[Critique et analyse] Les émotifs anonymes (2010)

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« Les émotifs anonymes » est une comédie à contre-courant de notre époque, que j’ai connu lors d’une diffusion sur France 4 (décidément, que de découvertes cinématographiques sur cette chaine qui va, hélas, prochainement disparaitre !). Les émotifs anonymes sont des véritables groupes de parole semblables aux alcooliques anonymes, par exemple, où les émotifs, timides, hypersensibles peuvent se confier en toute confiance. Une trouvaille qui a inspiré le scénario au (sympathique) réalisateur, Jean-Pierre Améris.

 

Genre : comédie. Sorti en 2010.

Durée : 1h20.

Réalisation par Jean-Pierre Améris.

Scénario par Jean-Pierre Améris et Philippe Blasband.

Musique : Pierre Adenot.

Sociétés de production : Pan-Européenne, StudioCanal, France 3 Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma, Climax Films, RTBF (Télévision belge).

Société de distributions : StudioCanal.

Isabelle Carré les émotifs anonymes

Avec Isabelle Carré (Angélique Delange), Benoît Poelvoorde (Jean-René Van den Hugde), Lorella Cravotta (Magda), Lise Lamétrie (Suzanne), Swann Arlaud (Antoine), Pierre Niney (Ludo), Stéphan Wojtowicz (le psychologue de Jean-René), Christiane Millet (la mère d’Angélique).

Synopsis : Jean-René, patron d’une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont deux grands émotifs.
C’est leur passion commune pour le chocolat qui les rapproche. Ils tombent amoureux l’un de l’autre sans oser se l’avouer. Hélas, leur timidité maladive tend à les éloigner.
Mais ils surmonteront leur manque de confiance en eux, au risque de dévoiler leurs sentiments.

Isabelle Carré scène au restaurant Les émotifs anonymes

Ma vision du film :

Si le groupe de parole « Les émotifs anonymes » existe bel et bien, le terme « Les timides maladifs » voire plutôt « Les angoissés chroniques » aurait été plus approprié en ce qui concerne nos deux personnages principaux, Angélique et Jean-René. Parler à un(e) inconnu(e), prendre la parole en public, aborder une personne du sexe opposé… Ce sont des situations angoissantes que nous avons toutes et tous connues. Mais quand cette peur, cette angoisse, devient paralysante, et nous empêche de vivre, de connaitre des relations amicales, de dévoiler ses sentiments… C’est ce qui se passe pour Angélique et Jean-René, qui vont se rencontrer et être réunis par leur passion et leur profession commune qu’est l’univers du chocolat.

Benoit Poelvoorde à la chocolaterie Les émotifs anonymes

Arriveront-ils à passer outre leurs difficultés respectives ? [Attention spoilers] Angélique arrivera-t-elle à assumer le fait que c’est elle, la créatrice de chocolat au talent fou ? Jean-René arrivera-t-il, grâce à l’aide de son thérapeute et à sa volonté, à dépasser sa peur de tout ? [Fin des spoilers]. Car pour certaines personnes, et c’est plus fort qu’elles, préfèrent renoncer aux belles choses, rencontres, surprises que pourrait leur offrir la vie… Plutôt que prendre des risques.

Pour mon père c’était la même chose, il avait peur et il avait une phrase favorite : pourvu qu’il ne nous arrive rien. Il répétait ça sans cesse – Jean-René

Car Jean-René est sans doute plus « atteint » qu’Angélique, ce qui donne lieu à des scènes cocasses, des moments de comédie pure, très drôles (notamment la scène du diner au restaurant avec Angélique). [Attention spoilers] Jean-René réussit tout de même, grâce notamment à l’aide de son thérapeute (et à ses exercices pratiques : inviter une femme à diner, toucher quelqu’un…), à avancer, à dépasser ses peurs et ses angoisses paniques et paralysantes. Sans lui, il n’aurait peut-être pas eu le courage de dévoiler ses sentiments à la femme de sa vie. Quant à Angélique, c’est elle qui participe aux groupes de parole des émotifs anonymes. [Fin des spoilers].

