Des comédies romantiques pas comme les autres

Poétiques, sensibles et pudiques, des amours platoniques et/ou impossibles sur grand écran.

La clé du coeur

Si les comédies romantiques font rêver depuis la naissance du cinéma, certain(e)s réalisateurs/trices prennent le parti pris de créer des longs-métrages différents des autres : leurs personnages n’ont pas connu le coup de foudre au premier regard, ni la passion dévorante, mais ils se sont rencontrés, souvent par hasard, étaient au même endroit, au même moment, étaient disponibles ou pas pour vivre une histoire : l’un ou les deux sont déjà engagés dans une relation, l’un a une « petite » différence, une autre a du mal à faire le deuil de son défunt mari… Des romances empreintes de pudeur, d’intellectualité et de poésie, qui étonnent et détonnent, dans cette société où les scènes d’amour doivent être faciles et fugaces.

Lorsque j’écrivais la critique du film « Le goût des merveilles » (voir l’article ICI), avec les excellents Virginie Efira et Benjamin Lavernhe, je me suis fait cette réflexion : la plupart de mes films préférés sont souvent des métrages où les deux protagonistes vivent un amour pudique, voire parfois platonique, pour des raisons qui leur sont propres. Combien de comédies romantiques ou tout du moins des scènes de rencontre entre un homme et une femme, nous offrent des scènes d’amour gratuites et tristement banales, comme si cela était toujours forcément nécessaire.

C’est dans un tout autre registre que les films dont je vous parle aujourd’hui s’inscrivent : ils s’attardent et s’attachent davantage au cheminement psychologique des protagonistes, et à leur lent et parfois hésitant attachement l’un envers l’autre.

Lost in Translation Bob et Charlotte

Bob et Charlotte dans « Lost in Translation » de Sofia Coppola (2004).

Si un film nous vient directement en tête quand nous pensons à l’amour platonique au cinéma, c’est bien le désormais iconique « Lost in Translation » de Sofia Coppola, sorti en 2004 (voir mon article sur le film ICI) avec la toute jeune Scarlett Johansson (17 ans), « à l’époque » aux prémices de sa carrière, et Bill Murray, qui a fait poireauter la jeune réalisatrice jusqu’au dernier moment, elle qui ne voulait que lui dans le rôle de Bob. Si le film a cette ambiance et cette atmosphère si particulières, c’est que l’équipe a tourné le film dans Tokyo parfois sans autorisation des propriétaires ou de la ville de tourner dans les lieux, comme le restaurant ou le métro. La spontanéité dans les scènes tournées « dans l’urgence » est donc de mise, ainsi que la manière de tourner le film, originale et inattendue, en pellicule plutôt qu’en vidéo. Sofia Coppola explique son parti pris : « Il n’y a que le film traditionnel qui puisse donner ça. Avec la pellicule à haute sensibilité que nous utilisions (la 5263 de Kodak), on pouvait aller partout et tourner sans éclairer. La pellicule ne survivra peut-être pas longtemps, alors autant en profiter tant que c’est possible. Elle possède quelque chose de nostalgique, elle crée une légère distance, tandis que la vidéo est le « medium » du présent. » ¹

Mais c’est aussi et surtout cette rencontre fortuite entre Charlotte, venant tout juste de terminer ses études et délaissée par son époux John, photographe en déplacement professionnel à Tokyo, et Bob, acteur américain sur le déclin, dans un hôtel de luxe à Tokyo, dont ils ne sortiront tous deux que très rarement (surtout Charlotte), à part pour des échappées ensemble, souvent nocturnes, afin de tuer le temps et de parler de leurs vies et relations respectives. Charlotte n’est mariée que depuis deux ans et émet déjà des doutes quant à son union avec John, et est également perdue quant à l’orientation à donner à sa vie professionnelle. Quant à Bob, ancien acteur venu à Tokyo afin de tourner une pub pour une marque de whisky, il va avoir du mal à appréhender et comprendre un pays, une culture, une langue et une population aux mœurs bien différentes (on se souvient notamment de la scène de la call-girl japonaise hystérique, hilarante), et se rendre compte, à des milliers de kilomètres de son foyer et de son épouse, que son mariage s’émousse.

