[Critique et analyse] Mon inconnue d’Hugo Gélin (2019)

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Vu au cinéma le week-end dernier, « Mon inconnue » étonne et détonne dans le paysage cinématographique français. Réunissant un casting de jeunes acteurs à la carrière prometteuse, des moments de comédie pure où l’on rit beaucoup, une histoire d’amour avec un couple à l’osmose évidente, un mélange subtilement dosé d’humour et d’émotion… Une réussite déjà saluée par la critique (à la fois presse et spectateurs !), pour ce long-métrage d’Hugo Gélin, jeune réalisateur prometteur lui aussi.

Genre : Comédie romantique. Durée : 1h58.

Sorti en 2019.

Réalisation par Hugo Gélin.

Scénario par Hugo Gélin, Igor Gotesman et Benjamin Parent, avec la collaboration de David Foenkinos et Lætitia Colombani.

Musique : Ambroise Willaume dit Sage.

Société de production : Zazi Films, Mars Films, Chapka Films, France 3 Cinéma, C8 Films.

Coproduction : Belga Films.

Société de distribution : Mars Films.

Récompenses majeures : Prix d’interprétation masculine au Festival du film de l’Alpe d’Huez pour François Civil.

Mon inconnue François Civil

Avec François Civil (Raphaël), Joséphine Japy (Olivia), Benjamin Lavernhe (Félix), Camille Lellouche (Mélanie), Édith Scob (Gabrielle, la grand-mère d’Olivia), Amaury de Crayencour (Marc, le compagnon d’Olivia dans l’autre vie »), Juliette Dol (Morgane, l’ex petit-ami de Félix que ce dernier cherche à reconquérir).

Synopsis : Du jour au lendemain, Raphaël se retrouve plongé dans un monde où il n’a jamais rencontré Olivia, la femme de sa vie.
Comment va-t-il s’y prendre pour reconquérir sa femme, devenue une parfaite inconnue ?

Ma vision du film :

Que ferions-nous si un beau jour, au réveil, la personne qui partage notre quotidien ne nous reconnaît pas, remettant en cause plusieurs années de notre vie ? Le synopsis du film et la distribution m’ont poussé à aller voir ce long-métrage français, dont j’avais pris connaissance de la sortie quelques mois avant cette dernière.

Mon inconnue Félix et Raphaël

Car il faut dire qu’avec deux jeunes acteurs à la carrière aussi prometteuse (François Civil que j’ai connu dans le film « Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch : voir mon article sur le film ICI), et Benjamin Lavernhe de la Comédie Française (que j’avais particulièrement apprécié dans « Le goût des merveilles » avec Virginie Efira, voir mon article ICI). Joséphine Japy est quant à elle tout aussi talentueuse, et je ne la connaissais pas, pour ma part. Apportant de la fraicheur, elle excelle dans ce rôle de pianiste élégante et classe, et l’osmose de son couple à l’écran avec Raphaël (François Civil) est évidente.

La force de « Mon inconnue » est ce dosage subtil de scènes hilarantes et d’émotion. On ressent parfois de l’empathie envers Raphaël, qui alterne entre espoir et résignation de vivre désormais sans la femme de sa vie à ses côtés, et envers Félix, qui, s’il est incroyable dans le rôle du pote d’enfance désopilant, monstre de comédie, souffre également d’avoir perdu sa compagne, Morgane. Et c’est là toute la force de Benjamin Lavernhe : pouvoir passer de scènes à mourir de rire, et une seconde après, blessé par une remarque de son ami, les larmes aux yeux, souhaitant lui ouvrir les yeux quant au fait que ce dernier va devoir se plier en quatre pour reconquérir celle qu’il aime, souffrant lui aussi de l’absence de celle dont il n’ose espérer le retour. Une capacité à changer de registre qui m’avait déjà époustouflé dans « Le goût des merveilles », où il jouait le rôle de Pierre, autiste Asperger, à la fois drôle « malgré lui », répondant de façon spontanée à Louise (Virginie Efira), et désarmant. Benjamin Lavernhe, est, sans aucun doute, promis à une belle carrière.

Benjamin Lavernhe dans Mon inconnue

Félix (Benjamin Lavernhe). Crédit photo: Mars Films.

[Attention spoiler] La scène incroyable où Félix se fait passer pour Jean-Pierre Lepêcheur (!), l’agent de Raphaël au téléphone, en ligne avec le compagnon d’Olivia, fait instantanément passer au « Dîner de cons ». [Fin du spoiler].

Ping et Pong, les deux amis d’enfance, ne s’échangent pas seulement les balles de ping-pong à la vitesse de l’éclair, les répliques truculentes et les situations cocasses s’enchainent également pour notre plus grand plaisir.

