[Critique et analyse du film] Wonder (2017) : « On ne se fond pas dans la masse quand on est né pour briller »

AdaptatiAffiche Wonder.jpgon sur grand écran du bestseller éponyme de R.J. Palacio sorti en 2012, « Wonder » est un film qui porte « merveilleusement » bien son nom. Une pépite pleine d’émotion, d’amour, de bienveillance, d’humour et d’humanité. Censé être un drame, le long-métrage n’est jamais plombant, malgré les difficultés que peut rencontrer le jeune Auggie. Un film toujours optimiste, positif et qui se veut redonner confiance en l’être humain, malgré les critiques le disant « trop plein de bons sentiments ». Mais le public a toujours raison, puisqu’il a plébiscité le film et ses interprètes : avoir la souriante et pétillante Julia Roberts et le « cool » Owen Wilson, côté ondes positives, ça aide !

Genre : Comédie dramatique (mais ce film n’est pas réellement triste, il n’en sort que du positif, je vous l’assure !).

Sorti en 2017. Durée : 1h50.

Réalisation par Stephen Chbosky.

Scénario par : Stephen Chbosky, Steven Conrad et Jack Thorne, d’après le bestseller Wonder de R.J. Palacio (2012).

Musique : Marcelo Zarvos.

Société de production : Lionsgate, Mandeville Films, Participant Media, Walden Media et TIF Films.

Distribution : Metropolitan FilmExport.

Wonder Auggie avec son casque de cosmonaute

Avec Jacob Tremblay (August Pullman), Julia Roberts (Isabel Pullman), Owen Wilson (Nate Pullman), Izabela Vidovic (Via Pullman, la sœur d’August), Danielle Rose Russell (Miranda), Nadji Jeter (Justin, le petit ami de Via), Mandy Patinkin (Mr. Tushman), Daveed Diggs (Mr Browne, le professeur d’anglais), Noah Jupe (Jack Will, l’ami d’August), Millie Davis (Summer), Elle McKinnon (Charlotte), Bryce Gheisar (Julian).

Synopsis : August Pullman (surnommé Auggie) est un petit garçon né avec une malformation du visage qui l’a empêché jusqu’à présent d’aller normalement à l’école. Aujourd’hui, il rentre en CM2 à l’école de son quartier. C’est le début d’une aventure humaine hors du commun. Chacun, dans sa famille, parmi ses nouveaux camarades de classe, et dans la ville tout entière, va être confronté à ses propres limites, à sa générosité de cœur ou à son étroitesse d’esprit. L’aventure extraordinaire d’Auggie finira par unir les gens autour de lui.

Ma vision du film :

Résolument optimiste, « Wonder » fait partie de ces rares films qui font du bien, une fois le générique de fin terminé. Sorti en 2017, je ne viens de découvrir cette pépite que très récemment. Je reste sous son « emprise » positive plusieurs jours après avoir visionné le film et j’espère le rester encore longtemps.

Wonder Parents d'Auggie

Suivant à la fois le quotidien d’Auggie dans sa nouvelle école, n’éludant aucune difficulté vécue par le jeune garçon (les scènes où Auggie est en pleurs et se confie à sa mère, son père et sa sœur sont désarmantes et tireraient une larme au plus dur), ni le « sacrifice » qu’a dû faire Isabel, ayant abandonné sa thèse (qu’elle reprendra dans le film) et sa carrière d’illustratrice, le sentiment de solitude et « d’abnégation forcée » ressenti par Via, la sœur d’Auggie, qui pourtant, n’a jamais éprouvé le moindre sentiment de rancune envers son jeune frère (et d’ailleurs, comme elle l’a si bien dit à son petit ami Justin, « ça aurait pu être moi, j’ai eu plus de chance que lui »), consciente de ce que peut éprouver Auggie. Toujours bienveillante envers ce dernier, Via est une grande sœur exemplaire.

