[Critique et analyse du film] Joy de David O. Russell (2015) : réussir, envers et contre tout/tous !

Affiche film Joy

« Joy » est un film que j’avais déjà vu il y a quelques temps et que j’avais beaucoup apprécié, et que je viens de redécouvrir suite à ma récente acquisition du film en Blu-Ray. Je vous fais l’analyse d’un film très intéressant, à contre-courant de ce qui se fait actuellement, racontant les déboires d’une femme qui est « le parent » de ses parents immatures, qui subvient aux besoins de toute sa famille, sans jamais se plaindre. Famille qui la rabaissera dès qu’elle le pourra, mais un jour Joy va prendre sa revanche avec sa nouvelle invention… Et dire que c’est inspiré d’une histoire vraie ! Fascinant.

Genre : comédie dramatique, biographie.

Sorti en 2016. Durée : 2h04.

Réalisation par David O. Russell.

Scénario par David O. Russell, d’après un sujet d’Annie Mumolo et David O. Russell.

Musique : West Dylan Thordson.

Société de production : Annapurna Pictures et Davis Entertainment.

Récompenses majeures : Golden Globes 2016 : Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie pour Jennifer Lawrence.

Jennifer Lawrence est Joy

Avec Jennifer Lawrence (Joy Mangano), Robert de Niro (Rudy Mangano, le père de Joy), Isabella Rossellini (Trudy, la nouvelle compagne et financier de Joy), Édgar Ramírez (Tony Miranne, l’ex-mari de Joy), Bradley Cooper (Neil, directeur de QVC), Virginia Madsen (Terry Mangano, la mère de Joy), Diane Ladd (Mimi, la grand-mère de Joy), Elisabeth Röhm (Peggy, la demi-sœur de Joy), Dascha Polanco (Jackie, l’amie d’enfance de Joy).

 

Synopsis : Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

Ma vision du film :

« Joy » casse les codes du cinéma traditionnel, différent et intéressant dans la forme et le fond : s’il m’a autant plu et si les deux heures passent assez vite malgré les épreuves endurées par Joy, (interprétée par Jennifer Lawrence), et si je me souvenais encore de mon bon souvenir de ce film (malgré l’oubli de quelques scènes un bon moment après), c’est qu’il était assez différent pour rester dans ma mémoire.

Le film Extrait du film Joyn’est ni une comédie romantique, ni une pure comédie, ni un pur drame non plus, encore moins un film de super héros. Bien que Joy, dans son genre de battante et de femme (et mère) courage, soit un super héros à sa manière… [Attention spoiler] Et bien que la fin soit heureuse pour elle, [Fin du spoiler] il s’agit d’une histoire vraie, dont le film s’est inspiré.

Dans ce long-métrage, Joy et donc Jennifer Lawrence, ne sont pas à leur avantage : pas de tenue sexy, pas de maquillage ou alors pour vieillir et intensifier les rides, les marques de la fatigue et des coups que la vie porte à Joy, divorcée, deux enfants, une famille qui la rabaisse dès qu’elle le peut (excepté sa grand-mère et dans une moindre mesure son ex-mari qui vit toujours chez elle), dont elle porte elle-même la responsabilité et l’entière charge morale et financière.

Extrait du film Joy avec Jennifer Lawrence

Femme intelligente imaginant des inventions depuis petite, un jour qu’elle se coupe avec du verre en essuyant du vin rouge avec une serpillère, elle a une idée de génie : un balai serpillère que l’on peut passer dans toute la maison en ne l’essorant qu’une seule fois, dont la tête est détachable et se lave en machine. Cela paraît si simple… Mais il fallait y penser. Les rares moments où Joy est à son avantage sont ceux où elle tente de vendre son invention au télé-achat [Attention spoiler] et à la fin, où elle devient une femme qui tient tête à celui qui l’a escroqué, et la toute fin, où elle est devenue une femme qui a réussi. [Fin du spoiler].