Benoit Polevoorde Les émotifs anonymes

Le thérapeute : […] – Et les côtés positifs (de la vie de couple) ?
Jean-René : – Non, l’angoisse l’emporte. Surtout ne rien faire, ne pas prendre de risque, pourvu qu’il ne nous arrive rien. Pourvu qu’il ne nous arrive rien… »

L’univers du chocolat est un très bel écrin concernant cet amour naissant plus laborieux que les autres : le chocolat, que beaucoup disent être un réconfort lorsqu’ils le dégustent, un « remède anti-déprime », un cadeau « valeur sûre »  que l’on offre lorsqu’on ne sait pas toujours quoi offrir à Noël, à la Saint-Valentin…, se révèle être un délicieux cocon, une bulle de douceur qui réunit ces deux âmes identiques, ces âmes-sœurs.

Les émotifs anonymes Isabelle Carré

Isabelle Carré, actrice française que j’affectionne particulièrement (un zoom lui sera prochainement consacré sur le blog), est excellente comme à son habitude, dans un rôle paraissant taillé pour elle, sur mesure. Quant à Benoit Poelvoorde, il est dans ce long-métrage comme on l’a rarement vu, drôle sans en faire des tonnes, touchant dans l’interprétation de son personnage qui semble lui ressembler sûrement, à certains égards, dans la vie. « Les émotifs anonymes » signe également les débuts au cinéma du jeune Pierre Niney, avant la carrière prometteuse que l’on connait tous aujourd’hui (« 20 ans d’écart » avec Virginie Efira en 2013, « Yves Saint Laurent » en 2014, « Sauver ou périr » en 2018, parmi les films les plus populaires de sa filmographie).

[Attention spoilers] « Les émotifs anonymes » se termine sur une scène rigolote, où, « ayant fait le plus dur », nos deux incurables, désormais sur le point de convoler, s’échappent de leur propre mariage… Ils fuient encore au moment fatidique de s’engager. [Fin des spoilers] La très belle chanson figurant à la bande originale du film, « Big Jet Plane » d’Angus et Julia Stone, et succès musical de l’année 2010, clôt joliment le film.

Scène au restaurant les émotifs anonymes

« Les émotifs anonymes » est une petite comédie drôle et touchante, plaisante à regarder. Peut-être ne paiera-t-elle pas de mine de prime abord, mais c’est un long-métrage original de par le sujet qu’il « traite », et qui change dans le paysage cinématographique français, et cela fait du bien. Elle déculpabilisera toutes les personnes se sentant « différentes » (mais qui pourtant, sont loin de l’être !), et qui ne savent pas quel nom mettre sur leur « malaise ». Le réalisateur, Jean-Pierre Améris, lui-même, prenait part à ces groupes de parole, c’est dire ! (voir l’interview de ce dernier dans les bonus du DVD, très intéressante). Et s’il vous fallait une raison de plus pour vous inciter à voir le film : l’univers gourmand du chocolat, cela donne envie de… manger du chocolat. Avis aux amateurs ! (Non, mieux… visionner le film en mangeant du chocolat, quel délice !).

Isabelle Carré Les émotifs anonymes_2

[Critique et analyse] L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

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Réalisé par Jean-Pierre Jeunet, le « papa » d’Amélie Poulain, « L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » est un film dont j’ignorais l’existence, jusqu’à sa diffusion récente sur France 4, chaîne qui diffuse de temps à autre de véritables pépites cinématographiques, mais qui hélas devrait disparaitre d’ici quelques mois… Un long-métrage inventif à la très belle photographie, qui délivre de réels (et pertinents) messages mais auquel il manque un « je-ne-sais-quoi » pour un faire un véritable chef-d’œuvre. Cela dit, il reste un film à voir par curiosité, pour le message délivré et pour le plaisir des yeux.

Sorti en 2013.

Durée : 1h45.

Genre : comédie dramatique, aventure.

Réalisation par Jean-Pierre Jeunet.

