Les films d’animation en stop-motion

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Si aujourd’hui, les films d’animation en images de synthèse sont légion, il existe encore des longs métrages « fabriqués » de manière artisanale, et pour certains d’entre vous, quand vous visionnez des films tels que « Wallace et Gromit », « Shaun le Mouton », « Ma vie de Courgette » ou plus récemment le très singulier « L’Ile aux Chiens » de Wes Anderson, vous ne savez peut-être pas forcément que ce sont des petites marionnettes animées image par image. Ce procédé prend du temps, en effet plusieurs mois voire plusieurs années sont parfois nécessaires afin de réaliser un métrage dans un tel procédé.

Marionnettes Wallace et Gromit

Le placement minutieux de la marionnette de Wallace, de « Wallace et Gromit ».

Si les studios Pixar ont inventé il y a plus de vingt ans le procédé des films d’animation en images de synthèse, les véritables « dessins animés », au sens littéral du terme, ont peu à peu disparu de nos salles obscures, même si certains « artisans réalisateurs » continuent de faire de la résistance. Pourtant véritable fan des films au studio à la lampe ou d’autres, il est vrai que, de nos jours, beaucoup de nostalgiques, sans doute, du bon vieux temps des aquarelles ou dessins animés, regrettent une certaine « uniformisation » des films d’animation d’aujourd’hui dans leur réalisation, leurs scénarios parfois convenus, les mêmes traits d’humour désormais attendus… Si le progrès technique nous a permis de nous régaler de  certains chefs d’œuvre tels que « Wall-E », ou encore « Ratatouille » pour Pixar, la truculente franchise « Shrek » pour Dreamworks ou les sagas « Rio » ou « Age de Glace » pour les studios Blu Sky, nous aimons parfois voir autre chose, connaitre une « autre saveur », sentir « l’artisanat cinématographique » dans toute sa splendeur.

Shaun le Mouton

La création de « Shaun le mouton, le film ».

Le stop-motion, qu’est-ce que c’est ? Le stop-motion ou « animation en volume » en français, est une technique d’animation permettant de créer un mouvement à partir d’objets immobiles. Chaque scène en particulier est filmée à l’aide d’une caméra capable de ne prendre qu’une seule image à la fois. Entre chaque image, les objets de la scène sont légèrement déplacés. Lorsque le film est projeté à une vitesse normale, la scène semble animée. La méthode la plus connue est celle de la pixilation (acteurs ou objets filmés image par image). On peut utiliser différents supports, comme la pâte à modeler (marque de fabrique des studios Aardman, avec, pour tête d’affiche, les célèbres « Wallace et Gromit »), des papiers ou des dessins découpés, des figurines créées minutieusement pièce par pièce, comme par exemple dans le magnifique « Ma vie de Courgette » réalisé par Claude Barras, sorti en 2016 (voir mon analyse du film ICI).

Combien de temps faut-il afin de réaliser un film avec la technique du stop-motion ? Pour comprendre à quel point le stop-motion est un procédé long et minutieux, prenons l’exemple du tournage de « Ma vie de Courgette », crée dans les studios du Pôle Pixel, à Lyon. Pour fabriquer 5 secondes de film, il faut une journée entière de travail ! Pour obtenir 1h06 de film, Claude Barras a tourné pendant huit mois, sur quinze plateaux différents, à raison de trois secondes par jour et par animateur. Concernant les marionnettes, 54 ont été crées et peintes dans trois déclinaisons de costume, ainsi qu’une soixantaine de décors ! Les voix de Courgette et ses amis ont été doublées par de vrais enfants choisis grâce à leur aisance naturelle et spontanée au micro, tandis que les adultes ont été doublés par des acteurs professionnels. En tout, six semaines ont été nécessaires afin d’effectuer le doublage de la totalité du film. Et concernant la suite du travail de mixage, nous laissons le soin à Claude Barras d’expliquer lui-même : « Huit mois supplémentaires ont été nécessaires pour sonoriser le film et assembler toutes les prises sur fond vert avec les premiers-plans, les arrière-plans, les ciels, les nuages ainsi que les autres fonds de décors créés par ordinateurs. Bien que la fabrication et le tournage furent un marathon de deux ans de travail acharné impliquant plus de cent cinquante «artisans», nous avons tenu et réussi, grâce une équipe très efficace, à mettre en place et maintenir un système de production à échelle humaine tout au long du tournage ». (Source : AlloCiné).

Claude Barras et ses personnages de Ma vie de Courgette

Claude Barras à l’œuvre avec ses marionnettes de « Ma vie de Courgette ».