La particularité du film réside dans le fait que le réalisateur ne nous place pas seulement du point de vue d’Auggie, mais de tout son entourage (ce qui était déjà le cas dans le roman de R.J. Palacio, également productrice exécutive du film, qui a supervisé le tournage et a veillé à ce que l’esprit de son livre soit respecté).

Wonder Via soeur d'Auggie

Via, la sœur d’Auggie.

Nous pouvons donc, en moins de deux heures, nous mettre « dans la peau » de plusieurs membres de l’entourage d’Auggie, et ainsi comprendre ce qui les amène à leurs actions, et être en empathie envers eux (plus ou moins pour certains, je vous l’accorde). L’idée est également de faire comprendre que chaque membre de l’entourage d’Auggie a sa singularité et son importance, autant individuellement qu’envers le jeune garçon (même la chienne de la famille, Daisy, présente sur l’affiche du film plus haut, aura sa propre scène dédiée dans le film, car un animal de compagnie est un membre de la famille à part entière !).

Il aurait également été intéressant de se mettre dans la peau d’un des harceleurs d’Auggie, Julian par exemple, pour comprendre ce qui pousse ces enfants à devenir aussi malveillants envers leurs camarades [Attention spoiler] (même si à un certain moment du film, on comprend que la jalousie est un moteur plus ou moins aidant, car Auggie devient apprécié de ses camarades grâce à sa gentillesse et son humour, mais également parce qu’avec Jack, ils gagnent le concours de science). [Fin du spoiler].

Wonder Auggie pleure

Si certaines critiques blâment le film en prétendant que tout l’entourage d’Auggie est bien trop parfait (la gentillesse est une denrée dont la portée universelle semble s’être éteinte en même temps que l’ère des réseaux sociaux, et du tout et tout le monde toujours connecté), il est vrai que la bienveillance et l’attention du professeur d’anglais M. Browne et du principal M. Tushman), de la famille d’Auggie et de certains de ses camarades, font chaud au cœur dans un monde aussi trouble. Certains n’ont pas eu la chance d’avoir autant de prévenance, d’un entourage attentif et aimant, prônant la confiance en soi, et le vivre un peu « par procuration » auprès d’Auggie dans ce long-métrage peut procurer à beaucoup un réel sentiment de quiétude et d’apaisement.

Julia Roberts maman d'Auggie Wonder

Chaque acteur joue juste, qu’il s’agisse de Julia Roberts, qui, après des années de carrière, n’a plus rien à prouver (même si on peut toujours surprendre et que rien n’est jamais acquis pour personne), et qu’on l’apprécie ou pas, il faut reconnaitre que son sourire et sa bienveillance envers son fiston de fiction sont toujours plaisants à voir. Quant à Owen Wilson, s’il ne fait pas forcément partie des acteurs que j’affectionne particulièrement, il fut un choix judicieux pour interpréter la papa d’Auggie, à la fois complice, papa-copain et prêt à faire rire Auggie pour dédramatiser certaines situations difficiles, et bon conseiller auprès de lui. Les jeunes comédiens interprétant Via, Miranda et Justin sont également promis à un bel avenir. J’ai pour ma part beaucoup apprécié le jeune acteur interprétant Jack, l’ami d’Auggie (Noah Jupe). Il porte déjà, malgré son jeune âge, la bonhomie et la douceur sur son visage. Quant à Jacob Tremblay, que je ne connaissais absolument pas, on se demande qui d’autre aurait pu incarner Auggie. Le maquillage est impressionnant, à tel point que je me suis demandé si le jeune acteur avait vraiment une malformation faciale !

Wonder Auggie et sa maman

Un très beau film que l’on prend plaisir à suivre, et on s’attache très vite à Auggie et à son entourage. On ressent réellement que chacun y a mis tout son cœur. Victimes de harcèlement scolaire, ayant vécu une enfance et/ou une adolescence difficile, des épreuves à tout moment de la vie, nous pouvons tous avoir été meurtris, mais rien n’est irréversible.

