[Critique et analyse] « Une sirène à Paris » de Mathias Malzieu

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Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit de critique de livre sur Rêves Animés. Car ces derniers temps, j’ai surtout lu des livres consacrés à ma première passion, le cinéma, mais aussi sur le théâtre. Mais un titre sorti récemment m’a intrigué : « Une sirène à Paris », de Mathias Malzieu, leader du groupe Dionysos, mais également écrivain, ayant déjà publié des romans, tous de grands succès de librairie.

« Une sirène à Paris » de Mathias Malzieu. Paru le 6 février 2019. Albin Michel.

Résumé : Juin 2016, la Seine est en crue et Gaspard Neige trouve sur les quais une sirène blessée qu’il ramène chez lui. Elle lui explique que tous les hommes qui entendent sa voix tombent amoureux d’elle et en meurent, mais, convaincu que son cœur est immunisé depuis sa rupture, Gaspard décide de la garder jusqu’au lendemain dans sa baignoire.

Ma vision du livre :

Si je n’avais encore jamais lu de roman de Mathias Malzieu, j’avais déjà entendu parler de lui bien sûr musicalement, avec son groupe Dionysos, mais également de certains romans qu’il a publié, notamment « La mécanique du cœur », adapté en film d’animation en 2014, « Jack et la mécanique du cœur » (que je n’ai pas encore visionné).

Mathias Malzieu

Mathias Malzieu. Source: Wikipédia.

Pour ma première lecture d’un roman de ce conteur poétique, je dois dire que je suis rentrée directement dans l’histoire. Tous les personnages sont attachants, notamment bien entendu Gaspard et Lula, la sirène, les deux protagonistes principaux. « Une sirène à Paris » se révèle être, au fur et à mesure de sa lecture, un conte qui nous emmène ailleurs (et même si cela se déroule à Paris), que l’on lit pour s’évader du quotidien, à l’univers poétique, onirique et charmant. Un petit air de « La Petite Sirène » de Disney, vous croyez ? Pourquoi pas, vu qu’il est fait allusion au célèbre dessin animé dans le roman…

Seulement, bien loin de plagier un classique du studio mythique, Mathias Malzieu a su composer son propre univers, avec des personnages parfois ordinaires, parfois hauts en couleur, ayant tous leurs problématiques respectives. Gaspard vit une vie ennuyeuse et sans éclat après une rupture, tentant de « garder à flot » la péniche familiale après le décès de sa grand-mère. Lula, la sirène qu’il va sauver après les inondations de 2016, vit quant à elle à l’opposé dans un monde sous-marin merveilleux, qui a elle tout à apprendre des humains, de leurs habitudes et de leurs manières de vivre après s’être méfiée d’eux, à juste titre, comme vous pourrez le comprendre en lisant le livre.

Affiche (provisoire) du prochain film Une sirène à Paris

Affiche provisoire du film, à sortir prochainement. Source: AlloCiné.

La voisine de Gaspard, Rossy, s’immisce dans la vie de son voisin, est très intrusive, et en quelque sorte, n’ayant plus vraiment de vie à elle, elle vit par procuration en épiant ses voisins et donc plus particulièrement son voisin de palier.

[Attention spoilers] Elle se permet même de rentrer dans l’appartement de Gaspard en son absence, mais en la présence de Lula, réfugiée désormais dans la baignoire de Gaspard, provoquant malgré elle un drame, l’incendie de l’appartement de son voisin. [Fin des  spoilers].

Mais au final, voulant au fond le bien de Gaspard et s’inquiétant pour lui, elle lui a peut-être au fond rendu service, le faisant s’échapper d’une vie dans laquelle il étouffait, et qui ne lui convenait plus.

Milena, un autre personnage, médecin à l’hôpital, ayant perdu son compagnon (également médecin) à cause du chant meurtrier de Lula, aura à cœur de se venger de la sirène, [Attention spoilers] et le retournement de situation qui se produira à la fin sera incroyable pour Milena, qui plus est enceinte de son compagnon mort. [Fin des spoilers].

Les nombreuses péripéties se déroulant à la fin sont inattendues et vont rebattre toutes les cartes pour tous les personnages qui verront, pour la plupart, leur destin chamboulé.

