoli, Gabriella Carosio pour la RAI, Alexandre Mnouchkine pour Les Films Ariane, TF1 Films Production.

Société de distributions : Ariane Distribution.

Alfredo Philippe Noiret Cinema Paradiso

Récompenses majeures : Grand prix du jury au Festival de Cannes 1989 pour Giuseppe Tornatore.

Oscar du meilleur film de langue étrangère (1989).

Prix du cinéma européen (1989): du meilleur acteur pour Philippe Noiret ; prix spécial du jury pour Giuseppe Tornatore.

Golden Globe du meilleur film de langue étrangère (1990).

Cinema Pardiso scène du certificat d'études

Avec Philippe Noiret (Alfredo), Salvatore Cascio (Salvatore enfant, dit « Toto »), Marco Leonardi (Salvatore adolescent), Jacques Perrin (Salvatore adulte), Antonella Attili (Maria, la mère de Toto, jeune), Pupella Maggio (Maria âgée), Agnese Nano (Elena adolescente / la fille d’Elena (dans la version longue Director’s cut)), Brigitte Fossey (Elena adulte (dans la version longue Director’s cut),

Synopsis : Alfredo vient de mourir. Pour Salvatore, cinéaste en vogue, c’est tout un pan de son passé qui s’écroule. On l’appelait Toto à l’époque. Il partageait son temps libre entre l’office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo…

Toto dans Cinema Paradiso

Ma vision du film :

Imaginez : vous aimez passionnément le cinéma, et vous avez devant vous un film qui réunit toutes les émotions possibles : l’amour, l’amitié, la complicité, l’enfance, les premiers émois amoureux adolescents, la famille, le temps qui passe, les regrets, la vie, la mort… On passe d’une émotion à l’autre durant plus de deux heures, avec en prime une mélancolie, qui lui colle à la peau comme la chaleur moite de Sicile où se déroule le film… Tous les sentiments d’une vie entremêlés dans ce chef-d’œuvre cinématographique intemporel qu’est « Cinéma Paradiso ».

L’amitié touchante entre Alfredo et Toto qui noue dès l’enfance de ce dernier, et du bougon mais chaleureux et si généreux Alfredo, est au cœur du long-métrage. Alfredo va se métamorphoser au contact de Toto qu’il aura pourtant « dans ses pattes » au début. Il aura du mal à faire sans lui, et [Attention spoilers] Toto, qui a perdu son père à la guerre, trouvera en quelque sorte en Alfredo un père « de substitution ». Et quand ce dernier deviendra aveugle après le terrible incendie qui a frappé le cinéma (à l’époque, les pellicules pouvaient s’enflammer…), et qu’il aura besoin de Toto (en témoigne cette phrase si touchante d’Alfredo « Comment je fais moi si t’es pas là… »), il ne l’empêchera pourtant pas de vivre sa vie et même le poussera à partir à Rome vivre sa vie, à ne jamais se retourner ni revenir : « Je ne veux plus jamais t’entendre parler Toto ! Je veux juste entendre parler de toi … ». [Fin des spoilers].

Alfredo et Toto Cinema Paradiso

Si Toto est passionné de cinéma, et sera en premier lieu projectionniste, « chapeauté » par Alfredo, il deviendra une fois adulte réalisateur ; on verra tout le long du film des scènes de projections de films au cinéma Paradiso, et les images se passent sans doute de commentaires, Toto (Salvatore adolescent et adulte), ne mettra jamais vraiment de mots sur sa passion durant le film.

[Attention spoiler] Après le terrible incendie qui a ravagé le cinéma Paradiso sur la plage du village sicilien et Alfredo devenu aveugle, [Fin du spoiler] on peut suivre au fur et à mesure les progrès techniques du cinéma auxquels Alfredo aura bien du mal à se faire. C’est désormais lui qui apprendra de Toto, comme ce dernier aura tout appris de son « mentor » Alfredo durant son enfance… [Attention spoilers] Un nouveau cinéma sera construit mais à la fin du film, la destruction de l’ancien cinéma laissé à l’abandon est la fin d’une époque révolue : quand on n’avait pas encore la télévision chez soi, qu’il n’y avait qu’une seule salle de cinéma pour tout un village, qu’on brûlait d’impatience pour voir un nouveau film, tout comme les pellicules qui pouvaient elles aussi brûler et provoquer un incendie ravageur dans les cabines de projection… [Fin des spoilers].

Cinema Paradiso Elena et Salvatore

« Je ne veux plus jamais t’entendre parler Toto ! Je veux juste entendre parler de toi … » Alfredo à Salvatore, adolescent, parti à son destin vers Rome.

Elena, l’amour manqué de Salvatore, la seule chose qui lui manquera comme il le dira lui-même, pour être pleinement heureux, s’est joué de malchance (et du fait d’Alfredo aussi) : ils s’en rendront compte 30 ans après. Malgré la vie et les années qui passent, l’amour et les souvenirs sont restés mais reprendront-ils pour autant leur histoire là où elle s’était arrêtée ?

Le fait que « Cinéma Paradiso » se déroule en Sicile et soit à moitié un film italien lui confère une atmosphère davantage « spleenétique » et nostalgique, que la musique d’Ennio Morricone vient renforcer.

Cinema Paradiso Salvatore adulte

Salvatore (Toto) adulte.

Philippe Noiret était un acteur remarquable et le jeune garçon interprétant Toto touchant, plein de justesse et de facéties, comme un petit garçon qu’on a toutes et tous connus (Salvatore Cascio, « grand » maintenant).

« Cinéma Paradiso » est un monument du cinéma, dont Philippe Noiret et l’interprète de Toto enfant sont les clés de voûte, les piliers fondateurs d’une émotion intense provoquée par la complicité entre un enfant et un homme qu’il aimera comme son père, partagée grâce et autour de leur passion commune du cinéma.

Cinema Paradiso Alfredo et Toto sur le vélo