Charlotte Lost In Translation

Scarlett Johansson dans le rôle de Charlotte, dans « Lost in Translation ».

Si certains attendaient, durant tout le film, que les deux succombent et tombent dans les bras l’un de l’autre, il n’en sera rien. En effet, si on sent que Charlotte attend parfois un peu plus que le rôle de « confident » empreint de sagesse et de bienveillance, dû à son expérience, que Bob tient envers elle (notamment quand elle est jalouse, au restaurant, de l’aventure que Bob a eue avec la chanteuse du bar de l’hôtel), Bob « n’abusera » jamais des failles que causent les doutes que Charlotte peut avoir concernant sa vie, notamment conjugale. Seule la scène finale, légendaire, nous offrira un baiser entre ces deux écorchés de la vie, et nous laissera à jamais avec ce mystère de savoir ce que Bob a susurré à l’oreille de Charlotte, paroles que nous n’avons pas entendues, nous spectateurs.

Un long-métrage mythique, qui apparaît souvent dans les palmarès des meilleurs films de tous les temps, établis par certains magazines (il est notamment classé 128ème sur 500 en 2008 par le magazine Empire). Une Scarlett Johansson naturelle et pleine de spontanéité, encore loin du star-system hollywoodien dont elle est aujourd’hui au cœur, et un Bill Murray comme à son habitude, mais enrichi de la sagesse de l’âge mûr, dans un rôle estimé par beaucoup comme son meilleur à ce jour.

Le goût des merveilles

Louise et Pierre dans « Le goût des merveilles » d’Éric Besnard (2015).

En France aussi, des longs-métrages comme « Le goût des merveilles » donc, où l’on suit avec un plaisir évident la rencontre entre Louise (Virginie Efira), qui tente de faire face à l’agonie de son domaine agricole après le décès de son époux, dans la Drôme provençale, dont la photographie, solaire, magique et colorée donnera toute sa poésie au film, et Pierre, autiste Asperger, que Louise a failli renverser en voiture. Sorti en 2015, le film nous narre avec sensibilité et pudeur l’attachement sincère entre deux êtres dont le plus cabossé par la vie n’est pas forcément celui que l’on pense. Pierre, de par sa spontanéité presque enfantine, enchante peu à peu le quotidien morose de Louise. Pierre ne s’embarrasse jamais des conventions, du regard des autres, du qu’en-dira-t-on, est touchant et sincère. S’il fait parfois référence à un désir physique présent et assumé envers Louise (notamment la scène de la douche dans la salle de bains, où Pierre veut rester pour voir Louise nue), on ne verra jamais ni baiser, ni étreinte, ni amour charnel entre eux deux. Tout juste une douce poésie dans une sublime scène finale, sans que l’on sache vraiment si les deux vont vivre une romance, libre à nous d’imaginer la suite.

Le personnage de Pierre est magistralement interprété par Benjamin Lavernhe, et certaines scènes m’émeuvent encore aux larmes quand j’en ai parfois le souvenir. « Le goût des merveilles », comme son joli titre l’indique, nous laisse une impression de doux, d’acidulé, quand on le visionne, surtout la première fois. Un métrage bien loin de s’appesantir et de s’accabler sur l’autisme de Pierre, en enjolivant sa différence, en la sublimant même, et en suggérant un amour sincère et un désir que ce dernier éprouve comme tout un chacun envers la femme qu’il aime. Un bijou de film, à voir absolument pour appréhender autrement l’autisme, et pour la dose de spontanéité qu’il nous réinjecte, et que nous sommes souvent trop nombreux à oublier, malheureusement, au fur et à mesure que l’on grandit.

La délicatesse Nathalie et François

Nathalie et Markus dans « La délicatesse » de David et Stéphane Foenkinos (2011).