Clémence Poésy, Virginie Ledoyen et Rossy de Palma devraient figurer au casting du film à sortir en salles prochainement, adapté du roman. Source des photos: Wikipédia.

D’après AlloCiné, dont j’ai vu sur le site par hasard les premières informations, un film adapté du roman serait en projet, cette fois-ci en prise de vue réelle, apparemment réalisé et scénarisé par Mathias Malzieu lui-même. Si pour le moment aucune date n’est annoncée, le roman venant de sortir et devant trouver ses lecteurs, on peut déjà savoir que les acteurs Reda Kateb (Gaspard) Clémence Poésy (Lula), Virginie Ledoyen (sans doute dans le rôle de Milena, même si cela n’est pas précisé), Éric Cantona et Rossy de Palma (sans aucun doute dans le rôle de la voisine Rossy haute en couleurs, et qui d’autre aurait pu l’incarner, car je pensais forcément à elle en lisant le roman, vu le prénom et le personnage) figureraient au casting. J’ai hâte de découvrir le film à sa sortie en salles et de voir ce que cela va donner ! Quelques infos sur le futur long-métrage ICI.

Mathias Malzieu nous emmène avec « Une sirène à Paris » dans un monde de rêve et à l’imagination soutenue, dont l’adaptation au cinéma sera, on l’espère, à l’image du roman.

[Critique et analyse] « Ma fugue chez moi », de Coline Pierré

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Le sujet de « Ma fugue chez moi » peut parler à tout le monde. Se sentir si mal dans sa vie, dans sa peau, dans sa relation aux autres (notamment à sa famille), qu’un jour, on plaque tout et on ne souhaite qu’une chose : partir, s’échapper de sa propre vie… C’est ce qu’a fait un jour Anouk, 14 ans. Mais, ayant peur de fuguer dehors, elle va trouver une « cachette » hors du commun, où personne ne penserait de prime abord à la trouver : le grenier de sa propre maison…

Résumé : Quelques jours avant Halloween, suite à une séance d’humiliation au collège, et à l’annonce que sa mère, une fois de plus, ne sera pas là pour les fêtes, Anouk décide de fuguer. Mais après une demi-journée dehors, elle rentre… et va se cacher dans le grenier. Clandestine chez elle pendant deux semaines, elle va finir par renouer avec les siens, le temps que chacun dise son inquiétude et son amour.

Ma vision du livre :

De prime abord, on pourrait juger que le sujet de roman se révèle assez « simpliste ». Seulement, que l’on ait 14, 25, 40 ou 60 ans, on peut tous, à un moment ou à un autre de notre vie, avoir ce besoin de quitter notre vie, car elle ne nous convient plus, parce que l’on y s’y sent oppressé, engoncé.

C’est le cas d’Anouk, 14 ans. Malmenée par ses camarades au collège, vivant avec son père et sa petite sœur de 12 ans, la maman vit loin, très loin, et revient de moins en moins souvent et de moins en moins longtemps de ses missions dans de lointaines contrées polaires. Elle est démissionnaire, et pour une fois, les rôles sont inversés, et ce n’est pas le père qui est absent, mais bien la mère qui manque à ses devoirs envers ses filles, ayant fait des enfants pour, en quelque sorte, faire « comme tout le monde » et faire plaisir à son mari. Anouk, lassée de cette vie, d’être incomprise par l’un (son père), d’être invisible pour l’autre (sa mère), et harcelée par ses camarades, veut partir, tout quitter. Fuguer. Mais où s’échapper, sans que cela ne soit dangereux pour elle ? Elle a alors une idée. Elle va trouver refuge dans le grenier « oublié » de sa propre maison. Elle va devoir la jouer finement, pour que personne ne s’aperçoive qu’elle est là-haut. Vivant sa petite vie, tranquillement. Elle va en plus pouvoir être aux premières loges pour voir, écouter, ce que les autres vont penser de sa fugue, et s’apercevoir que sa famille et ses proches s’inquiètent de sa disparition, bien au-delà de ce qu’elle aurait imaginé. Tous les avantages d’une fugue, sans les inconvénients ! « Les gens malheureux devraient s’autoriser à fuguer de leur vie. Les médecins, les psychologues, les conseillers d’orientation devraient prescrire des fugues. », dit-elle.