Scénario par Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant, d’après « L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet » de Reif Larsen.

Musique : Denis Sanacore.

Société de production : Épithète Films, Tapioca Films, Filmarto, BBR Productions, Gaumont et Cross Creek Pictures.

Distribution : Sociétés de distribution : The Weinstein Company (États-Unis), Gaumont (France).

Récompenses majeures : Prix Lumières 2014 : prix CTIS pour Thomas Hardmeier ; César 2014 : meilleure photographie pour Thomas Hardmeier.

Maison des Spivet dans le Montana

Avec Kyle Catlett (Tecumseh Sansonnet Spivet dit T. S. Spivet), Helena Bonham Carter (Dr. Clair Spivet, la mère), Niamh Wilson (Gracie Spivet, la sœur), Callum Keith Rennie (Tecumseh Elijah Spivet, le père), Jakob Davies (Layton Spivet, le frère dizygote de T.S), Judy Davis (Mme. Jibsen, la sous-secrétaire du Musée Smithsonian), Dominique Pinon (« Deux Nuages » (VF)), Julian Richings (Ricky, le routier).

Synopsis : T.S. Spivet, vit dans un ranch isolé du Montana avec ses parents, sa sœur Gracie et son frère Layton. Petit garçon surdoué et passionné de science, il a inventé la machine à mouvement perpétuel, ce qui lui vaut de recevoir le très prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington. Sans rien dire à sa famille, il part, seul, chercher sa récompense et traverse les Etats-Unis sur un train de marchandises. Mais personne là-bas n’imagine que l’heureux lauréat n’a que dix ans et qu’il porte un bien lourd secret…

Ma vision du film :

Un jeune surdoué de 10 ans, perdu, ne trouvant pas sa place au sein de sa famille, portant le poids de la culpabilité de la mort de son frère, part seul à Washington chercher un prix récompensant son ingénieuse invention. En chemin, il va vivre de nombreuses aventures, lors de son périple, caché dans un train de marchandises…

T.S Spivet au téléphone

Telle est l’histoire du film de Jean-Pierre Jeunet, adapté d’un roman (même si le long-métrage n’est pas entièrement fidèle au livre), dont on reconnait la narration au début du film, semblable à la patte du réalisateur, notamment dans son immense succès « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ».

Comment les humains sont-ils capables de produire autant d’angles droits alors que leur comportement n’obéissent à aucune logique ? – T.S. Spivet

Le jeune T.S. Spivet s’inscrit dans la longue lignée des « enfants de cinéma » plus lucides et matures que leurs parents, grâce notamment à la distance nécessaire que peuvent avoir les enfants face au manque de « fantaisie » de leurs parents : la spontanéité et la « fraicheur » ; la créativité et l’imagination de l’enfance que les adultes perdent au fil du temps, emportés par les étapes tout au long de leur vie d’adulte, le poids du quotidien ainsi que les difficultés et les épreuves de la vie. En témoignent les quelques justes paroles du jeune T.S (les citations qui ponctuent cet article prouvent que la vérité sort de la bouche des enfants, à part une parole que sa mère, Clair, déclame à son père).

Mère de T.S Spivet

La médiocrité, c’est la moisissure de l’âme, il faut toujours l’éviter sinon, elle s’insinue partout. – Dr. Clair Spivet, la mère de T.S.

Néanmoins, lors de son périple, si T.S. a la maturité d’un adulte dans le corps d’un enfant de 10 ans, il « redevient » ce dernier, un enfant de 10 ans, normal, comme tout un chacun lorsque, n’importe quel enfant loin de sa famille, cette dernière lui manque et qu’il ressent la culpabilité d’être parti seul, lorsqu’il se blesse et qu’il a mal… même s’il est déterminé à aller recevoir son prix à Washington.