Quant à « La délicatesse », sorti en 2011 (voir mon article ICI), des frères David et Stéphane Foenkinos, s’il nous offre quelques baisers entre Nathalie (Audrey Tautou) et Markus (François Damiens), nos deux personnages vont avancer, reculer, freiner parfois des quatre fers en ce qui concerne le début d’une idylle, dont on ne sait pas vraiment à la fin, si elle démarrera véritablement un jour. Nathalie, encore marquée par le décès brutal de son époux François, hésite à se laisser aller dans les bras de Markus, son employé d’origine suédoise que tout son entourage ne jugera pas assez bien pour elle. D’ailleurs, le premier baiser que Nathalie donne à Markus, par hasard, dans un moment de rêverie, sera l’impulsion de « l’intrigue » du long-métrage. Ce baiser était, pour l’anecdote, réellement inattendu pour François Damien lors du tournage de la scène, les cinéastes ayant décidé de changer l’ordre de tournage et de filmer d’autres plans, laissant le comédien dans l’attente, surpris par ce baiser inopiné à ce moment-là !

Les réalisateurs ont voulu réaliser ce qu’ils appellent joliment une « dramédie », un mélange de drame et de comédie, « qui implique non seulement le cumul des deux genres, mais également le passage graduel de l’un à l’autre ». Ils parlent aussi d’un « film « driste », c’est-à-dire, drôle et triste à la fois, parsemé de « météorites de fantaisie ». ²  Ce qui sied à merveille aux deux acteurs, Audrey Tautou étant à son aise dans des rôles de femme, voire de femme enfant parfois mélancolique, et un François Damien aussi hilarant qu’il peut être touchant.

Et vous ? Que pensez-vous de ce genre de films mettant l’accent sur le cheminement intime et intérieur des personnages, au rythme et à l’ambiance particuliers ? N’hésitez pas à réagir en commentaire !

¹ http://www.allocine.fr/film/fichefilm-47395/secrets-tournage/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lost_in_Translation#cite_note-28

² http://www.allocine.fr/film/fichefilm-61361/secrets-tournage/

Lost in Translation scène finale

Les films d’animation en stop-motion

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Si aujourd’hui, les films d’animation en images de synthèse sont légion, il existe encore des longs métrages « fabriqués » de manière artisanale, et pour certains d’entre vous, quand vous visionnez des films tels que « Wallace et Gromit », « Shaun le Mouton », « Ma vie de Courgette » ou plus récemment le très singulier « L’Ile aux Chiens » de Wes Anderson, vous ne savez peut-être pas forcément que ce sont des petites marionnettes animées image par image. Ce procédé prend du temps, en effet plusieurs mois voire plusieurs années sont parfois nécessaires afin de réaliser un métrage dans un tel procédé.

Marionnettes Wallace et Gromit

Le placement minutieux de la marionnette de Wallace, de « Wallace et Gromit ».

Si les studios Pixar ont inventé il y a plus de vingt ans le procédé des films d’animation en images de synthèse, les véritables « dessins animés », au sens littéral du terme, ont peu à peu disparu de nos salles obscures, même si certains « artisans réalisateurs » continuent de faire de la résistance. Pourtant véritable fan des films au studio à la lampe ou d’autres, il est vrai que, de nos jours, beaucoup de nostalgiques, sans doute, du bon vieux temps des aquarelles ou dessins animés, regrettent une certaine « uniformisation » des films d’animation d’aujourd’hui dans leur réalisation, leurs scénarios parfois convenus, les mêmes traits d’humour désormais attendus… Si le progrès technique nous a permis de nous régaler de  certains chefs d’œuvre tels que « Wall-E », ou encore « Ratatouille » pour Pixar, la truculente franchise « Shrek » pour Dreamworks ou les sagas « Rio » ou « Age de Glace » pour les studios Blu Sky, nous aimons parfois voir autre chose, connaitre une « autre saveur », sentir « l’artisanat cinématographique » dans toute sa splendeur.

