[Critique et analyse] Avril et le monde truqué (Franck Ekinci et Christian Desmares, 2015)

Affiche Avril et le monde truquéVoici encore sur Rêves Animés un digne représentant de l’animation à la française, que beaucoup nous envient. Ayant la particularité d’être à l’origine du dessinateur de BD Jacques Tardi, « Avril et le monde truqué », dispose en plus d’un scénario assez original : d’éminents savant sont enlevés, et la France est privée du progrès technique, comme restée bloquée en 1871. Une histoire rondement menée, où l’héroïne principale, ayant pour seul ami son chat parlant Darwin, forte et indépendante, va devoir se battre pour retrouver les membres de sa famille, tous brillants scientifiques depuis des générations.

Sorti en 2015. Durée : 1h45.

Genre : Film d’animation, aventures.

Réalisation par Franck Ekinci et Christian Desmares.

Scénario par Franck Ekinci et Benjamin Legrand, d’après une bible graphique originale de Jacques Tardi.

Animateurs : Patrick Imbert, Nicolas Lemay et Nicolas Debray (animation 3D : Bernie Denk).

Musique : Valentin Hadjadj.

Production : Studiocanal, Je suis bien content, Arte France Cinéma, RTBF, Tchack, Kaibou Productions inc et Wallimage.

Distribution : Studiocanal et O’Brother Distribution.

Récompenses majeures : Cristal du meilleur long métrage à l’édition 2015 du festival international du film d’animation d’Annecy.

Avril et son grand-père extrait d'Avril et le monde truqué

Avec les voix de Marion Cotillard (Avril Franklin), Philippe Katerine (Darwin, le chat d’Avril), Jean Rochefort (Prosper « Pops » Franklin, le grand-père d’Avril), Olivier Gourmet (Paul Franklin, le père d’Avril), Macha Grenon (Annette Franklin, la mère d’Avril), Marc-André Grondin (Julius), Bouli Lanners (Gaspar Pizoni, le policier), Benoît Brière (Rodrigue, le varan mâle), Anne Coesens (Chimène, le varan femelle), Jean-Claude Donda (le commissaire de police impériale Derouge).

Synopsis : 1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du XIXème siècle, gouverné par le charbon et la vapeur.
C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?

Invention Avril et le monde truqué

Ma vision du film :

Saviez-vous que Paris avait autrefois deux tours Eiffel, reliées entre elles ? Pour savoir pourquoi il n’y en a plus qu’une aujourd’hui, regardez « Avril et le monde truqué »… Plus sérieusement, j’ai visionné un film étonnant, durant qui plus est 1H45… Ce qui est long pour un film d’animation où l’action est presque toujours présente. Un tel film a dû prendre à l’équipe plusieurs années afin de le réaliser.

Dans la famille d’Avril, on est tous scientifiques savants. Son arrière grand-père, faisant des expériences sur des animaux sauvages pour le compte de l’Empire français, disparait, les animaux aux drôles de pouvoirs ayant eu le temps de s’enfuir avant l’explosion de son laboratoire. Par la suite, privant la société des progrès scientifiques majeurs jusqu’à l’aube des années 1940, les meilleurs savants sont enlevés et pendant 70 ans, nul ne sait où ils ont pu disparaitre…

Extrait Avril et le monde truqué

Avril grandit donc dans un orphelinat, pensant avoir perdu ses parents. Ne lui reste dans ce monde froid et dur que son seul ami, son chat parlant Darwin. Devenue jeune adulte, Avril s’est construite seule, étant malgré elle solitaire, indépendante et méfiante, devant vivre cachée car on la recherche, ou surtout son grand-père, recherché par le revanchard Pisoni. La solitude étant tout de même dure à vivre pour n’importe quel mortel, Avril va sans le vouloir, rencontrer l’amour en la personne de Julius. Mais est-il lui aussi digne de confiance ?

Avril vit comme elle le peut, sans montrer d’émotions, en se débrouillant seule au moment où tout un chacun a besoin de la chaleur et de l’amour d’un foyer pour se construire. La seule fois où elle semble perdre pied et prendre un visage « humain », c’est lorsqu’elle pense perdre son seul compagnon, son chat Darwin, le seul qui la relie encore à la vie… [Attention spoilers] C’est seulement lorsqu’elle retrouvera son grand-père, qu’elle commencera à baisser ainsi la garde avec Julius et l’espoir de tisser des liens de nouveau. [Fin des spoilers].

Parents d'Avril dans Avril et le monde truqué extrait

Il faut toujours bien suivre car les scènes s’enchainent sans temps mort, l’intrigue bien ficelée, le suspense toujours présent. Tout est possible jusqu’à la fin et l’on n’a pas vu venir certaines péripéties.

[Attention spoilers] Les créatures enfuies du laboratoire de l’arrière grand-père d’Avril sont des varans qui parlent, ayant crée un monde parallèle futuriste en ayant réuni les scientifiques enlevés, persuadés selon eux de servir la cause en devant recréer le sérum capable de créer l’invulnérabilité, mais aussi la vie sur d’autres planètes. Mais si Chimène, le varan femelle veut faire le bien, il n’en est pas de même pour Rodrigue, son mâle, qui est prêt à tout pour « régner », reproche aux humains ce qu’il finira lui-même par faire : faire la guerre, faire régner la terreur, encore et toujours…

« Avril et le monde truqué » est donc aussi un film de science-fiction avec ce monde parallèle futuriste, tranche étrangement avec le monde de 1941 visible à Paris où le progrès n’a pas évolué puisque tous les savants sont réunis en un seul et même endroit. [Fin des spoilers].