Extrait du film Joy mariage

Joy est une femme de caractère, une battante poussée par une des rares personnes bienveillantes autour d’elle : sa grand-mère. Joy ne tient pourtant pas tête à sa famille (sa mère et sa demi-sœur surtout) la rabaissant et l’humiliant régulièrement, ne répondant pas aux paroles blessantes de ces derniers. [Attention spoiler] Le passage vers la fin où Joy est forcée de déposer le bilan par son père et sa belle-mère (dernier coup de grâce avant la réussite) est glaçant tant son père la rabaisse et l’humilie à un point inimaginable. [Fin du spoiler]. Sans doute n’a-t-elle pas les mots, sans doute ne trouve-t-elle le courage de trouver la force de se révolter que pour protéger son invention, ou respecte-t-elle trop cette famille qui lui fait pourtant tant de mal ? Joy est le parent de ses enfants mais aussi de ses parents, irresponsables et immatures, surtout depuis leur divorce.

Tous les membres de familles dysfonctionnelles, d’enfants de parents toxiques se reconnaîtront… Heureusement que la vie a mis sur le chemin de Joy des personnes bienveillantes (notamment et surtout sa grand-mère donc), son ex-mari devenu son ami et son amie d’enfance. Et, dans une moindre mesure également, Neil (personnage de Bradley Cooper), contre qui Joy devra batailler mais qui lui donnera finalement sa chance. Car pour réussir, il faut du travail (surtout), du soutien d’un entourage bienveillant (beaucoup) et un peu de chance.

Il s’agit pour « Joy » de la troisième collaboration du duo Lawrence/Cooper (après « Happiness Therapy » et « Serena ») et du deuxième film du trio Lawrence/Cooper/De Niro (« Happiness Therapy » également). On ne change donc pas une équipe qui marche, et qui gagne ! Même si je n’avais pas apprécié « Happiness Therapy » que j’avais trouvé pour ma part trop déroutant, même si Jennifer Lawrence était très bonne dans son rôle qui lui a d’ailleurs valu un Oscar.

Je n’ai d’ailleurs vu Jennifer que dans ces deux films, puis dans « Passengers », film de science-fiction dont j’ai fait la critique sur le blog il y a peu. Mais cette actrice a du talent, et peu de longs-métrages visionnés avec elle suffisent à s’en rendre compte. Elle est d’ailleurs parfaite dans le rôle de Joy,  femme de caractère (qui, hasard de la vie (ou pas) sera le nom du parfum dont elle deviendra l’égérie pour Dior).

L’originalité de « Joy » réside dans le traitement de son scénario, renforcé par le fait que cela soit inspiré d’une histoire vraie. Un casting bien choisi, Jennifer Lawrence en tête. Un film profond, vitrine du « rêve américain » dans son pendant plutôt sombre : oui certains en ont bavé avant de réussir ! « Joy » oscille entre espoir et désespoir, les hauts et les bas, les moments de doute et de malheurs, ceux où l’on arrive à remonter et où l’on se bat pour reprendre enfin les rênes de sa propre vie.

Jennifer Lawrence dans Joy

[Critique et analyse] La nuit américaine de François Truffaut (1973) : un film dans le film

Affiche La nuit américaine

Voici mon premier film visionné de François Truffaut, « La nuit américaine », racontant les (petites) joies mais surtout les (grandes) galères d’un tournage de film dans les studios de la Victorine à Nice. Un véritable film dans le film qui s’adresse surtout aux vrais cinéphiles (mais pas que), désirant tout connaitre des rouages d’un tournage, des affres d’un réalisateur en proie aux problèmes techniques, tourments et caprices des acteurs, imprévus… Sur un tournage de film, tout est loin de se passer toujours comme prévu !

 

Sorti en 1973. Durée : 1h55.

Genre : comédie dramatique.

Réalisation par François Truffaut.

Scénario par François Truffaut, Jean-Louis Richard et Suzanne Schiffman.

Musique : Georges Delerue.

Sociétés de production : Les Films du Carrosse, Productions et éditions cinématographiques françaises, Produzioni internazionali cinematografiche (Rome).

Récompenses majeures : Oscar du meilleur film étranger en 1974 ; BAFTA du meilleur film en 1974, Prix Méliès en 1973.