Shaun le Mouton

La création de « Shaun le mouton, le film ».

Le stop-motion, qu’est-ce que c’est ? Le stop-motion ou « animation en volume » en français, est une technique d’animation permettant de créer un mouvement à partir d’objets immobiles. Chaque scène en particulier est filmée à l’aide d’une caméra capable de ne prendre qu’une seule image à la fois. Entre chaque image, les objets de la scène sont légèrement déplacés. Lorsque le film est projeté à une vitesse normale, la scène semble animée. La méthode la plus connue est celle de la pixilation (acteurs ou objets filmés image par image). On peut utiliser différents supports, comme la pâte à modeler (marque de fabrique des studios Aardman, avec, pour tête d’affiche, les célèbres « Wallace et Gromit »), des papiers ou des dessins découpés, des figurines créées minutieusement pièce par pièce, comme par exemple dans le magnifique « Ma vie de Courgette » réalisé par Claude Barras, sorti en 2016 (voir mon analyse du film ICI).

Combien de temps faut-il afin de réaliser un film avec la technique du stop-motion ? Pour comprendre à quel point le stop-motion est un procédé long et minutieux, prenons l’exemple du tournage de « Ma vie de Courgette », crée dans les studios du Pôle Pixel, à Lyon. Pour fabriquer 5 secondes de film, il faut une journée entière de travail ! Pour obtenir 1h06 de film, Claude Barras a tourné pendant huit mois, sur quinze plateaux différents, à raison de trois secondes par jour et par animateur. Concernant les marionnettes, 54 ont été crées et peintes dans trois déclinaisons de costume, ainsi qu’une soixantaine de décors ! Les voix de Courgette et ses amis ont été doublées par de vrais enfants choisis grâce à leur aisance naturelle et spontanée au micro, tandis que les adultes ont été doublés par des acteurs professionnels. En tout, six semaines ont été nécessaires afin d’effectuer le doublage de la totalité du film. Et concernant la suite du travail de mixage, nous laissons le soin à Claude Barras d’expliquer lui-même : « Huit mois supplémentaires ont été nécessaires pour sonoriser le film et assembler toutes les prises sur fond vert avec les premiers-plans, les arrière-plans, les ciels, les nuages ainsi que les autres fonds de décors créés par ordinateurs. Bien que la fabrication et le tournage furent un marathon de deux ans de travail acharné impliquant plus de cent cinquante «artisans», nous avons tenu et réussi, grâce une équipe très efficace, à mettre en place et maintenir un système de production à échelle humaine tout au long du tournage ». (Source : AlloCiné).

Claude Barras et ses personnages de Ma vie de Courgette

Claude Barras à l’œuvre avec ses marionnettes de « Ma vie de Courgette ».

Pourquoi les films réalisés en stop-motion plaisent-ils autant au public ? Certainement du fait de leur côté « traditionnel », artisanal, qui leur donne une certaine authenticité. Nous savons que ce ne sont pas de véritables personnages qui s’animent, tout comme les images de synthèse me direz-vous… Et bien oui, tout à fait, à la différence près que les personnages de ces films que l’on aime tant ont vraiment existé, en tant que marionnettes, figurines… Elles étaient là, physiquement, fabriquées avec amour par les centaines de personnes chargées de leur créer une identité, un look, de leur donner vie. Après le tournage de certains films et leur exploitation, on peut retrouver leurs petits personnages dans leurs décors, notamment dans le Musée Miniature et Cinéma du Vieux-Lyon. Ce fut le cas pour « Ma vie de Courgette » en 2017, et ce sera également au tour des personnages et décors de « L’Ile aux Chiens » de Wes Anderson d’être exposés en 2019 (voir mon analyse du film ICI). Si les personnages des films d’animation créés en stop-motion vivront toujours dans notre mémoire et nos cœurs, leur donner une deuxième vie et permettre aux amoureux de ces films de les voir, non pas en « chair et en os », mais « en pâte à modeler », de toucher des yeux ces petites marionnettes dont on a suivi les aventures cinématographiques, est un véritable privilège.

