Dans le cinéma ou la littérature : l’anthropomorphisme, ou l’art d’humaniser l’animal

Voici mon premier article en tant que contributrice régulière sur le webzine culturel Prop(r)ose Magazine. Bonne lecture !

De nos jours, la condition animale est en train de changer. L’animal a désormais son propre Code civil, les peines envers les maltraitants sont de plus en plus sévères, et de plus en plus de gens deviennent végétariens ou végans. Mais si l’être humain prend de plus en plus conscience de la sensibilité de l’animal, de tout temps, nous l’avons « utilisé » dans la littérature ou au cinéma pour faire passer plus subtilement certains messages sans être vus comme moralisateurs.

Pourquoi des animaux pour faire passer certains messages ?

Ces dernières années, bon nombre d’œuvres, littéraires ou  cinématographiques, ont mis en scène des animaux, humanisés (on parle alors d’anthropomorphisme) ou non. Pour faire passer certains messages les concernant, ou nous caricaturer. En effet, cela ne passe-t-il pas mieux de nous brocarder, de se moquer de nos travers en utilisant les animaux, si jolis, si innocents, si aimés de tous, pour le faire ?

Récemment, on peut parler de quelques exemples bien parlants. Au cinéma tout d’abord, ce sont surtout les films d’animation qui utilisent ce « moyen d’expression ».  Zootopie  met en scène une véritable société d’animaux qui vivent, travaillent comme n’importe quel être humain, dans la ville de Zootopie. On y retrouve toutes les défaillances propres à notre société : le racisme, la non-acceptation de la différence, le machisme (la lapine Judy y fait face à son entrée dans la police), la lenteur légendaire des fonctionnaires (une des scènes les plus jubilatoires du cinéma d’animation, s’il en est, est celle où Judy et Nick font face au paresseux pour traiter un dossier… et qu’on retrouve ce dernier plus tard, dans la scène finale… arrêté par la police, lui qui roulait à une vitesse folle, au volant de son bolide !).

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Le paresseux dans Zootopie (Studios Disney, 2016)

L’île aux chiens, de Wes Anderson, sorti le 11 avril dernier, est également un exemple plus que parlant d’un film où les chiens sont victimes de la folie des hommes, les expropriant sur une île poubelle. Les chiens parlent, ont leur propre langage, mais ne comprennent pas les êtres humains. Et pour la première fois, on y verra un chien « abandonner » son maître ! Les chiens prennent le pouvoir, les rôles s’inversent.

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L’île aux chiens, de Wes Anderson, sorti le 11 avril dernier.

Au cinéma, notamment dans l’animation, l’anthropomorphisme a toujours existé. Les dessins animés de Disney sont des pionniers en la matière !

Mais dans la littérature également, avec Jean de la Fontaine (entre autres), qui, par le biais de ses célèbres fables, réécrites à partir de celles d’Esope a utilisé les caractères attribués aux animaux (la fourmi met de côté mais n’est pas prêteuse, la cigale ne pense qu’à chanter tout l’été…) pour transposer malicieusement ces traits de caractère aux humains, sans passer pour un donneur de leçons. On peut retrouver cette inspiration dans des films d’animation comme 1001 pattes (Disney Pixar, 1998), ou plus récemment dans Drôles de petites bêtes (2017), où les insectes sont souvent dépeints de manière péjorative, dans une petite « société » où règne la loi du plus fort.

Jefferson

Sorti en mars dernier, le roman de Jean-Claude Mourlevat, Jefferson, est un petit bijou. Narrant les aventures de ce petit hérisson si mignon, dans une ville où, tout comme dans le film Zootopie, les animaux vivent, travaillent, tombent amoureux, s’entraident… mais ne mettent que très rarement les pattes dans la ville voisine, habitée par les humains. Quand Jefferson est accusé du meurtre de son coiffeur, il va découvrir pourquoi ce dernier était pris à partie par les humains. L’auteur donne son parti pris du végétarisme, raconte avec certains détails (faisant parfois froid dans le dos) ce qu’il se passe dans les abattoirs… sans toutefois jamais verser dans la férocité, le roman étant en priorité destiné à la jeunesse (à partir de 9 ans). À travers ses pages, Jefferson transmet, aux plus jeunes et aux moins jeunes, de belles valeurs comme, entre autres, l’entraide, l’amitié et la persévérance.

Certaines œuvres ont tant le pouvoir de nous émouvoir, de nous faire réfléchir, évoluer, qu’elles nous poussent parfois à chambouler notre façon de voir les choses, de bousculer nos habitudes. Suite à la lecture de Jefferson par exemple, je suis devenue végétarienne, bouleversée par certains passages de ce roman, même si j’y songeais sérieusement depuis un bon moment.