Le jeune acteur interprétant T.S (Kyle Catlett) est très touchant, dans la justesse, la pudeur et la retenue, tout en étant très expressif, avec des « mimiques » faciales très appuyées. Le personnage de T.S est d’ailleurs l’un des seuls personnages du film auquel on s’attache quelque peu (d’ailleurs les autres membres de sa famille ne sont pas « là » pour être des personnages attachants), notamment lorsque, [Attention spoiler] dans la scène du discours vers la fin du film, il parle de la mort de son frère et de la culpabilité qui le ronge à propos de celle-ci. [Fin du spoiler].

T.S. Spivet s'en va

Ce qui est formidable avec les gouttes d’eau, c’est qu’elles choisissent toujours le chemin qui offre le moins de difficultés. Pour les êtres humains, c’est exactement le contraire. – T.S. Spivet

La sœur de T.S est tantôt exécrable, comme la majorité des adolescents de son âge (quoique souffrant davantage du fait de vivre dans un coin reculé du Montana, plutôt que d’être une ado difficile), tantôt affectueuse avec T.S, ayant souffert comme lui d’avoir perdu leur frère, sans néanmoins être plus expressive que T.S concernant cette perte difficile.

Visuellement, le film nous enchante avec de très belles couleurs, une éclatante photographie. Certaines images et la narration peuvent faire penser au « style » cinématographique très reconnaissable de Wes Anderson, et on pense immédiatement à « The Grand Budapest Hotel », même si Jean-Pierre Jeunet n’a pu s’inspirer du long-métrage du cinéaste britannique, puisque ce dernier est sorti un an après le film du réalisateur français.

T.S. Spivet arrivée à Washington DC.JPG

Les scènes contemplatives des rêves de T.S et des souvenirs de ce dernier, sont également très réussies et c’est en grande partie les scènes que j’ai affectionnées le plus.

Les scènes de la fin du film ont un petit quelque chose de « bizarre », de quelque peu bancal, comme si cela sonnait faux, [Attention spoiler] surtout à partir du moment où T.S se trouve à Washington, et qu’il devient davantage une « curiosité », un enfant de 10 ans destiné à être célèbre du fait de son invention à un si jeune âge, enchainant les émissions télé et les talk-shows au côté d’une « chaperonne »  pas franchement bienveillante. [Fin du spoiler]. Plutôt que d’être respecté à sa juste valeur, tel un enfant de 10 ans ingénieux et intelligent, un scientifique à part entière malgré son jeune âge, il devient, à notre grand regret, un phénomène de foire.

Discours de T.S Spivet

[Attention spoiler] À la fin, sur le plateau de TV, la mère de T.S. va le rejoindre et enfin le rassurer et le déculpabiliser sur le fait que la mort de son frère n’était qu’un accident, qu’il n’y était pour rien et pas du tout responsable. [Fin du spoiler] Comme souvent lors des problèmes ou conflits familiaux, il s’agit seulement d’un manque de communication, de non-dits, de personnes qui ne se parlent pas, alors qu’il suffit de se parler, de renouer le dialogue (ce que tous les membres de la famille vont réussir enfin à faire à la fin), et la mère de T.S. va se rendre compte qu’elle était trop absorbée par son travail, et son père qu’il ne vivait que pour sa vie de cow-boy.

« L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » est donc à mon sens un film assez réussi, même s’il manque quelque chose que je ne saurais expliquer, afin d’en faire un véritable chef-d’œuvre, un film qu’il me plairait de revoir, à cause en partie de quelques scènes plutôt bancales, à des personnages (à part T.S.) auxquels on peine à s’identifier, et d’une fin poussive et déconvenue à partir du moment donc, où le jeune garçon arrive à Washington afin de recevoir son prix.

La famille Spivet

[Critique et analyse] L’incroyable histoire du facteur Cheval

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Si souvent, vous entendez autour de vous qu’on ne sait plus faire de beaux (et bons) films en France, j’en appelle, je vous en conjure, à votre propre curiosité, à votre libre arbitre. Il existe encore des œuvres qui vous imprègnent longtemps après être sorti des salles obscures. C’est le cas pour « L’incroyable histoire du facteur Cheval », l’histoire de ce facteur peu causant, mais fort et brave, ayant construit durant 33 ans un palais par amour pour sa petite fille, Alice. Un film hors du temps et des « sentiers » battus, à part bien entendu, de ceux foulés des années durant par Ferdinand Cheval…

Sorti en 2019.