Pourquoi les films réalisés en stop-motion plaisent-ils autant au public ? Certainement du fait de leur côté « traditionnel », artisanal, qui leur donne une certaine authenticité. Nous savons que ce ne sont pas de véritables personnages qui s’animent, tout comme les images de synthèse me direz-vous… Et bien oui, tout à fait, à la différence près que les personnages de ces films que l’on aime tant ont vraiment existé, en tant que marionnettes, figurines… Elles étaient là, physiquement, fabriquées avec amour par les centaines de personnes chargées de leur créer une identité, un look, de leur donner vie. Après le tournage de certains films et leur exploitation, on peut retrouver leurs petits personnages dans leurs décors, notamment dans le Musée Miniature et Cinéma du Vieux-Lyon. Ce fut le cas pour « Ma vie de Courgette » en 2017, et ce sera également au tour des personnages et décors de « L’Ile aux Chiens » de Wes Anderson d’être exposés en 2019 (voir mon analyse du film ICI). Si les personnages des films d’animation créés en stop-motion vivront toujours dans notre mémoire et nos cœurs, leur donner une deuxième vie et permettre aux amoureux de ces films de les voir, non pas en « chair et en os », mais « en pâte à modeler », de toucher des yeux ces petites marionnettes dont on a suivi les aventures cinématographiques, est un véritable privilège.

Wes Anderson et les marionnettes de l'Ile aux Chiens

Wes Anderson et tous ses personnages du film « L’Ile aux Chiens ».

Et vous, aimez-vous les films d’animation réalisés en stop-motion ? Quels sont vos favoris ? N’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire !

Vidéo du Making-of de « Ma vie de Courgette » :

Sitographie :

En savoir plus sur le stop-motion (ou animation en volume): http://scenari.crdp-limousin.fr/stopmotion/co/module_stopmotion_2.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Animation_en_volume

Site officiel des studios Aardman (en anglais) : https://www.aardman.com/

Les anecdotes et secrets de fabrication du film « Ma vie de Courgette » de Claude Barras : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-236415/secrets-tournage/

https://www.telerama.fr/cinema/dans-les-cuisines-de-ma-vie-de-courgette,149032.php

Secrets de fabrication du film « Fantastic Mr. Fox » de Wes Anderson : https://image-par-image.com/cinema/fantastic-mr-fox/

https://image-par-image.com/making-of/les-marionnettes-de-fantastic-mr-fox/ (avec une vidéo)

Secrets de fabrication du film « L’Ile aux Chiens » sorti en avril dernier, avec toujours le talentueux Wes Anderson à la réalisation : http://mashable.france24.com/divertissement/20180410-ile-aux-chiens-wes-anderson-stop-motion-prouesse-technique

Mon article sur ma visite du musée Miniature et Cinéma de Lyon : https://reves-animes.com/2018/05/07/ma-visite-au-musee-miniature-et-cinema-a-lyon

Wes Anderson et la marionnette de Mr.Fox

Wes Anderson tenant la patte de la marionnette de « Fantastic Mr. Fox ».

Les extraterrestres au cinéma

Rencontres du 3ème type

« Rencontres du troisième type » (Steven Spielberg, 1977).

Sujet fascinant s’il en est, les extraterrestres au cinéma ont, de tout temps, intrigué autant les scénaristes, réalisateurs ou spectateurs que nous sommes. De la comédie française avec Louis de Funès au plus sérieux des films de science-fiction, tous les genres s’y sont essayés. Steven Spielberg en a notamment fait l’objet de deux de ses films : « Rencontres du troisième type » en 1977 et « E.T. l’extraterrestre », en 1982. Je n’aurai pas la prétention ici de faire une liste exhaustive de tous les longs-métrages existant sur le sujet, étant encore bien loin de tous les connaitre. Néanmoins, je partage avec vous quelques pistes de réflexion sur ce qui rassemble ou éloigne les longs-métrages pris en exemple dans cet article.

Il n’est tout d’abord pas péjoratif de dire que plus le film est récent, plus les moyens techniques et les effets spéciaux sont pointus afin d’offrir au spectateur un univers le plus « crédible » possible, et réussi au niveau visuel. Si on regarde « E.T. l’extraterrestre » (sorti en 1982), aujourd’hui, E.T. est certes mignon et touchant, le charme opère toujours autant auprès des âmes d’enfants que nous avons su garder. Cependant, soyons objectifs : si Steven Spielberg sortait E.T. aujourd’hui, il ne serait sans doute pas le même, ou crée avec des moyens différents, plus modernes. D’ailleurs, lors de la sortie de la version remastérisée des 20 ans du long-métrage, en 2002, le talentueux réalisateur admettait qu’il a saisi l’occasion de retravailler certaines scènes avec les moyens qui nous sont offerts aujourd’hui. Rajoutant au passage la scène de la salle de bains, qu’il avait coupée au montage en 1982, jugeant insuffisants les effets spéciaux de l’époque.