Wes Anderson et les marionnettes de l'Ile aux Chiens

Wes Anderson et tous ses personnages du film « L’Ile aux Chiens ».

Et vous, aimez-vous les films d’animation réalisés en stop-motion ? Quels sont vos favoris ? N’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire !

Vidéo du Making-of de « Ma vie de Courgette » :

Sitographie :

En savoir plus sur le stop-motion (ou animation en volume): http://scenari.crdp-limousin.fr/stopmotion/co/module_stopmotion_2.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Animation_en_volume

Site officiel des studios Aardman (en anglais) : https://www.aardman.com/

Les anecdotes et secrets de fabrication du film « Ma vie de Courgette » de Claude Barras : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-236415/secrets-tournage/

https://www.telerama.fr/cinema/dans-les-cuisines-de-ma-vie-de-courgette,149032.php

Secrets de fabrication du film « Fantastic Mr. Fox » de Wes Anderson : https://image-par-image.com/cinema/fantastic-mr-fox/

https://image-par-image.com/making-of/les-marionnettes-de-fantastic-mr-fox/ (avec une vidéo)

Secrets de fabrication du film « L’Ile aux Chiens » sorti en avril dernier, avec toujours le talentueux Wes Anderson à la réalisation : http://mashable.france24.com/divertissement/20180410-ile-aux-chiens-wes-anderson-stop-motion-prouesse-technique

Mon article sur ma visite du musée Miniature et Cinéma de Lyon : https://reves-animes.com/2018/05/07/ma-visite-au-musee-miniature-et-cinema-a-lyon

Wes Anderson et la marionnette de Mr.Fox

Wes Anderson tenant la patte de la marionnette de « Fantastic Mr. Fox ».

Les extraterrestres au cinéma

Rencontres du 3ème type

« Rencontres du troisième type » (Steven Spielberg, 1977).

Sujet fascinant s’il en est, les extraterrestres au cinéma ont, de tout temps, intrigué autant les scénaristes, réalisateurs ou spectateurs que nous sommes. De la comédie française avec Louis de Funès au plus sérieux des films de science-fiction, tous les genres s’y sont essayés. Steven Spielberg en a notamment fait l’objet de deux de ses films : « Rencontres du troisième type » en 1977 et « E.T. l’extraterrestre », en 1982. Je n’aurai pas la prétention ici de faire une liste exhaustive de tous les longs-métrages existant sur le sujet, étant encore bien loin de tous les connaitre. Néanmoins, je partage avec vous quelques pistes de réflexion sur ce qui rassemble ou éloigne les longs-métrages pris en exemple dans cet article.

Il n’est tout d’abord pas péjoratif de dire que plus le film est récent, plus les moyens techniques et les effets spéciaux sont pointus afin d’offrir au spectateur un univers le plus « crédible » possible, et réussi au niveau visuel. Si on regarde « E.T. l’extraterrestre » (sorti en 1982), aujourd’hui, E.T. est certes mignon et touchant, le charme opère toujours autant auprès des âmes d’enfants que nous avons su garder. Cependant, soyons objectifs : si Steven Spielberg sortait E.T. aujourd’hui, il ne serait sans doute pas le même, ou crée avec des moyens différents, plus modernes. D’ailleurs, lors de la sortie de la version remastérisée des 20 ans du long-métrage, en 2002, le talentueux réalisateur admettait qu’il a saisi l’occasion de retravailler certaines scènes avec les moyens qui nous sont offerts aujourd’hui. Rajoutant au passage la scène de la salle de bains, qu’il avait coupée au montage en 1982, jugeant insuffisants les effets spéciaux de l’époque.

E.T. l'extraterrestre

« E.T. l’extraterrestre » de Steven Spielberg (1982).