 Si vous me lisez et que vous connaissez une personne de votre entourage victime de harcèlement scolaire, ou que vous en êtes vous-même victime, ne restez pas seuls ou insistez auprès de votre proche pour en parler : https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/

Voici aussi un blog où Serena vous aidera de par ses articles consacrés aux victimes de harcèlement scolaire : https://serenamente.fr/comment-lutter-harcelement-scolaire/

Wonder all the Pullman family

[Critique et analyse] Les émotifs anonymes (2010)

Affiche les Emotifs anonymes.jpg

« Les émotifs anonymes » est une comédie à contre-courant de notre époque, que j’ai connu lors d’une diffusion sur France 4 (décidément, que de découvertes cinématographiques sur cette chaine qui va, hélas, prochainement disparaitre !). Les émotifs anonymes sont des véritables groupes de parole semblables aux alcooliques anonymes, par exemple, où les émotifs, timides, hypersensibles peuvent se confier en toute confiance. Une trouvaille qui a inspiré le scénario au (sympathique) réalisateur, Jean-Pierre Améris.

 

Genre : comédie. Sorti en 2010.

Durée : 1h20.

Réalisation par Jean-Pierre Améris.

Scénario par Jean-Pierre Améris et Philippe Blasband.

Musique : Pierre Adenot.

Sociétés de production : Pan-Européenne, StudioCanal, France 3 Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma, Climax Films, RTBF (Télévision belge).

Société de distributions : StudioCanal.

Isabelle Carré les émotifs anonymes

Avec Isabelle Carré (Angélique Delange), Benoît Poelvoorde (Jean-René Van den Hugde), Lorella Cravotta (Magda), Lise Lamétrie (Suzanne), Swann Arlaud (Antoine), Pierre Niney (Ludo), Stéphan Wojtowicz (le psychologue de Jean-René), Christiane Millet (la mère d’Angélique).

Synopsis : Jean-René, patron d’une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont deux grands émotifs.
C’est leur passion commune pour le chocolat qui les rapproche. Ils tombent amoureux l’un de l’autre sans oser se l’avouer. Hélas, leur timidité maladive tend à les éloigner.
Mais ils surmonteront leur manque de confiance en eux, au risque de dévoiler leurs sentiments.

Isabelle Carré scène au restaurant Les émotifs anonymes

Ma vision du film :

Si le groupe de parole « Les émotifs anonymes » existe bel et bien, le terme « Les timides maladifs » voire plutôt « Les angoissés chroniques » aurait été plus approprié en ce qui concerne nos deux personnages principaux, Angélique et Jean-René. Parler à un(e) inconnu(e), prendre la parole en public, aborder une personne du sexe opposé… Ce sont des situations angoissantes que nous avons toutes et tous connues. Mais quand cette peur, cette angoisse, devient paralysante, et nous empêche de vivre, de connaitre des relations amicales, de dévoiler ses sentiments… C’est ce qui se passe pour Angélique et Jean-René, qui vont se rencontrer et être réunis par leur passion et leur profession commune qu’est l’univers du chocolat.

Benoit Poelvoorde à la chocolaterie Les émotifs anonymes

Arriveront-ils à passer outre leurs difficultés respectives ? [Attention spoilers] Angélique arrivera-t-elle à assumer le fait que c’est elle, la créatrice de chocolat au talent fou ? Jean-René arrivera-t-il, grâce à l’aide de son thérapeute et à sa volonté, à dépasser sa peur de tout ? [Fin des spoilers]. Car pour certaines personnes, et c’est plus fort qu’elles, préfèrent renoncer aux belles choses, rencontres, surprises que pourrait leur offrir la vie… Plutôt que prendre des risques.