Mon inconnue Raphaël et Olivia au restaurant

Si le film est un grand moment de comédie, il n’en est pas pour autant réduit qu’à cela. Raphaël, à avoir trop négligé sa femme au profit de sa carrière d’écrivain, a rendu sa femme malheureuse et comprendra plus tard que si cette dernière l’a oublié, [Attention spoiler] c’est également car il a fait mourir le personnage dans lequel il a mis Olivia en scène, dans son dernier roman. [Fin du spoiler].

C’est également un film plongé dans la science-fiction, mais aussi en quelque sorte un « mélodrame » puisque Raphaël devra tout faire pour qu’Olivia se souvienne des 10 ans passés en sa compagnie, sans être assuré que la fin sera heureuse pour lui et pour son couple. La morale étant, bien entendu, de continuer à regarder la personne avec qui l’on vit, et de ne jamais la considérer comme acquise.

Mon inconnue Raphaël et Olivia

La musique quant à elle, habille bien les différentes humeurs du film, entre les airs joués au piano par Olivia, et la musique pop rock rétro des années lycée d’Olivia et Raphaël.

[Attention spoiler] Quant à la fin du film, on ne sait pas vraiment si Olivia se souvient désormais de son mari, mais ayant analysé les dernières scènes, pour ma part, je suppose que non, car elle n’a pas eu le temps de lire la fin du roman réécrit par Raphaël. Mais elle jette un regard vers la place dans laquelle est habituellement assis ce dernier, lui qui lui donne de la force avant ses concerts, et on peut se dire néanmoins qu’elle a pris conscience que c’est lui dont elle a besoin, et non de Marc, son fiancé. [Fin du spoiler].

« Mon inconnue » est une belle comédie romantique française, tour à tour férocement drôle dans les scènes avec les deux copains d’enfance, que romantique sans être mièvre ni « gnangnan ». Porté par des comédiens talentueux à la carrière prometteuse, le film, qui dure quasiment deux heures, se suit dans déplaisir, étant peut-être un peu long vers la fin, sans que cela soit réellement insupportable.

Mon inconnue Olivia et Raphaël

[Critique et analyse] Ce qui nous lie, un film à consommer sans modération !

Affiche Ce qui nous lie

Cette comédie dramatique française sortie l’année dernière, est à la fois douce et amère, mélancolique et drôle. La fratrie incarnée par le trio d’acteurs Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil est très touchante et fonctionne à merveille. Un très bon cru de Cédric Klapisch, qui a merveilleusement su s’approprier la quintessence de la Bourgogne et d’un milieu très particulier qu’est la viticulture.

Sorti en 2017.

Réalisation par Cédric Klapisch.

Scénario par Cédric Klapisch et Santiago Amigorena.

Musique : Loïk Dury et Christophe Minck – Chanson du générique de fin « Ce qui nous lie est là », interprétée par Camélia Jordana, voir clip à la fin de l’article.

Société de production : Ce qui me meut (crée en 1998 par Cédric Klapisch).

Coproduction : France 2 Cinéma et StudioCanal.

Société de distribution : StudioCanal.

Toute la troupe

Avec Pio Marmaï (Jean), Ana Girardot (Juliette), François Civil (Jérémie), Jean-Marc Roulot (Marcel), María Valverde (Alicia, la femme de Jean), Yamée Couture (Océane, la femme de Jérémie), Florence Pernel (Chantal, la mère d’Océane), Jean-Marie Winling (Anselme, le père d’Océane), Tewfik Jallab (Marouan, le vendangeur « grande gueule »), Karidja Touré (Lina, une vendangeuse).

Synopsis : Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

Ma vision du film :

Les vignobles bourguignons servent ici de toile de fonds au long-métrage, et l’héritage du domaine familial entre une fratrie de trois frères et sœurs, dont le père vient de mourir, les déstabilise et va faire ressurgir des souvenirs d’enfance et de vieilles rancœurs de famille qui trainent. « Ce qui nous lie » est une très belle œuvre cinématographique livrée l’année dernière par le réalisateur français Cédric Klapisch.

On voit là la volonté de ce dernier de filmer « la vraie vie » : certains affirment que le long-métrage se veut parfois plus proche du documentaire que d’un véritable objet cinématographique ; certains jugent également le film parfois trop lent, et il est vrai qu’il s’agit plutôt réellement d’un film que je qualifie pour ma part de « contemplatif », offrant une « tranche de vie » des personnages ; où on observe les protagonistes vivre leur « vie », avec leurs hauts et leurs bas, les bonheurs et les joies, les moments de liesse et les tracas que celle-ci comporte. Si dans le cas de certains métrages cela peut me déranger, ou me plaire au point de figurer dans la liste des films qui comptent pour moi, « Ce qui nous lie » rentre sans nul doute dans cette dernière catégorie.