Ne sous-estimons jamais le fait que les œuvres peuvent influencer nos vies et malmener nos préjugés. Le pouvoir des mots, des images, peut avoir sur nous un effet magique… C’est bien là tout leur mystère. Surtout si les animaux, si proches de nous, sont porteurs de messages pouvant faire changer le monde… ou tout d’abord, quelques certaines mentalités. Et,  par les temps qui courent, ce n’est déjà pas si mal !

Le cinéma, ma passion : ce qu’il m’apporte, bien au-delà des écrans

Cinéma coeur pellicules.JPGLe cinéma me fait vibrer, fait briller mes yeux et m’apporte tant de choses, d’émotions. Il rend ma vie plus douce, et je m’endors souvent en me remémorant certaines scènes des films que je viens de visionner, ou de mes films préférés. Mais au-delà de ces jolis mots paraissant bateau, je vais tenter de vous expliquer ce que m’apporte vraiment le cinéma, au niveau personnel, psychologique, créatif et philosophique.

Clap cinémaTous les passionnés du septième art pourront le confirmer : être réellement, viscéralement attaché au cinéma, signifie bien plus que de visionner des films, les apprécier (ou pas) et de passer aux suivants. Les véritables amoureux du septième art visionnent un film, l’apprécient (ou pas), voire l’aiment, l’adorent, le vénèrent, l’analysent, en font (pour certains) la critique, et ces films que nous aimons tant restent dans notre mémoire, gravés au fer rouge pour toujours.

Pour ma part, je dois avouer que ma passion du cinéma n’est pas si ancienne. Mais, je tente d’approfondir ma culture cinématographique dès que j’en ai l’occasion. Même si ma préférence va aux films d’animation, j’essaie de regarder, bien entendu, également des films en PVR (prises de vue réelle), en tentant d’alterner les genres : science-fiction, fantastique, comédie, drame, art et essai…

Salle de cinéma

Le visionnage de certains films, en plus de me faire découvrir de véritables pépites, peut me faire m’intéresser aux différents sujets ou domaines pointés. Ce fut notamment le cas après avoir vu « Wall-E », et je suis devenue par la suite passionnée de robotique, même si ce sujet m’intéressait déjà avant de connaitre ce chef-d’œuvre. Mais cela peut également me faire approfondir certaines passions déjà existantes, comme lorsque je regarde des films mettant en scène des animaux, renforçant mon amour pour eux déjà très fort, ou la psychologie, par exemple avec des longs-métrages comme « Lost In Translation ».

Le septième art permet également une large ouverture sur le monde, de faire réfléchir à des sujets de société divers et variés… Il peut nous faire, parfois, changer d’avis sur un préjugé que l’on aurait, bien ancré en nous.

Le cinéma est ma passion, il m’apporte au quotidien de la joie, du réconfort, du bonheur, c’est véritablement mon moteur.

Dessin bobine

Il m’a redonné de la joie, de l’espérance en de nouveaux projets et de nouvelles perspectives, à un moment de ma vie où je me sentais « bloquée », sans issue, ce qui a été également le cas concernant la lecture et l’écriture, entre autres de mon blog (je ferai un bilan de mes premiers mois en tant que blogueuse dans quelques temps).

Même si je visionne parfois des films mélancoliques ou tristes, j’arrive à déceler une note d’espoir grâce à certains personnages auxquels je vais m’identifier, des personnages positifs, optimistes et persévérants. Il y a toujours matière à voir plus loin que l’image, à réfléchir, penser, imaginer, philosopher, échanger, créer, écrire, analyser…

Car la force du cinéma est bien là : il inspire, donne des champs de vision, d’imagination et de créativité infinis. Bien loin de brider l’imaginaire, il nous emmène au contraire vers des horizons qu’on ne pourrait soupçonner. Comme si tout restait à explorer, découvrir, inventer : c’est un cycle sans cesse stimulant, ludique et terriblement excitant.

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Certains films me procurent des émotions démultipliées, exacerbent ma sensibilité déjà à fleur de peau. Cela est parfois difficile de me remettre « émotionnellement » de certains films, parfois plusieurs heures après, mais l’empreinte qu’il me laisse après coup du visionnage fait vite oublier les moments parfois difficiles que je peux passer en regardant des scènes parfois sensibles ou dramatiques.

Au fur et à mesure de mes différents visionnages, au fil du temps, je suis devenue de plus en plus sensible aux différents détails qui font toute la magie d’un film. Cela peut être la musique, une symphonie fusionnant tant avec une image, une scène, que cela me fait tirer les larmes ; un silence, un regard, un geste, une parole… Toutes ces petites choses qui font la différence… et certains chefs-d’œuvre.