Pour mon père c’était la même chose, il avait peur et il avait une phrase favorite : pourvu qu’il ne nous arrive rien. Il répétait ça sans cesse – Jean-René

Car Jean-René est sans doute plus « atteint » qu’Angélique, ce qui donne lieu à des scènes cocasses, des moments de comédie pure, très drôles (notamment la scène du diner au restaurant avec Angélique). [Attention spoilers] Jean-René réussit tout de même, grâce notamment à l’aide de son thérapeute (et à ses exercices pratiques : inviter une femme à diner, toucher quelqu’un…), à avancer, à dépasser ses peurs et ses angoisses paniques et paralysantes. Sans lui, il n’aurait peut-être pas eu le courage de dévoiler ses sentiments à la femme de sa vie. Quant à Angélique, c’est elle qui participe aux groupes de parole des émotifs anonymes. [Fin des spoilers].

Benoit Polevoorde Les émotifs anonymes

Le thérapeute : […] – Et les côtés positifs (de la vie de couple) ?
Jean-René : – Non, l’angoisse l’emporte. Surtout ne rien faire, ne pas prendre de risque, pourvu qu’il ne nous arrive rien. Pourvu qu’il ne nous arrive rien… »

L’univers du chocolat est un très bel écrin concernant cet amour naissant plus laborieux que les autres : le chocolat, que beaucoup disent être un réconfort lorsqu’ils le dégustent, un « remède anti-déprime », un cadeau « valeur sûre »  que l’on offre lorsqu’on ne sait pas toujours quoi offrir à Noël, à la Saint-Valentin…, se révèle être un délicieux cocon, une bulle de douceur qui réunit ces deux âmes identiques, ces âmes-sœurs.

Les émotifs anonymes Isabelle Carré

Isabelle Carré, actrice française que j’affectionne particulièrement (un zoom lui sera prochainement consacré sur le blog), est excellente comme à son habitude, dans un rôle paraissant taillé pour elle, sur mesure. Quant à Benoit Poelvoorde, il est dans ce long-métrage comme on l’a rarement vu, drôle sans en faire des tonnes, touchant dans l’interprétation de son personnage qui semble lui ressembler sûrement, à certains égards, dans la vie. « Les émotifs anonymes » signe également les débuts au cinéma du jeune Pierre Niney, avant la carrière prometteuse que l’on connait tous aujourd’hui (« 20 ans d’écart » avec Virginie Efira en 2013, « Yves Saint Laurent » en 2014, « Sauver ou périr » en 2018, parmi les films les plus populaires de sa filmographie).

[Attention spoilers] « Les émotifs anonymes » se termine sur une scène rigolote, où, « ayant fait le plus dur », nos deux incurables, désormais sur le point de convoler, s’échappent de leur propre mariage… Ils fuient encore au moment fatidique de s’engager. [Fin des spoilers] La très belle chanson figurant à la bande originale du film, « Big Jet Plane » d’Angus et Julia Stone, et succès musical de l’année 2010, clôt joliment le film.

Scène au restaurant les émotifs anonymes

« Les émotifs anonymes » est une petite comédie drôle et touchante, plaisante à regarder. Peut-être ne paiera-t-elle pas de mine de prime abord, mais c’est un long-métrage original de par le sujet qu’il « traite », et qui change dans le paysage cinématographique français, et cela fait du bien. Elle déculpabilisera toutes les personnes se sentant « différentes » (mais qui pourtant, sont loin de l’être !), et qui ne savent pas quel nom mettre sur leur « malaise ». Le réalisateur, Jean-Pierre Améris, lui-même, prenait part à ces groupes de parole, c’est dire ! (voir l’interview de ce dernier dans les bonus du DVD, très intéressante). Et s’il vous fallait une raison de plus pour vous inciter à voir le film : l’univers gourmand du chocolat, cela donne envie de… manger du chocolat. Avis aux amateurs ! (Non, mieux… visionner le film en mangeant du chocolat, quel délice !).

Isabelle Carré Les émotifs anonymes_2

[Critique et analyse] L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

Affiche L'extravagant voyage T.S Spivet.jpg

Réalisé par Jean-Pierre Jeunet, le « papa » d’Amélie Poulain, « L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » est un film dont j’ignorais l’existence, jusqu’à sa diffusion récente sur France 4, chaîne qui diffuse de temps à autre de véritables pépites cinématographiques, mais qui hélas devrait disparaitre d’ici quelques mois… Un long-métrage inventif à la très belle photographie, qui délivre de réels (et pertinents) messages mais auquel il manque un « je-ne-sais-quoi » pour un faire un véritable chef-d’œuvre. Cela dit, il reste un film à voir par curiosité, pour le message délivré et pour le plaisir des yeux.