Extrait du film La nuit américaine 1973

Avec François Truffaut (Ferrand, le réalisateur), Nathalie Baye (Joëlle), Jacqueline Bisset (Julie Baker), Jean-Pierre Léaud (Alphonse), Jean-Pierre Aumont (Alexandre), Valentina Cortese (Séverine), Dani (Liliane), Alexandra Stewart (Stacey), Jean Champion (Bertrand), Nike Arrighi (Odile), Bernard Ménez (Bernard, l’accessoiriste), Jean-François Stévenin (Jean-François, le premier assistant réalisateur), David Markham (le docteur Nelson).

Synopsis : Splendeurs et misères d’une équipe de tournage dans les studios de la Victorine à Nice, au moment de la conception d’un film.

Ma vision du film :

Pour mon premier film de et avec François Truffaut, j’ai choisi « La nuit américaine » tout simplement car en tant que cinéphile, le synopsis me plaisait : voir le tournage d’un faux film dans un vrai film, voir un réalisateur à l’œuvre, qui plus est dans les studios de la Victorine à Nice, qui à l’époque voyaient défiler les tournages pour le cinéma… Un film de passionnés pour les passionnés du septième art, mais pas que. N’ayant pour le moment visionné qu’un seul film de François Truffaut (mais m’attaquant prochainement aux « 400 coups »), je ne peux confirmer ou infirmer les avis de ceux que « La nuit américaine » ne serait pas du tout son meilleur film.

Scène du film La nuit américaine

Les acteurs aiment beaucoup jouer dans des cabines téléphoniques, derrière des rideaux de pluie, ils aiment qu’un obstacle s’interpose entre eux et la caméra. Ils s’abandonnent mieux car ils se sentent plus protégés. »

Dans ce film, nous pouvons remarquer les débuts au cinéma de la jeune Nathalie Baye, que je n’ai pas reconnu dans le rôle de Joëlle, l’assistante « pense à tout » de Truffaut. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle avait déjà une présence, peut-être le personnage le plus « solaire » et le plus remarquable du film, avec celui de Julie Baker, interprété par Jacqueline Bisset, qui fait passer beaucoup de choses par son seul regard. Peut-être certains d’entre vous auront reconnu Dani, dans le rôle de Liliane, la scripte stagiaire et « volage » (oui, oui, il s’agit bien de Dani la chanteuse, interprète entre autres de « Comme un boomerang » en duo avec Étienne Daho !).

La nuit américaine de François Truffaut extrait

J’ai déjà quitté un homme pour un film, mais jamais je ne quitterai un film pour un homme. » – Joëlle

Dans « La nuit américaine » donc, nous comprenons mieux qu’un réalisateur, s’il s’attend à pouvoir mener à bien le projet cinématographique qu’il a en tête depuis des mois voire des années, n’est pas forcément toujours le capitaine du navire : il doit composer avec les contingences techniques, les caprices et tourments personnels de ses acteurs, et faire en sorte que le tournage se déroule tant bien que mal. [Attention spoiler] Le tournage tourmente notre pauvre Truffaut jusque dans son sommeil, où ses rêves nous emmènent, à ce que j’ai compris de ces scènes, dans l’enfance de ce dernier où on le voit à plusieurs reprises, approcher d’un cinéma où sont exposées des photos du film « Citizen Kane » d’Orson Welles qu’il « vole » grâce à sa canne en les ramenant à travers les grilles fermées du cinéma. [Fin du spoiler] Peut-être une façon de se rappeler, du fond de sa mémoire, pourquoi il a choisi d’être cinéaste, malgré les difficultés du tournage. On imagine que ce film et ce cinéaste en particulier lui ont donc soufflé sa vocation lorsqu’il n’était encore qu’un bambin…

La nuit américaine extrait

Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse, il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps mort, les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est faits pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma. » – François Truffaut

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les péripéties vont s’enchainer, pas aussi lentement hélas que certaines scènes du film pourraient le laisser penser. En effet, on note par moments quelques longueurs et rythme parfois trop lent entre deux scènes, donnant au long-métrage un style trop « classique » mais il ne faut pas oublier que le film date de 1973. Jusqu’au retournement de situation final, auquel, par contre, on ne s’attendait pas et qui risque bien de compromettre la sortie du film, déjà si durement mis en boîte…

Le film comporte plusieurs citations assez mémorables, surtout pour les cinéphiles, il faut bien l’avouer, que j’ai distillées ici et là tout au long de cet article.