Jean dans les vignes

Ce qui a aussi certainement aidé à cela, c’est que « l’intrigue » se déroule en Bourgogne, la région dont je suis originaire. Le film offre une photographie magnifique de cette si belle région (et de ses vignobles), la mettant sans cesse en valeur, celle-ci étant presque le personnage principal du film, le noyau central où tout se passe, où ces trois frères et sœurs ont leurs origines, leurs souvenirs, leurs racines. On contemple également de très belles images de l’année qui défile, mettant en scène un arbre et les vignobles autour qui changent au fil des saisons.

Arbre selon les saisons

Le fait que cette fratrie ait à gérer le deuil de leur père en même temps que les retrouvailles avec Jean, l’aîné, l’héritage du domaine familial et les difficultés liées à leurs propres vies personnelles, donne lieu à certains moments touchants et empreints de nostalgie : [Attention spoilers] notamment les scènes où Jean se revoit petit, et la scène où il parle au petit garçon qu’il était ; Juliette craquant, pleurant parfois seule, notamment en plein travail sur son tracteur, devant gérer à la fois son deuil et le fait de devoir s’affirmer dans la reprise du domaine familial. [Fin des spoilers].

Certaines scènes sont très réalistes, notamment les vendanges, et la fête de la Paulée célébrant leur fin, avec un esprit très festif, collant bien à la « philosophie » de la région : des Bourguignons épicuriens, bons vivants, fêtant leurs traditions et leur terroir dans un esprit bon enfant.

Jean et Jérémie

Les trois acteurs principaux sont très convaincants et l’ensemble semble bien réel. On sent que l’équipe du film a pris le « pouls » et la température d’une région dont les personnes y étant originaires, et ayant visionné le film, ne peuvent que saluer ; le monde des vignerons, pouvant parfois être impitoyable, est également très fidèle à la réalité.

Jean, l’aîné, de retour au pays après un tour du monde de 10 ans, est en quelque sorte le personnage central et charnière du film. Son retour et le décès de son père avec qui il ne s’entendait pas, va faire remonter en lui une foule de souvenirs, qui se mêlent au flou de sa situation dans son couple et dans sa vie, en général (d’ailleurs, on ne comprend pas toujours très bien si les problèmes dans le couple qu’il forme avec la chilienne Anna ne sont pas le fruit de leurs propres tergiversions, ou s’ils sont bien réels).

En effet, revenir après un tour du monde (ou ce qui s’apparente plutôt à une fuite de son père et de son rôle d’aîné qui a toujours été trop lourd à porter), et avoir fait un enfant n’ont au final pas plus que ça répondu à ses questions existentielles, ni apaisé la rancœur qu’il avait envers son père. [Attention spoiler] Jusqu’au jour où il découvre et lit une lettre écrite par son père après son départ pour faire le tour du monde. [Fin du spoiler]. Ayant lui-même un petit garçon, il se rend compte que ce n’est pas si facile d’être un bon parent et que, comme tout le monde, on fait surtout ce que l’on peut avec l’héritage familial que l’on (trans)porte toute sa vie durant sur son dos comme un poids parfois trop lourd : un héritage qui ne se traduit pas en vignobles de grands crus ou en héritage pécuniaire, mais un bagage fait de blessures, de failles, de doutes, de peines de ne pas s’être assez parlé et écouté, de non-dits.

Jérémie, le cadet (interprété par François Civil), est aussi un personnage très attachant. Le trio fonctionne décidément très bien ensemble, et Klapisch a réuni un casting quatre étoiles, qui n’aurait pas donné le même long-métrage si l’alchimie entre ces trois frères et sœurs n’avait pas aussi bien fonctionné.

« Ce qui nous lie » est un très beau film sur la transmission familiale, d’un savoir-faire (ici, la viticulture), d’un patrimoine, de questionnements et de doutes qu’on laisse à ses enfants après son départ. Resteront surtout en mémoire des images magnifiques de la Bourgogne, et une relation très touchante entre ces frères et sœurs, que l’on aimerait tous connaitre nous-mêmes. Ce n’est certainement pas un film pour amateurs d’action sans fin ou de péripéties à répétition : voici une bande annonce pour vous donner une idée de « l’ambiance » du film. Ainsi que la vidéo de la très belle chanson (que l’on peut entendre lors du générique de fin), « Ce qui nous lie est là », interprétée par Camélia Jordana.

N’hésitez pas à réagir en commentaire pour donner votre avis sur le film, si vous l’avez déjà vu. Sinon, j’espère que mon analyse vous aura donné envie de le visionner !

Jérémie, Juliette et Jean balançoire