Sorti en 2013.

Durée : 1h45.

Genre : comédie dramatique, aventure.

Réalisation par Jean-Pierre Jeunet.

Scénario par Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, d’après « L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet » de Reif Larsen.

Musique : Denis Sanacore.

Société de production : Épithète Films, Tapioca Films, Filmarto, BBR Productions, Gaumont et Cross Creek Pictures.

Distribution : Sociétés de distribution : The Weinstein Company (États-Unis), Gaumont (France).

Récompenses majeures : Prix Lumières 2014 : prix CTIS pour Thomas Hardmeier ; César 2014 : meilleure photographie pour Thomas Hardmeier.

Maison des Spivet dans le Montana

Avec Kyle Catlett (Tecumseh Sansonnet Spivet dit T. S. Spivet), Helena Bonham Carter (Dr. Clair Spivet, la mère), Niamh Wilson (Gracie Spivet, la sœur), Callum Keith Rennie (Tecumseh Elijah Spivet, le père), Jakob Davies (Layton Spivet, le frère dizygote de T.S), Judy Davis (Mme. Jibsen, la sous-secrétaire du Musée Smithsonian), Dominique Pinon (« Deux Nuages » (VF)), Julian Richings (Ricky, le routier).

Synopsis : T.S. Spivet, vit dans un ranch isolé du Montana avec ses parents, sa sœur Gracie et son frère Layton. Petit garçon surdoué et passionné de science, il a inventé la machine à mouvement perpétuel, ce qui lui vaut de recevoir le très prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington. Sans rien dire à sa famille, il part, seul, chercher sa récompense et traverse les Etats-Unis sur un train de marchandises. Mais personne là-bas n’imagine que l’heureux lauréat n’a que dix ans et qu’il porte un bien lourd secret…

Ma vision du film :

Un jeune surdoué de 10 ans, perdu, ne trouvant pas sa place au sein de sa famille, portant le poids de la culpabilité de la mort de son frère, part seul à Washington chercher un prix récompensant son ingénieuse invention. En chemin, il va vivre de nombreuses aventures, lors de son périple, caché dans un train de marchandises…

T.S Spivet au téléphone

Telle est l’histoire du film de Jean-Pierre Jeunet, adapté d’un roman (même si le long-métrage n’est pas entièrement fidèle au livre), dont on reconnait la narration au début du film, semblable à la patte du réalisateur, notamment dans son immense succès « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ».

Comment les humains sont-ils capables de produire autant d’angles droits alors que leur comportement n’obéissent à aucune logique ? – T.S. Spivet

Le jeune T.S. Spivet s’inscrit dans la longue lignée des « enfants de cinéma » plus lucides et matures que leurs parents, grâce notamment à la distance nécessaire que peuvent avoir les enfants face au manque de « fantaisie » de leurs parents : la spontanéité et la « fraicheur » ; la créativité et l’imagination de l’enfance que les adultes perdent au fil du temps, emportés par les étapes tout au long de leur vie d’adulte, le poids du quotidien ainsi que les difficultés et les épreuves de la vie. En témoignent les quelques justes paroles du jeune T.S (les citations qui ponctuent cet article prouvent que la vérité sort de la bouche des enfants, à part une parole que sa mère, Clair, déclame à son père).

Mère de T.S Spivet

La médiocrité, c’est la moisissure de l’âme, il faut toujours l’éviter sinon, elle s’insinue partout. – Dr. Clair Spivet, la mère de T.S.