Réalisation par Nils Tavernier.

Scénario par Laurent Bertoni, Fanny Desmarès et Nils Tavernier.

Musique : Baptiste Colleu & Pierre Colleu.

Société de production : Fechner Films.

Société de distribution : SND Groupe M6.

Avec Jacques Gamblin (Ferdinand Cheval, dit « le facteur Cheval »), Laetitia Casta (Philomène, sa seconde épouse), Zélie Rixhon (Alice Cheval, sa fille), Louka Petit Taborelli (Cyril, le fils de Ferdinand Cheval, né de sa précédente union), Bernard Le Coq (Auguste), Natacha Lindinger (Garance).

le facteur cheval jacques gamblin

Synopsis : Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : « Le Palais idéal ».

Ma vision du film :

« Un jour du mois d’avril en 1879, en faisant ma tournée de facteur rural, à un quart de lieue avant d’arriver à Tersanne, je marchais très vite lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m’envoya rouler quelques mètres plus loin, je voulus en connaitre la cause. J’avais bâti dans un rêve un palais, un château ou des grottes, je ne peux pas bien vous l’exprimer… Je ne le disais à personne par crainte d’être tourné en ridicule et je me trouvais ridicule moi-même. Voilà qu’au bout de quinze ans, au moment où j’avais à peu près oublié mon rêve, que je n’y pensais le moins du monde, c’est mon pied qui me le fait rappeler. Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J’ai voulu savoir ce que c’était… C’était une pierre de forme si bizarre que je l’ai mise dans ma poche pour l’admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit. J’en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j’en suis resté ravi… C’est une pierre molasse travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps. Elle devient aussi dure que les cailloux. Elle représente une sculpture aussi bizarre qu’il est impossible à l’homme de l’imiter, elle représente toute espèce d’animaux, toute espèce de caricatures.

Je me suis dit : puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l’architecture. »

Ce sont par ses mots que Ferdinand Cheval, un homme simple, fier mais taiseux, à la limite de l’autisme, courageux malgré les nombreuses épreuves et les drames vécus en chemin, explique comment et pourquoi il a entrepris son projet fou, dans ses cahiers de mémoire. Les chemins de la Drôme, justement, qu’il aura parcourue des années durant, ayant effectué l’équivalent de cinq fois le tour de la terre en effectuant ses tournées de facteur. Le long-métrage a été tourné sur les lieux mêmes de la présence du palais, à Hauterives, et dans le joli village de Mirmande.

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Le palais idéal du facteur Cheval, à Hauterives, dans la Drôme (26).

La région Rhône-Alpes-Auvergne, très dynamique en matière de tournages cinématographiques, en accueille d’ailleurs très régulièrement sur ses terres, et donc, notamment, dans la Drôme. Si la région avait été déjà sublimement mise en valeur dans le magnifique « Le goût des merveilles » d’Éric Besnard, sorti en 2015 (voir mon article sur le film ICI), confirmation est faite que ce département est un formidable décor de cinéma, de par ses lumières et ses paysages lunaires, cadre rêvé pour les directeurs de la photographie.

Si, au début du film, les évènements s’enchainent très vite au point de se demander si cela ne va pas « plus vite que la musique », justement, le tempo se « rattrape » petit à petit, puisque le parti pris du long-métrage fut justement de mettre le focus sur les prémices de sa relation avec Philomène, sa seconde épouse (interprétée par Laetitia Casta), puis de ses relations familiales, notamment avec sa fille adorée, Alice, [Attention spoiler] puis son fils né de son précédent mariage, Cyril, revenu, adulte, retrouver son père à qui il a été littéralement « arraché », enfant. [Fin du spoiler].

philomène incoyable histoire du facteur cheval

Si le rythme est toujours lent, contemplatif, les silences et les non-dits, reflets d’un Ferdinand Cheval taciturne, et d’une pudeur de mise dans une époque rude et difficile, donnent au final le ton d’un film incroyablement poignant. [Attention spoilers] Si la première partie pose les fondations indispensables à la compréhension de la vie et des raisons qui ont poussé Ferdinand Cheval à entreprendre son projet fou, la deuxième partie est bien plus sombre, l’homme devant faire face à de nombreux drames ne l’ayant, hélas, pas épargné toute sa vie durant. [Fin des spoilers].