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Anouk, malgré son jeune âge, est déjà une jeune fille déterminée, ne voulant pas accepter la vie qu’elle mène et dans laquelle elle ne se sent pas bien : « Parfois, on veut faire plaisir à ses parents, ou bien faire comme tout le monde. Et on se laisse enfermer dans une vie qui ne nous ressemble pas ».

Le roman traite avec justesse, entre autres, du manque de communication entre les membres d’une même famille. Souvent, on cherche bien trop loin des problèmes qui résident seulement dans le fait que l’on ne se parle pas assez. « J’ai compris quelque chose sur notre famille : d’une manière ou d’une autre, nous sommes tous des fugueurs.
Ma mère s’est enfuie en Norvège, mon père s’échappe dans son travail et ses boîtes, et ma sœur fuit dans ses cours de danse. L’humanité tout entière passe son temps à s’enfuir. Je crois que c’est le cours normal des choses ».
Si seulement, ils avaient pris le temps de se parler les uns les autres, ils auraient pu chacun éviter de se réfugier chacun dans des « échappatoires ».

Même chose du côté de ses camarades de classe, où Anouk énonce avec discernement, quelque chose de très juste qui peut s’appliquer également aux adultes : « Quelle hypocrisie : sur les réseaux sociaux, nous sommes tous connectés alors qu’on s’adresse à peine la parole dans les couloirs du collège».

Un jour, la sœur d’Anouk va découvrir que sa sœur se trouve dans le grenier. Prise entre deux feux (celui de mentir à ses parents et également celui de ne pas trahir le secret de sa sœur), elle va faire preuve, du haut de ses douze jeunes années, d’une grande maturité.

Le roman traite également, même si cela est fait rapidement, du harcèlement scolaire. Un sujet très grave, qui peut faire basculer la vie de celles et ceux qui en sont victimes. Si l’on connaît à la fin du livre le dénouement concernant Anouk et les membres de sa famille, on n’en saura pas davantage, en revanche, sur le retour d’Anouk au collège, si tout s’arrange pour elle ou non… C’est un peu là le regret : une fin un peu trop expéditive, et où malheureusement, seul l’aspect familial est traité.

Pour finir, je partagerai avec vous cette parole d’Anouk que j’ai beaucoup aimée : « Peu importe où l’on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c’est ce qui se passe dans notre tête. Tout peut devenir une aventure, même l’immobilité et la solitude ».

Auteur Coline Pierré

L’auteur du livre, Coline Pierré.

« Ma fugue chez moi». Dès 12 ans. Auteur : Coline Pierré. Paru le 9 mars 2016. Les Éditions du Rouergue.

 

Robot Sauvage : un robot, perdu sur une île…

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Quand un titre de la littérature jeunesse prône des valeurs telles que l’amitié, le courage, la persévérance et l’entraide, met à l’honneur la nature et les animaux, et met en scène un robot (ou ici, une « robote », Roz), faisant poser la question de l’avenir et des enjeux de la robotique et de  l’intelligence artificielle, il avait de très grandes chances de me plaire. Et ce fut le cas. Une belle découverte et un coup de cœur « gros comme ça ».

Résumé : Un cargo fait naufrage. Rozzoum unité 7134, alias Roz, échoue sur une île déserte. Pourra-t-elle survivre dans la vie sauvage ? Une splendide et captivante aventure, pleine de dangers et d’émotion. Un hymne à la nature et à l’amitié.

Ma vision du livre :

Lorsque j’ai entamé la lecture du roman « Robot Sauvage », l’année dernière, alors qu’il commençait déjà à être un best-seller aux États-Unis et bardé de prix littéraires outre-Atlantique, j’étais de prime abord forcément charmée par le résumé : un robot échoue sur une ile déserte, alors que le cargo dans lequel toute la cargaison de robots humanoïdes dont elle faisait partie fait naufrage.