Il ne serait pas non plus une hérésie d’affirmer que plus le film est jugé « sérieux », plus l’apparence de l’extraterrestre est « complexe » (selon les moyens de l’époque certes, mais tout de même…). Comparez donc l’extraterrestre au costume loufoque incarné par Jacques Villeret dans « La soupe aux choux » (1981), et les heptapodes du film « Premier contact » avec Amy Adams (2016). Le premier long-métrage est une comédie française comique qui a connu un beau succès à l’époque (3 millions de spectateurs en salle), le second est un film américain réunissant habilement les genres science-fiction,  fantastique et paranormal. Ils sont aux antipodes l’un de l’autre, et même si plus de trente ans les séparent, il est pourtant question d’extraterrestres dans les deux productions ! Dans « Le gendarme et les extraterrestres » avec Louis de Funès (1979), on ne s’est pas fatigués à imaginer une apparence aux extraterrestres, puisqu’ils se font passer eux-mêmes pour les gendarmes en prenant une apparence physique identique à la leur !

Également, les moyens mis en œuvre pour tenter de rentrer en contact avec les extraterrestres varient d’un film à l’autre : un court thème musical de cinq notes dans « Rencontres du troisième type » ; Eliott imite les gestes d’E.T. afin de l’apprivoiser, avant que ce dernier puisse à son tour parler quelques mots de notre langage. Dans « Premier contact » en revanche, tout est relativement complexe : à la manière des poulpes expulsant leur encre, les heptapodes Abbott et Costello (noms de personnages d’un duo comique américain), projettent un liquide prenant l’aspect d’un cercle composé de motifs, des glyphes, que les Terriens doivent déchiffrer en prenant en compte le fait que la signification de chaque glyphe dépend des autres. Des moyens aussi imaginatifs qu’opposés, donc.

Premier contact

Les heptapodes Abott et Costello dans « Premier Contact » (2016).

Il réside dans certains métrages traitant des extraterrestres bon nombre de questionnements parfois restés sans réponses. Si tout semble clair et limpide dans « E.T. » par exemple, il y a de nombreux points que je n’ai pas pour la plupart pas saisis dans « Rencontres du troisième type » : quelle est la signification des signes échangés, à la fin, entre l’extraterrestre et le professeur Lacombe ? Si les extraterrestres viennent dans le but de faire venir des Terriens dans leur vaisseau afin de les étudier, quand ces derniers reviennent sur Terre, peuvent-ils révéler aux autres ce qu’ils ont vu ? Si ces questions (et bien d’autres) restent sans réponses, le mystère fait néanmoins tout le sel et le mythe d’un tel film, et renforce son côté étrange. À l’image de ce « genre » de longs-métrages : on ne sait pas si les extraterrestres existent, le mystère reste entier, et certains films comme celui-ci se doivent d’entretenir cette ambiance où planent bien souvent l’obscurité et l’incertitude.

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Un glyphe des heptapodes dans « Premier Contact » (2016).

Le thème des extraterrestres au cinéma n’a pas fini de nous intriguer et de nous surprendre. Il demeure un sujet très cinématographique pour énormément de personnes, ces formes de vie venant d’ailleurs pouvant être mises en scène dans bon nombre de situations. Tant que nous n’aurons pas de réponse quant à l’éventuelle existence d’êtres venus d’autres planètes (en aura-t-on seulement un jour ?), le cinéma continuera à nous offrir du spectacle stimulant notre imagination à ce propos, et entretiendra le mystère.

Quels sont vos films préférés, mettant en scène des extraterrestres ? Pour quelles raisons ? N’hésitez pas à réagir en commentaire !

Pour aller plus loin, concernant notamment « E.T l’extraterrestre »: Page Wikipédia du film

« Rencontres du troisième type »: Fiche Wikipédia du film

« Premier contact »: Page Wikipédia du film

Rencontres du 3è type

L’extraterrestre échangeant les signes avec le professeur Lacombe dans « Rencontres du troisième type » (1977).