E.T. l'extraterrestre

« E.T. l’extraterrestre » de Steven Spielberg (1982).

Il ne serait pas non plus une hérésie d’affirmer que plus le film est jugé « sérieux », plus l’apparence de l’extraterrestre est « complexe » (selon les moyens de l’époque certes, mais tout de même…). Comparez donc l’extraterrestre au costume loufoque incarné par Jacques Villeret dans « La soupe aux choux » (1981), et les heptapodes du film « Premier contact » avec Amy Adams (2016). Le premier long-métrage est une comédie française comique qui a connu un beau succès à l’époque (3 millions de spectateurs en salle), le second est un film américain réunissant habilement les genres science-fiction,  fantastique et paranormal. Ils sont aux antipodes l’un de l’autre, et même si plus de trente ans les séparent, il est pourtant question d’extraterrestres dans les deux productions ! Dans « Le gendarme et les extraterrestres » avec Louis de Funès (1979), on ne s’est pas fatigués à imaginer une apparence aux extraterrestres, puisqu’ils se font passer eux-mêmes pour les gendarmes en prenant une apparence physique identique à la leur !

Également, les moyens mis en œuvre pour tenter de rentrer en contact avec les extraterrestres varient d’un film à l’autre : un court thème musical de cinq notes dans « Rencontres du troisième type » ; Eliott imite les gestes d’E.T. afin de l’apprivoiser, avant que ce dernier puisse à son tour parler quelques mots de notre langage. Dans « Premier contact » en revanche, tout est relativement complexe : à la manière des poulpes expulsant leur encre, les heptapodes Abbott et Costello (noms de personnages d’un duo comique américain), projettent un liquide prenant l’aspect d’un cercle composé de motifs, des glyphes, que les Terriens doivent déchiffrer en prenant en compte le fait que la signification de chaque glyphe dépend des autres. Des moyens aussi imaginatifs qu’opposés, donc.

Premier contact

Les heptapodes Abott et Costello dans « Premier Contact » (2016).

Il réside dans certains métrages traitant des extraterrestres bon nombre de questionnements parfois restés sans réponses. Si tout semble clair et limpide dans « E.T. » par exemple, il y a de nombreux points que je n’ai pas pour la plupart pas saisis dans « Rencontres du troisième type » : quelle est la signification des signes échangés, à la fin, entre l’extraterrestre et le professeur Lacombe ? Si les extraterrestres viennent dans le but de faire venir des Terriens dans leur vaisseau afin de les étudier, quand ces derniers reviennent sur Terre, peuvent-ils révéler aux autres ce qu’ils ont vu ? Si ces questions (et bien d’autres) restent sans réponses, le mystère fait néanmoins tout le sel et le mythe d’un tel film, et renforce son côté étrange. À l’image de ce « genre » de longs-métrages : on ne sait pas si les extraterrestres existent, le mystère reste entier, et certains films comme celui-ci se doivent d’entretenir cette ambiance où planent bien souvent l’obscurité et l’incertitude.

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Un glyphe des heptapodes dans « Premier Contact » (2016).

Le thème des extraterrestres au cinéma n’a pas fini de nous intriguer et de nous surprendre. Il demeure un sujet très cinématographique pour énormément de personnes, ces formes de vie venant d’ailleurs pouvant être mises en scène dans bon nombre de situations. Tant que nous n’aurons pas de réponse quant à l’éventuelle existence d’êtres venus d’autres planètes (en aura-t-on seulement un jour ?), le cinéma continuera à nous offrir du spectacle stimulant notre imagination à ce propos, et entretiendra le mystère.

Quels sont vos films préférés, mettant en scène des extraterrestres ? Pour quelles raisons ? N’hésitez pas à réagir en commentaire !

Pour aller plus loin, concernant notamment « E.T l’extraterrestre »: Page Wikipédia du film

« Rencontres du troisième type »: Fiche Wikipédia du film

« Premier contact »: Page Wikipédia du film

Rencontres du 3è type

L’extraterrestre échangeant les signes avec le professeur Lacombe dans « Rencontres du troisième type » (1977).

Dans le cinéma ou la littérature : l’anthropomorphisme, ou l’art d’humaniser l’animal

Voici mon premier article en tant que contributrice régulière sur le webzine culturel Prop(r)ose Magazine. Bonne lecture !

De nos jours, la condition animale est en train de changer. L’animal a désormais son propre Code civil, les peines envers les maltraitants sont de plus en plus sévères, et de plus en plus de gens deviennent végétariens ou végans. Mais si l’être humain prend de plus en plus conscience de la sensibilité de l’animal, de tout temps, nous l’avons « utilisé » dans la littérature ou au cinéma pour faire passer plus subtilement certains messages sans être vus comme moralisateurs.