[Attention spoilers] Armée seulement de son intelligence artificielle, de sa volonté d’adaptation et de sa « diplomatie », indispensables pour espérer « survivre » dans la nature sauvage, elle va, tout d’abord, se faire « jauger » par les animaux, se faire accepter petit à petit, jusqu’à devenir leur amie et indispensable au sein de leur petite communauté. Un jour, un oison devient orphelin. Roz, faisant preuve d’empathie malgré sa qualité de robot, va adopter le jeune oiseau qui risque de mourir s’il n’est pas pris « sous son aile de ferraille ». Elle va tenter d’apprendre les rudiments et les lois de la vie sauvage, aidée par ses nouveaux alliés et amis : construire une cabane, faire du feu… Jusqu’au jour où la nature deviendra sa maison, qu’elle sera inséparable de Joli-Bec, le jeune oison désormais devenu son fils, et indissociable de son nouvel environnement. [Fin des spoilers].

J’ai connu cette pépite de la littérature jeunesse grâce au magazine « Planète Robots » dont je suis une lectrice assidue, étant entre autres passionnée de robotique. Mais je l’aurais très certainement connu de quelque autre façon que ce soit un jour ou l’autre, lors des mes recherches de nouvelles merveilles littéraires à dévorer.

Alors, il y a tant à dire sur ce beau roman qui ne peut prôner que de belles valeurs auprès des plus jeunes, et émerveiller les adultes ayant gardé leur part d’enfant. Roz est certes un robot, mais elle va peu à peu faire preuve d’empathie, voire commencer à ressentir quelques sentiments : d’amitié envers les animaux avec lesquels elle va nouer des liens, d’amour presque « maternel » envers son fils Joli-Bec… Ce qu’on pense a priori impossible venant de robots fabriqués et programmés par l’homme. Mais pourtant bien là une question qui nous travaille, puisqu’elle a fait et continue de faire l’objet de bon nombre de films (« Wall-E », « A.I. Intelligence Artificielle », « Le Géant de Fer »…), de livres : un robot peut-il, ou pourra-t-il un jour faire preuve d’empathie, avoir des sentiments ? Vaste sujet sur lequel les auteurs/scénaristes restent intarissables. Peter Brown, lui aussi passionnée de robot et de nature, a combiné ses deux passions dans une histoire touchante, sensible et poétique.

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L’amitié et l’entraide sont également deux notions très importantes dans « Robot Sauvage ». Roz va devoir faire preuve d’observation tout d’abord, pour découvrir le mode de vie des animaux dans la nature, leur « mode de fonctionnement ». Faire preuve de finesse, de tact et de discernement afin de se faire accepter, elle, cette « chose » si étrange, considérée comme un monstre, dont tout le monde se méfie. Puis, grâce à l’aide de chaque animal, chacun à sa manière, elle va se plier à la rudesse de cette vie dans la nature, jusqu’à s’en sentir presque familière, grâce à sa capacité d’adaptation, sa soif d’apprendre et de découvrir (normal, c’est un robot !), et sa « gentillesse » envers les autres occupants de l’île.

Le plus touchant reste sans nul doute la relation que Roz noue avec Joli-Bec. La fin du roman (qui n’est pas vraiment la fin en somme, puisqu’il y a désormais une suite, « The Wild Robot Escapes » (pas encore sorti en France)) ¹, fera verser quelques larmes aux plus sensibles. Les très belles illustrations de Peter Brown lui-même, nous font passer de chapitres écrits, sous une quasi-forme de contes, à une histoire que l’on peut « imager et imaginer ».

« Robot Sauvage » plaira sans nul doute aux jeunes comme aux moins jeunes, puisqu’il n’y a pas d’âge pour apprécier les belles histoires. Si vous avez aimé des films comme « Wall-E » ou « Seul au Monde » notamment, que vous aimez les robots, la nature et les animaux, alors, vous passerez un très beau moment de lecture. Pour ma part, « Robot Sauvage » m’a conquis bien au-delà de mes attentes.

Peter Brown

L’auteur et illustrateur, Peter Brown.

« Robot Sauvage », roman junior (dès 9 ans). Auteur et illustrateur : Peter Brown. Traduction en français : Alice Marchand. Paru le 15 juin 2017 chez Gallimard Jeunesse.

 ¹ La suite des aventures de Roz: « The Wild Robot Escapes », sorti en anglais le 13 mars 2018. Peter Brown en est toujours l’auteur et l’illustrateur de talent. D’après Gallimard Jeunesse, aucune date de sortie en France n’est encore programmée, mais on peut espérer celle-ci pour la fin de l’année.