Néanmoins, lors de son périple, si T.S. a la maturité d’un adulte dans le corps d’un enfant de 10 ans, il « redevient » ce dernier, un enfant de 10 ans, normal, comme tout un chacun lorsque, n’importe quel enfant loin de sa famille, cette dernière lui manque et qu’il ressent la culpabilité d’être parti seul, lorsqu’il se blesse et qu’il a mal… même s’il est déterminé à aller recevoir son prix à Washington.

Le jeune acteur interprétant T.S (Kyle Catlett) est très touchant, dans la justesse, la pudeur et la retenue, tout en étant très expressif, avec des « mimiques » faciales très appuyées. Le personnage de T.S est d’ailleurs l’un des seuls personnages du film auquel on s’attache quelque peu (d’ailleurs les autres membres de sa famille ne sont pas « là » pour être des personnages attachants), notamment lorsque, [Attention spoiler] dans la scène du discours vers la fin du film, il parle de la mort de son frère et de la culpabilité qui le ronge à propos de celle-ci. [Fin du spoiler].

T.S. Spivet s'en va

Ce qui est formidable avec les gouttes d’eau, c’est qu’elles choisissent toujours le chemin qui offre le moins de difficultés. Pour les êtres humains, c’est exactement le contraire. – T.S. Spivet

La sœur de T.S est tantôt exécrable, comme la majorité des adolescents de son âge (quoique souffrant davantage du fait de vivre dans un coin reculé du Montana, plutôt que d’être une ado difficile), tantôt affectueuse avec T.S, ayant souffert comme lui d’avoir perdu leur frère, sans néanmoins être plus expressive que T.S concernant cette perte difficile.

Visuellement, le film nous enchante avec de très belles couleurs, une éclatante photographie. Certaines images et la narration peuvent faire penser au « style » cinématographique très reconnaissable de Wes Anderson, et on pense immédiatement à « The Grand Budapest Hotel », même si Jean-Pierre Jeunet n’a pu s’inspirer du long-métrage du cinéaste britannique, puisque ce dernier est sorti un an après le film du réalisateur français.

T.S. Spivet arrivée à Washington DC.JPG

Les scènes contemplatives des rêves de T.S et des souvenirs de ce dernier, sont également très réussies et c’est en grande partie les scènes que j’ai affectionnées le plus.

Les scènes de la fin du film ont un petit quelque chose de « bizarre », de quelque peu bancal, comme si cela sonnait faux, [Attention spoiler] surtout à partir du moment où T.S se trouve à Washington, et qu’il devient davantage une « curiosité », un enfant de 10 ans destiné à être célèbre du fait de son invention à un si jeune âge, enchainant les émissions télé et les talk-shows au côté d’une « chaperonne »  pas franchement bienveillante. [Fin du spoiler]. Plutôt que d’être respecté à sa juste valeur, tel un enfant de 10 ans ingénieux et intelligent, un scientifique à part entière malgré son jeune âge, il devient, à notre grand regret, un phénomène de foire.

Discours de T.S Spivet

[Attention spoiler] À la fin, sur le plateau de TV, la mère de T.S. va le rejoindre et enfin le rassurer et le déculpabiliser sur le fait que la mort de son frère n’était qu’un accident, qu’il n’y était pour rien et pas du tout responsable. [Fin du spoiler] Comme souvent lors des problèmes ou conflits familiaux, il s’agit seulement d’un manque de communication, de non-dits, de personnes qui ne se parlent pas, alors qu’il suffit de se parler, de renouer le dialogue (ce que tous les membres de la famille vont réussir enfin à faire à la fin), et la mère de T.S. va se rendre compte qu’elle était trop absorbée par son travail, et son père qu’il ne vivait que pour sa vie de cow-boy.

« L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » est donc à mon sens un film assez réussi, même s’il manque quelque chose que je ne saurais expliquer, afin d’en faire un véritable chef-d’œuvre, un film qu’il me plairait de revoir, à cause en partie de quelques scènes plutôt bancales, à des personnages (à part T.S.) auxquels on peine à s’identifier, et d’une fin poussive et déconvenue à partir du moment donc, où le jeune garçon arrive à Washington afin de recevoir son prix.

La famille Spivet