Voilà… J’ai tenté de vous expliquer avec mes mots à moi, ce que signifie le cinéma pour moi, et ce qu’il m’apporte au quotidien. Peut-être que cet article vous surprendra, vous étonnera, de par sa teneur un peu plus personnelle. Mais, je suis ravie d’échanger et de partager avec vous, chers lecteurs cinéphiles, ma vision du cinéma. Je publierai d’ailleurs notamment un article sur notre rapport au cinéma, plus généralement, et son impact sur nos vies, notre perception de la société… Et vous, que vous apporte le cinéma à titre personnel ? N’hésitez pas à répondre en commentaire !

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Les films muets, ou quasi-muets : des émotions décuplées

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À notre époque, certains réalisateurs choisissent encore de faire des films où les paroles, les dialogues, n’y ont pas leur place, ou quasiment pas, alors que le cinéma muet a cessé d’exister à la fin des années 1920. Ils ont fait ce pari risqué, parce que leur film le nécessitait, par choix artistique, parce qu’ils savaient que certaines émotions peuvent passer par bien d’autres façons à l’image que par la parole. Petit tour d’horizon de mes longs-métrages modernes favoris, muets ou quasi-muets, qui ont marqué, chacun à leur façon, l’histoire du cinéma par leur singularité, car on peut, aussi, ne pas parler (ou peu) pour dire beaucoup.

Je ne vous parlerai donc pas ici des films muets de Charlie Chaplin ou Buster Keaton, bien que ces pointures du cinéma muet aient forcément influencé certains réalisateurs. À commencer par Andrew Stanton et son équipe, créateurs du chef d’œuvre Wall-E (voir ma critique du film sur le blog), qui se sont abreuvés de films du cinéma muet afin de pouvoir donner au robot cet air gaffeur et maladroit en présence de sa prétendante Eve. Mais pas que. Grâce au fait que le film soit quasi muet pendant les vingt premières minutes du film, cela décuple (voire centuple !) les émotions ressenties par Wall-E, notre petit héros principal, grâce à son regard (qui n’a pas fondu en voyant les étoiles se refléter dans ses petits yeux ?), ses silences, ses gestes (prendre ses propres pinces en regardant les deux héros de son film favori « Hello, Dolly ! »). Les bruitages de Ben Burtt sont également une réussite, lui qui a notamment inventé la voix de R2-D2 dans Star-Wars ou les bruitages d’E.T, entre autres. Ainsi, pour amplifier le sentiment de solitude et de chaos qui entoure Wall-E, il a mixé le son des chutes du Niagara avec un gémissent sinistre. Le « baiser » de Wall-E et Eve à la fin du film, lui, est représenté par une machine récupérée chez l’accessoiriste des Frankenstein, possédant deux boules d’argent  qui oscillent et donnent l’illusion d’un jaillissement d’étincelle.

Et que dire de la bande originale signée Thomas Newman, l’une des plus remarquables jamais composée pour un film d’animation ? Il s’agit là d’un magnifique écrin mettant son joyau en valeur, une œuvre magistrale qui prouve s’il en est encore besoin que la musique est indissociable d’une œuvre cinématographique d’une telle portée et d’une telle intensité.

Un autre film d’animation totalement muet, La Tortue Rouge, sorti en 2016 et réalisé par Michael Dudok de Wit, ayant glané de nombreuses récompenses (Prix spécial « Un Certain Regard » au Festival de Cannes en 2016, et Magritte du cinéma pour le meilleur son en 2017, notamment). Coproduit entre autres par le Studio Ghibli, cette œuvre surprenante et distincte voit aussi sa composition musicale signée Laurent Perez del Mar considérée comme magistrale.

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Autre merveille, issue de la « French Touch » de l’animation française, le long-métrage inspiré de la série  Minuscule : la vie privée des insectes, diffusée sur France 5 : Minuscule, la vallée des fourmis perdues. Pas une seule parole prononcée durant le film, puisque tous les héros sont des insectes, communiquant entre eux par de petits bruits qui leur sont propres. Ce qui donne au film ce côté loufoque où on comprend par l’intonation de ces bruits leurs différentes humeurs, ou seulement par les regards échangés entre eux.

Dans Seul au Monde, lorsque Chuck Noland, interprété par Tom Hanks, tente de survivre sur son île, sa solitude forcée le contraint à ne plus pouvoir communiquer avec personne. Mais son isolement devenant peu à peu insupportable, il s’invente un ami imaginaire en la « personne » de Wilson, un ballon de volley customisé avec des végétaux. Ces moments de « détresse morale » intense vécus par Chuck sont parmi les plus poignants du film.

Ces quelques films n’étant que quelques exemples, connaissez-vous d’autres films muets ou muets vous ayant marqué ? Les quelques films cités ci-dessus vous ont-ils déjà frappé par cette particularité et les émotions qu’ils ont pu vous faire ressentir ? N’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire !