[Critique et analyse] Une sirène à Paris de Mathias Malzieu (2020)

Affiche Une sirène à Paris

En cette période spéciale, avant la fermeture des cinémas et autres commerces, j’ai pu aller voir « Une sirène à Paris », adaptation du roman de Mathias Malzieu dont je vous avais déjà parlé ICI. Espérons que la fermeture des cinémas 3 jours après sa sortie ne compromette pas la chance de ce beau film de rencontrer son public…

Genre : Comédie dramatique. Durée : 1h42.

Sorti en 2020.

Réalisation par Mathias Malzieu.

Scénario par Stéphane Landowski et Mathias Malzieu, d’après le roman « Une sirène à Paris » de Mathias Malzieu (2019).

Musique : Mathias Malzieu.

Société de production : Kinology, Overdrive Productions et Wonder Films.

Société de distribution : Sony Pictures Releasing France.

Avec Nicolas Duvauchelle (Gaspard), Marilyn Lima (Lula), Rossy de Palma (Rossy), Tchéky Karyo (Camille), Alexis Michalik (Victor), Romane Bohringer (Milena).

Extrait film Une sirène à Paris

Synopsis : Crooner au cœur brisé, Gaspard s’était juré de ne plus retomber amoureux. Quant à Lula, jolie sirène, elle n’a que le chant pour se défendre des hommes, en faisant s’emballer leur cœur jusqu’à l’explosion. Lorsque la Seine en crue vient déposer Lula au pied du Flowerburger, la péniche-cabaret où chante Gaspard, c’est un mini-tsunami qui va bouleverser leur existence. Lui, l’homme qui a souffert d’avoir trop aimé, et elle, la créature qui n’a jamais connu l’amour, vont apprendre à se connaître. Et à chanter d’une même voix…

Ma vision du film :

En cette période inédite et très difficile pour certains d’entre nous, je vous propose un peu de féérie et de magie, nous allons en avoir besoin, plus que jamais. Difficile de parler d’un film qui n’est désormais plus « à l’affiche » car les cinémas sont fermés, mais j’espère bien que quand la vie reprendra son cours et que nous pourrons retourner au cinéma, « Une sirène à Paris » trouve son public, privé de lui seulement 3 jours après sa sortie…

Extrait du film Une sirène à Paris Lula dans la baignoire

Mathias Malzieu a donc porté à l’écran son roman « Une sirène à Paris ». Je l’ai lu l’année dernière, et je dois avouer que, lorsque je lis un roman, et encore bien davantage quand il me plait, je me fais une totale représentation imaginaire de ce que je lis. Et il faut avouer qu’en voyant le film, beaucoup de choses étaient bien proches de ce que j’imaginais… La péniche du « Flower Burger », l’appartement de Gaspard, etc…

Idem pour le rôle de Rossy, la voisine envahissante et fantasque de Gaspard, que je voyais bien sous les traits de Rossy de Palma (en même temps, vu le prénom et le caractère, elle était tout indiquée pour le rôle…). Le casting semble avoir changé par rapport à celui de départ (sauf pour Rossy de Palma), et je dois avouer que l’ensemble du casting s’en sort très bien, à part peut-être avec Romane Bohringer (Milena) avec laquelle j’ai eu plus de mal…

Lula dans le film Une sirène à Paris

Le film est assez fidèle à l’esprit du livre, même si certaines choses n’apparaissent pas dans le long-métrage [Attention spoiler] : on ne voit par exemple pas le résultat du test de grossesse de Milena dans le film alors que dans le livre, on sait qu’elle attend un enfant de son défunt compagnon. [Fin du spoiler]

Certaines scènes s’étirent un peu trop en longueur, et certaines à la fin sont un peu précipitées… L’univers fantasque de Mathias Malzieu fait mouche pour son premier long-métrage en PVR, car le musicien/auteur/réalisateur avait déjà adapté son roman « La mécanique du cœur » en film d’animation en 2013. Son univers fait même à certains moments penser à celui du réalisateur Michel Gondry (« L’écume des jours », « Eternal sunshine of the spotless mind »…).

Décor film Une sirène à Paris

« Une sirène à Paris » est un film réussi, fidèle à l’esprit du roman, bien que sombre et mélancolique par moments, le rêve et la fantaisie sont là à chaque instant. Espérons que la crise sanitaire actuelle ne compromette pas son succès, qui pourra être sans doute assurée après grâce au DVD/Blu-Ray, au VOD et à la télévision.

Je vous souhaite bon courage en cette période bien triste et difficile, lisez, regardez des films, s’évader et se cultiver est le meilleur remède contre la morosité ambiante.

Gaspard et Lula extrait Une sirène à Paris

[Critique et analyse] Un peu, beaucoup, aveuglément de Clovis Cornillac (2015)

Affiche Un peu, beaucoup, aveuglément

Pour son premier essai en tant que réalisateur, après des années de carrière en tant que comédien, Clovis Cornillac met en scène « Un peu, beaucoup, aveuglément », d’après une idée originale de sa compagne à la ville, Lilou Fogli (qui joue également dans le film). Une comédie romantique qui change un peu des classiques du genre, ça fait du bien, surtout en France.

Genre : Comédie romantique. Durée : 1h31.

Sorti en 2015.

Réalisation par Clovis Cornillac.

Scénario par Lilou Fogli, Clovis Cornillac, Tristan Schulmann et la collaboration de Mathieu Oullion d’après une idée originale de Lilou Fogli.

Musique : Guillaume Roussel.

Société de production : Cine Nomine, Chaocorp Films, Fair Play Production, Monkey Pack Films, Orange studio et Vamonos Films.

Société de distribution : Paramount Pictures France et Orange studio.

Avec Clovis Cornillac (Machin), Mélanie Bernier (Machine), Lilou Fogli (Charlotte, la sœur de Machine), Philippe Duquesne (Artus, le meilleur ami de Machin), Grégoire Oestermann (Evguenie), Oscar Copp (Dan), Manu Payet (le caissier de chez Picard), Boris Terral (l’inconnu italien), Arnaud Lechien (Paul).

Machine Mélanie Bernier dans Un peu, beaucoup, aveuglément

Synopsis : Lui est inventeur de casse-têtes. Investi corps et âme dans son travail, il ne peut se concentrer que dans le silence. Elle est une pianiste accomplie et ne peut vivre sans musique. Elle doit préparer un concours qui pourrait changer sa vie. Ils vont devoir cohabiter sans se voir…

Ma vision du film :

« Un peu, beaucoup, aveuglément » est un film qui aurait pu figurer en bonne place dans mon article Des comédies romantiques pas comme les autres. Pour son premier film en tant que réalisateur, Clovis Cornillac, d’après l’idée originale de sa compagne Lilou Fogli : un inventeur bougon, dont l’un des murs de son appartement est très mal insonorisé, fait tout pour que l’appartement d’à côté ne soit pas loué. Malgré tout ses efforts, il finira par l’être par une jeune pianiste préparant un concours.  On ne connaitra jamais leurs prénoms, puisqu’ils s’appelleront « machin » et « machine » durant tout le film.

Un peu, beaucoup, aveuglément scène du film

Machin et Machine vont tenter de « cohabiter » tant bien que mal en mettant en place un emploi du temps, vont se parler à travers le mur, et des liens vont finir par se créer. Une histoire va naître « intra-muros » : nous aurons droit à des quiproquos, des comiques de situation bien senties. Ils partageront leur quotidien comme n’importe quel couple, sauf qu’eux ne se sont jamais vus.

Certains auraient voulu déménager ou trouver une solution pour insonoriser les appartements au mieux. Machin et machine s’en accommoderont et finiront par faire de ce mur un lien, un « trait d’union », alors qu’au départ ils ne pouvaient se supporter l’un et l’autre.

Un peu, beaucoup, aveuglément extrait du film

Machin vivait reclu, machine est une jeune femme quelque peu « coincée », dont le potentiel est étouffé sous la coupe d’Evguenie, dont on ne sait pas vraiment s’il est son père, ou autre membre de son entourage… Mais dont on sait qu’il a une mauvaise influence sur elle.

[Attention spoilers] L’un et l’autre ont leurs raisons d’être comme ils sont. On comprend vers la fin du film que l’épouse de Machin est décédé il y a de cela sept ans et qu’il s’est réfugié, voire enfermé dans le travail. Machine garde la tête dans le guidon en vue de préparer son concours, donne des cours pour gagner sa vie, mais est sous la coupe d’Evguenie. [Fin des spoilers]. Machin va apprendre à Machine de se libérer de ses carcans, Machine va apporter à Machin de la fantaisie, une touche de douceur féminine. Ils vont chacun s’apporter ce qu’il manque à l’autre, tout ça juste en parlant, sans jamais se voir…

Machin Clovis Cornillac dans Un peu, beaucoup, aveuglément

Certaines scènes retiendront notre attention, [Attention spoilers] comme celle du repas à quatre avec le mur entre les convives, ou encore celle où Machine se « lâche » au piano sous les conseils de Machin [Fin des spoilers]. J’ai été surprise de ne pas voir à ce point le temps passer, de vouloir suivre à chaque scène ce qu’il se passerait à celle d’après. « Un peu, beaucoup, aveuglément » n’est certes pas un chef d’œuvre du genre (et encore, peut-être l’est-il pour certains spectateurs, cela est subjectif), mais il est assez différent des comédies romantiques que l’on peut voir habituellement. Certes, on se doute de la fin qui est sans doute « cousue » de fil blanc, tout comme l’on peut connaitre la fin de beaucoup de choses dans la vie. Mais le plus important est le chemin pris pour en arriver à cette fin.

Chacun verra en « Un peu, beaucoup, aveuglément » ce qu’il veut y voir : une énième comédie romantique (quoi qu’en France, on en voit de moins en moins je trouve !) mignonne, ou un film qui change un peu de l’ordinaire. Je préfère retenir cette deuxième option, puisqu’il m’a marqué assez pour que je pense m’en souvenir un bon moment et pour avoir l’envie de vous le faire partager aujourd’hui.

Scène du film Un peu, beaucoup, aveuglément

[Critique et analyse] Corrina, Corrina de Jessie Nelson (1994)

Affiche Corrina, Corrina

Dans les années 1990, Whoopi Goldberg était à l’apogée de sa carrière. Si elle a été révélée en 1985 dans « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, elle a su s’imposer dans les années 1990 où sa carrière fut à son apogée, excellant dans des films grand public comme « Sister Act 1 & 2 » ou « Ghost ». Mais Whoopi a joué également dans des films moins connus, tels « Corrina, Corrina » sorti en 1994 que je vous présente aujourd’hui. Plus récemment, il pourrait faire penser à « La couleur des sentiments », la bonne humeur en plus.

Sorti en 1994.

Genre : comédie dramatique. Durée : 1h45.

Réalisation et scénario par Jessie Nelson.

Musique : Rick Cox.

Société de distributions : New Line Cinema.

Avec Whoopi Goldberg (Corrina Washington), Ray Liotta (Manny Singer), Tina Majorino (Molly Singer), Jenifer Lewis (Jevina), Wendy Crewson (Jenny Davis), Don Ameche (Grand-père Harry), Erica Yohn (Grand-mère Eva).

Synopsis : Manny Singer, un jeune veuf, doit élever seul Molly, sa petite fille de huit ans qui s’est retranchée dans son chagrin après la mort de sa mère. Seule l’arrivée de Corrina Washington, une jeune gouvernante brillante et enthousiaste, redonnera le sourire à la petite fille.

Corrina, Corrina extrait du film

Ma vision du film :

Bien que sorti dans les années 1990, l’action de « Corrina, Corrina » se déroule dans les années 1960, période pas si éloignée de nous où la ségrégation raciale était encore bien présente. Elle est l’objet de nombreux films, dont notamment « La couleur des sentiments » cité ci-dessus, mais aussi « Les figures de l’ombre », film très réussi sorti en 2016 sur les femmes afro-américaines ayant permis aux États-Unis de pouvoir gagner la course à la conquête spatiale, en pleine guerre froide. Une époque où les personnes de couleur devaient aller dans des toilettes différentes que les blancs. Pourrait-on encore imaginer une telle chose aujourd’hui ?

Extrait film Corrina, Corrina avec Whoopi Goldberg

Dans « Corrina, Corrina », la ségrégation n’est certes pas le sujet principal, mais il est en filigrane, bien présent. Lorsque Manny Singer, jeune veuf, se retrouve seul à élever sa petite fille de 8 ans, il peine à remonter la pente et doit trouver une gouvernante afin de s’occuper de la maison et de sa fille qui se terre dans le silence, anéantie par la mort de sa mère. C’est alors qu’après une tentative ratée avec une gouvernante fantaisiste, Corrina arrive dans leur vie et va redonner le sourire à la petite Molly, mais pas que…

[Attention spoilers] Si Corrina est victime de racisme et de ségrégations lors de scènes édifiantes (lorsqu’elle reçoit cette lettre de Jazz Magazine et qu’elle se voit refuser son article pourtant brillant  car « on n’accepte pas d’articles extérieurs provenant de personnes de couleur »). Et que dire lors de la scène du restaurant lorsque Corrina est prise pour une serveuse (servante ?) [Fin des spoilers].

Molly et Corrina extrait film Corrina, Corrina

Jevina, la sœur de Corrina, la met en garde contre Manny et sa famille risquant de se servir d’elle et de sa générosité. Voyant sa sœur se rapprocher de la famille Singer, tenter de s’affranchir des conventions, elle la « bride », peut-être par méfiance des blancs, et/ou aussi par jalousie que sa sœur puisse s’épanouir et devenir quelqu’un.

Il y a beaucoup de musique dans le film, du jazz, du piano (on peut entendre Erik Satie…), et Manny et Corrina vont se trouver beaucoup de points communs autour de la musique, on va les entendre plusieurs fois avoir des discussions autour de leur passion commune. Le film se nomme d’ailleurs « Corrina, Corrina » du nom de la chanson de Ted Hawkins dont on peut entendre des extraits plusieurs fois dans le film (vidéo ci-dessous).

Dans la vie, on a tous rencontré au moins une fois certaines personnes qui sont des moteurs, des soleils malgré les épreuves qu’elles peuvent endurer. Si Corrina endure celle de la ségrégation mais aussi de sa propre vie (dont on ne sait pas tout mais dont on comprend qu’elle a n’a pas été rose), elle est de celles-là. Elle est arrivée dans la vie des Singer, comme une synchronisation où les uns avaient besoin des autres. Elle redonne le sourire, la parole et la joie de vivre à une petite fille privée de sa mère, et à un père meurtri et ne sachant pas comment s’y prendre avec sa fille. Remet de la joie et de la magie dans une famille rongée par le deuil et le chagrin. Corrina est digne, ne se plaint jamais, malgré le manque de respect souvent enduré.

« Corrina, Corrina » est un beau film, pas si futile qu’il pourrait paraitre, traitant de plusieurs sujets : le deuil, la ségrégation, avoir le contrôle de sa propre vie; tout en conservant une certaine légèreté avec la musique en toile de fond. « Corrina, Corrina » fait partie de ses films méconnus qu’il faut continuer à faire connaitre, même 25 ans après sa sortie. Les bons films ne meurent jamais…

Extrait du film Corrina, Corrina