« La nuit américaine » parlera sans doute davantage aux cinéphiles, passionnés du septième art ou seulement curieux de connaitre les coulisses d’un tournage. J’attends de connaitre davantage de films de François Truffaut avant de me faire une idée de son univers, mais concernant ce long-métrage, mon avis est quelque peu mitigé, entre longueurs et certaines scènes et répliques croustillantes, déclamées par un casting quatre étoiles de l’époque.

La nuit américaine Julie et Alphonse

[Critique et analyse] Ad Astra de James Gray (2019)

Affiche Ad Astra

« Ad Astra » est le film évènement de la rentrée, beaucoup de spectateurs étant curieux de voir Brad Pitt en astronaute. Pour ma part, c’est le premier film que je visionne avec l’acteur à l’affiche ! Et si la justesse de son jeu, tout en intériorité, semble faire l’unanimité (que j’ai apprécié également par ailleurs), certaines scènes m’ont fait ressentir un sentiment mitigé concernant le long-métrage de James Gray.

Genre : Science-fiction, thriller. Durée : 2h04

Sorti en 2019.

Réalisation par James Gray.

Scénario par James Gray et Ethan Gross.

Musique : Max Richter et Lorne Balfe.

Société de production : 20th Century Fox, Regency Enterprises, Plan B Entertainment, Bona Film Group, RT Features, Keep Your Head Productions et MadRiver Pictures

Sociétés de distribution : Walt Disney Studios Distribution (États-Unis), 20th Century Fox France (France).

Avec Brad Pitt (Roy McBride), Tommy Lee Jones (Clifford McBride), Ruth Negga (Helen Lantos), Liv Tyler (Eve McBride, la compagne de Roy), Donald Sutherland (le colonel Pruitt), Jamie Kennedy (Peter Bello), Donnie Keshawarz (la capitaine Lawrence Tanner).

Ad Astra extrait poursuite sur la Lune

Synopsis L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

ATTENTION CERTAINES SCÈNES PEUVENT CHOQUER LES SPECTATEURS PLUS SENSIBLES

Ma vision du film :

Dès les premières scènes du film « Ad Astra », on plonge dans le spectaculaire, et nous n’en sortirons plus jusqu’à la fin du film. Brad Pitt incarne Roy McBride, un astronaute respecté mais resté surtout dans l’ombre de son « héros » de père, Clifford McBride. Ce dernier a dédié sa vie entière à son métier, et au projet Lima visant à établir une base sur Neptune et à rechercher toute forme de vie extraterrestre… Des surtensions venant a priori de Neptune mettant la vie des Terriens en danger, Roy va devoir partir à la recherche de son père et les découvertes qu’il va faire « en chemin » vont ébranler l’équilibre mental et psychologique de Roy…

Extrait première scène d'Ad Astra

Et le pari de James Gray pour son long-métrage fut d’équilibrer images spectaculaires, et plongée dans l’intériorité de Roy, que l’on « entend penser » très souvent (en voix-off) durant le film. Solitude, doutes sur le fait d’avoir été trop froid, distant avec ses proches, sa compagne (Liv Tyler) l’ayant quitté, souvenirs d’enfance avec ses parents… N’ayant jamais vu auparavant de film avec Brad Pitt, je n’ai donc aucun élément de comparaison concernant certains autres de ses rôles, mais sa prestation est digne de la complexité d’un tel long-métrage où froideur et distance sont souvent de mise (« Gravity », « First Man » plus récemment…), et en ce sens « Ad Astra » ne déroge pas à la règle. À mon sens, et parmi les films que j’ai déjà vus se déroulant dans l’espace, seul « Seul sur Mars » avait réussi à injecter un peu de chaleur humaine et d’humour par le biais de son interprète principal, Matt Damon. Et « Ad Astra » s’il relève du genre science-fiction, est aussi un thriller psychologique intense.