 Si beaucoup l’ont traité de fou, n’ayant pas compris pourquoi un facteur rêveur (surtout à l’époque, où la société était bien plus pragmatique qu’idéaliste, et où on ne s’autorisait pas à rêver dans une ère aussi abrupte et éprouvante) passe son temps libre à bâtir un palais aussi farfelu, c’est justement cela qui va le « relever » et le sauver après cette nouvelle épreuve qu’il aura à vivre. Et si l’homme est ébranlé, ce ne sera pas le cas de son palais et de sa volonté tenace d’aller jusqu’au bout de sa construction, coûte que coûte. Philomène, son épouse, si elle s’opposait à ce projet au départ, va le pousser lors de cette épreuve à continuer, pour leur fille Alice.

jacques gamblin est le facteur cheval

Passant 10 heures de ses journées à travailler comme facteur, puis le soir, la nuit, pendant son temps libre, à édifier son palais, on se demande où Ferdinand Cheval a pu trouver du temps à passer avec sa famille. Philomène, se sentant souvent seule et délaissée au départ, va finir par être fière de son époux, et à le pousser à ne pas être gêné ni honteux de sa réussite, lorsque le palais commence à faire venir les curieux en nombre afin de le visiter, mais aussi des gens du monde entier écrivant au facteur Cheval, impressionnés par une œuvre encore inconnue à l’époque.

la vraie famille cheval

La « véritable » famille Cheval: Ferdinand et Claire-Philomène, son épouse, entourant leur fille Alice.

Jacques Gamblin, dont l’interprétation d’un facteur Cheval est unanimement saluée par la critique et le public, se devait de faire passer toute l’intériorité du personnage par des regards et des « mimiques » faciales, l’homme ne s’exprimant presque seulement qu’à travers des monosyllabes au début, arrivant un peu plus à s’exprimer grâce à sa femme et à sa fille au fur et à mesure du temps. Laetitia Casta, elle, dont l’interprétation de Philomène s’avère être plus modestement appréciée par la critique pour sa part, n’est pourtant pas dépourvue de talent dans cet exercice : devoir supporter le mutisme de son époux, son absence des années durant, et devoir lui tenir tête si besoin. Je l’ai pour ma part trouvée très juste, très digne dans un rôle difficile. Louka Petit Taborelli, interprétant Cyril, son fils, ainsi que la jeune Zélie Rixhon incarnant Alice, sa fille, enfant, donnent du corps et de l’âme à l’ouvrage, même si Cyril aura attendu toute sa vie durant que son père lui témoigne son amour, n’ayant vécu ni une enfance ni une relation facile avec son père.

philomène laetitia casta incroyable histoire du facteur cheval

Les scènes finales, bouleversantes, concluent dignement et sereinement l’hommage à cet homme, peu épargné par la vie, qui aura trouvé dans son rêve une raison de continuer à vivre, et de « tenir le coup », jusqu’à la fin. On regrette qu’il ait été fait l’impasse de tout l’aspect traitant de la « renommée progressive » du palais aux quatre coins du monde (les moyens de communication étant bien entendu très réduits à l’époque), au détriment des nombreux drames qui ont ponctué sa vie ; si le film, néanmoins, je préfère vous prévenir, est très triste, il est nécessaire de passer par là afin de comprendre ce qu’a été le cheminement de sa vie et qui était le personnage. Un film qui ne vous laissera pas indemne, ni de marbre, quoi qu’il arrive.

Et vous, avez-vous le film ou avez envie de le voir ? Qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à donner votre avis sur le long-métrage en commentaire.

le facteur cheval et philomène