« Avril et le monde truqué » est un film complexe, traitant de beaucoup de sujets (science, inventions, guerre, stupidité et avidité humaine, progrès, mais aussi complexité des rapports humains, poids de l’héritage familial…) où tout s’enchaine sans temps mort. Parfois très noir et dur (c’est du moins ainsi que je l’ai perçu), ce n’est pas vraiment un film à conseiller à un très jeune public. Un scénario bien trouvé, un film d’animation qui change un peu, qui montre les choses de la vie telle qu’elles sont, et donc, pas toujours roses.

Avril et Darwin dans Avril et le monde truqué

[Critique et analyse] Une vie de chat (de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, studios Folimage)

Affiche Une vie de chatCinq ans avant le très réussi « Phantom Boy », les studios Folimage avaient déjà réalisé « Une vie de chat », toujours un dessin animé sous fond d’intrigue policière. L’action se déroule à Paris, décor particulier où on y suit un chat se partageant entre deux familles, la nuit, et finira sans le vouloir, à rapprocher deux êtres aux antipodes l’un de l’autre. Musique jazzy, voix et dialogues de qualité, style d’animation bien reconnaissable : les studios Folimage, situés près de Valence dans la Drôme, sont garants d’une animation française de qualité.

Sorti en 2010. Durée : 1h10.

Genre : dessin animé, polar.

Réalisation par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli.

Scénario par Alain Gagnol.

Musique : Serge Besset.

Production : Jacques-Rémy Girerd.

Distribution : Gebeka Films (France), Films Distribution (à l’international).

Le chat dans Une vie de chat

Avec les voix de Dominique Blanc (Jeanne), Bruno Salomone (Nico), Oriane Zani (Zoé), Jean Benguigui (Victor Costa), Bernadette Lafont (Claudine), Bernard Bouillon (Lucas), Jacques Ramade (« Monsieur Bébé »).

Synopsis : Dino est un chat qui partage sa vie entre deux maisons. Le jour, il vit avec Zoé, la fillette d’une commissaire de police. La nuit, il escalade les toits de Paris en compagnie de Nico, un cambrioleur d’une grande habileté. Jeanne, la commissaire de police, est sur les dents. Elle doit à la fois arrêter l’auteur de nombreux vols de bijoux, et s’occuper de la surveillance du Colosse de Nairobi, une statue géante convoitée par Costa, le criminel responsable de la mort de son mari policier. Depuis ce drame, la fillette ne dit plus un mot. Les événements vont se précipiter la nuit où Zoé surprend Costa et sa bande. Une poursuite s’engage, qui durera jusqu’au matin, et qui verra tous les personnages se croiser, s’entraider ou se combattre, jusque sur les toits de Notre-Dame…

Jeanne et Costa dit le Colosse dans Une vie de chat

Ma vision du film :

Si, dans « Une vie de chat », tout comme dans « Phantom Boy », les situations de départ semblent tristes (ici la petite fille a perdu son père policier tué par Costa, et se retrouve avec sa mère également policière, désormais seule pour élever sa fille et faire face ; dans « Phantom Boy » le petit Léo, 11 ans, se bat courageusement contre la maladie), elles ne plombent jamais vraiment l’ambiance générale du film ; il y a toujours de l’humour, de la musique gaie, des personnages positifs… pour contrebalancer et ne pas déboussoler un public majoritairement composé d’enfants.

Le chat et Zoé Une vie de chat

L’atmosphère particulière de ces films me plaît beaucoup et, dans « Une vie de chat », l’ambiance de Paris la nuit, vue depuis les toits, ce côté mystérieux, et les scènes finales se déroulant sur les toits de Notre-Dame de Paris, comme souvent objet de convoitises et de légendes avec son architecture particulière et ses gargouilles, dont on saisit davantage l’ampleur et la ferveur qu’elle suscite, après l’incendie dramatique qui a frappé l’édifice en avril dernier.

Les films de Folimage ont également cette particularité de donner l’envie de retomber en enfance, même aux adultes les plus réfractaires à se laisser aller, parfois, à oublier dans le tourbillon de la vie pendant cinq minutes, que l’on est justement un enfant dans un corps d’adulte (qui, parmi nous, a choisi de grandir ?), de retrouver le rêve, l’insouciance : leurs longs-métrages sont là pour rêver, imaginer, être dans les nuages, malgré les situations difficiles que traversent les familles dans ces films.

Nico dans Une vie de chat

Comme toujours, les studios Folimage nous proposent un dessin animé (on ne parle pas ici de film d’animation puisque l’on réalise encore chez Folimage des dessins animés « traditionnels », en 2D), un film accrocheur, des personnages très attachants, une ambiance particulière et des dialogues particulièrement soignés. Les studios Folimage apportent toujours un soin particulier au choix des voix pour doubler leurs personnages, ce qui participe beaucoup à la réussite de ces films, dont la voix des adultes et personnages plus âgés contrebalancent avec un graphisme du dessin animé plus « enfantin », qui a également son charme.

Une musique jazzy pour « Une vie de chat » signée Serge Besset, correspondant parfaitement à l’atmosphère noctambule parisienne, sous fond de polar. On peut également entendre ce magnifique thème symphonique enregistré notamment avec l’orchestre philharmonique Bulgare.

Le chat Une vie de chat

« Une vie de chat » prouve une nouvelle fois que l’animation française est de qualité, que beaucoup nous envient (même le géant Pixar s’inspire de certains films d’animation français !). Depuis le début des années 2000, beaucoup d’animateurs français s’exportent à l’étranger et leur savoir-faire n’est plus à prouver ; l’animation française a encore de beaux jours devant elle, et ce malgré un travail encore artisanal en 2D, en aquarelle ou en stop-motion (très peu de studios français travaillent, même de nos jours, en 3D). Je consacrerai prochainement sur le blog un article sur l’animation française.

Nico et le chat sur les toits de Paris dans Une vie de chat