Roy McBride Ad Astra

Et au regard des obstacles éprouvés par Roy tout au long de l’aventure, on se dit que certaines autres conquêtes spatiales cinématographiques pourraient passer, à côté d’ « Ad Astra », pour un épisode de « L’ile aux enfants ». Certaines scènes sont très dures [Attention spoiler] la scène où l’équipage va secourir un vaisseau qui a lancé un mayday, avec les singes affolés et devenant fous notamment) [Fin du spoiler] et pour ma part, pourtant habituée des films de science-fiction, j’ai été parfois choquée de ce que j’ai pu voir. Le film n’ayant pas vocation à être un « film d’horreur », il aurait été opportun de suggérer plutôt que de montrer durant de longues secondes. Mais sans doute d’autres ne seront-ils pas de mon avis, et c’est en cela que l’interprétation que l’on fait d’un long-métrage peut être subjective d’un individu à l’autre.

Chose intéressante également dans le film de James Gray, c’est le portrait qu’il brosse des humains ayant « colonisé » une partie de la Lune pour en faire une copie d’une société de consommation identique à la Terre : [Attention spoilers] merchandising et goodies souvenirs  sont à rapporter sur Terre, où désormais les vols commerciaux vers la Lune sont devenus fréquents. Pirates dans les zones non colonisées de la Lune sont sans foi ni loi. [Fin des spoilers] L’être humain n’apprendra donc t-il jamais de ses erreurs passées ? De telles scènes font froid dans le dos et font se demander si de telles choses pourraient devenir réelles à l’avenir… D’autres films de science-fiction, même d’animation, notamment « Wall-E » d’Andrew Stanton (studios Pixar), ont déjà traité de ce sujet, de manière intelligente et poétique.

Reflet lune dans le casque de Roy McBride AdAstra

Autre question intéressante soulevée par « Ad Astra », est donc la sempiternelle croyance aux autres formes de vie extraterrestre, quête d’une vie pour le père de Roy considéré comme un héros national, Clifford McBride. Au terme de ses presque 20 ans de « vie » dans son vaisseau près de Neptune, cette recherche est devenue viscérale, le menant tout droit à l’asociabilité, voire à la folie. [Attention spoiler] Lorsque, vers la fin du film, Roy retrouve son père, celui-ci n’a aucun état d’âme à lui dire que ni son fils ni son épousé ne lui ont manqué. [Fin du spoiler] On voit une larme couler sous le casque de Roy, et la scène qui va suivre va ébranler ses certitudes quant à l’avenir.

Mais cette « rencontre » avec son père va permettre à Roy d’avancer et d’enfin lui permettre de se rendre compte des choses essentielles de la vie : l’importance d’avoir une vie sociale, l’amour, profiter des choses simples, de ses proches… choses qu’il s’était « interdit » (inconsciemment ou non) jusqu’à présent. Conscient des erreurs commises par son père et déterminé à ne pas les reproduire, il va reprendre le chemin qui est bon pour lui. Au fond, le spectaculaire et la mission que Roy doit mener à bien pour sauver la Terre n’est encore une fois qu’un « prétexte » à une morale bien sentie.

Ad Astra Brad Pitt est Roy McBride

C’est la grande force du film de James Gray : suivre Roy tout du long dans son cheminement intérieur, jusqu’à la fin où cette « morale », les mots prononcés par Roy résonnent en nous et trouvent un écho. En ferons-nous quelque chose, de cette morale ? C’est à chacun d’en décider… Car au risque de me répéter, le cinéma c’est aussi et surtout ça : s’émerveiller tout en faisant prendre conscience.

« Ad Astra » deviendra certainement un classique du genre, et ce sera certainement mérité. Le jeu tout en intériorité et en justesse de Brad Pitt, les images spectaculaires de l’espace, de la Lune, de Neptune, les scènes intenses évitant tout temps mort, ne laissent déjà, quelques jours après sa sortie, les spectateurs et critiques indifférents. J’ai apprécié « Ad Astra » pour toutes ses qualités mentionnées plus haut, mais il m’a laissé un sentiment mitigé de par certaines scènes que j’ai trouvées assez dures.

Extrait Ad Astra Brad Pitt