Pourquoi des animaux pour faire passer certains messages ?

Ces dernières années, bon nombre d’œuvres, littéraires ou  cinématographiques, ont mis en scène des animaux, humanisés (on parle alors d’anthropomorphisme) ou non. Pour faire passer certains messages les concernant, ou nous caricaturer. En effet, cela ne passe-t-il pas mieux de nous brocarder, de se moquer de nos travers en utilisant les animaux, si jolis, si innocents, si aimés de tous, pour le faire ?

Récemment, on peut parler de quelques exemples bien parlants. Au cinéma tout d’abord, ce sont surtout les films d’animation qui utilisent ce « moyen d’expression ».  Zootopie  met en scène une véritable société d’animaux qui vivent, travaillent comme n’importe quel être humain, dans la ville de Zootopie. On y retrouve toutes les défaillances propres à notre société : le racisme, la non-acceptation de la différence, le machisme (la lapine Judy y fait face à son entrée dans la police), la lenteur légendaire des fonctionnaires (une des scènes les plus jubilatoires du cinéma d’animation, s’il en est, est celle où Judy et Nick font face au paresseux pour traiter un dossier… et qu’on retrouve ce dernier plus tard, dans la scène finale… arrêté par la police, lui qui roulait à une vitesse folle, au volant de son bolide !).

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Le paresseux dans Zootopie (Studios Disney, 2016)

L’île aux chiens, de Wes Anderson, sorti le 11 avril dernier, est également un exemple plus que parlant d’un film où les chiens sont victimes de la folie des hommes, les expropriant sur une île poubelle. Les chiens parlent, ont leur propre langage, mais ne comprennent pas les êtres humains. Et pour la première fois, on y verra un chien « abandonner » son maître ! Les chiens prennent le pouvoir, les rôles s’inversent.

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L’île aux chiens, de Wes Anderson, sorti le 11 avril dernier.

Au cinéma, notamment dans l’animation, l’anthropomorphisme a toujours existé. Les dessins animés de Disney sont des pionniers en la matière !

Mais dans la littérature également, avec Jean de la Fontaine (entre autres), qui, par le biais de ses célèbres fables, réécrites à partir de celles d’Esope a utilisé les caractères attribués aux animaux (la fourmi met de côté mais n’est pas prêteuse, la cigale ne pense qu’à chanter tout l’été…) pour transposer malicieusement ces traits de caractère aux humains, sans passer pour un donneur de leçons. On peut retrouver cette inspiration dans des films d’animation comme 1001 pattes (Disney Pixar, 1998), ou plus récemment dans Drôles de petites bêtes (2017), où les insectes sont souvent dépeints de manière péjorative, dans une petite « société » où règne la loi du plus fort.

Jefferson

Sorti en mars dernier, le roman de Jean-Claude Mourlevat, Jefferson, est un petit bijou. Narrant les aventures de ce petit hérisson si mignon, dans une ville où, tout comme dans le film Zootopie, les animaux vivent, travaillent, tombent amoureux, s’entraident… mais ne mettent que très rarement les pattes dans la ville voisine, habitée par les humains. Quand Jefferson est accusé du meurtre de son coiffeur, il va découvrir pourquoi ce dernier était pris à partie par les humains. L’auteur donne son parti pris du végétarisme, raconte avec certains détails (faisant parfois froid dans le dos) ce qu’il se passe dans les abattoirs… sans toutefois jamais verser dans la férocité, le roman étant en priorité destiné à la jeunesse (à partir de 9 ans). À travers ses pages, Jefferson transmet, aux plus jeunes et aux moins jeunes, de belles valeurs comme, entre autres, l’entraide, l’amitié et la persévérance.

Certaines œuvres ont tant le pouvoir de nous émouvoir, de nous faire réfléchir, évoluer, qu’elles nous poussent parfois à chambouler notre façon de voir les choses, de bousculer nos habitudes. Suite à la lecture de Jefferson par exemple, je suis devenue végétarienne, bouleversée par certains passages de ce roman, même si j’y songeais sérieusement depuis un bon moment.

Ne sous-estimons jamais le fait que les œuvres peuvent influencer nos vies et malmener nos préjugés. Le pouvoir des mots, des images, peut avoir sur nous un effet magique… C’est bien là tout leur mystère. Surtout si les animaux, si proches de nous, sont porteurs de messages pouvant faire changer le monde… ou tout d’abord, quelques certaines mentalités. Et,  par les temps qui courent, ce n’est déjà pas si mal !