[Critique et analyse du film] « Tous en scène » de Garth Jennings (Illumination Entertainment, 2016)

Affiche Tous en scène« Tous en scène », film d’animation concentré de bonne humeur et de délire, qui rappelle à certain(e)s la même folie douce, le même humour et l’anthropomorphisme exacerbé que « Zootopie » de Disney (sorti la même année), fut une véritable bouffée d’air frais lorsque je l’ai visionné, il y a de cela quelques semaines. Si certains pensent que certains films d’animation se suivent et se ressemblent, pour ma part le bonheur d’en voir est toujours présent et me ramène à la fraicheur et à l’insouciance de l’enfance, tout en voyant des personnages faire face aux mêmes problématiques que des êtres humains adultes.

Sorti en 2016.

Genre : Film d’animation. Durée : 1h48.

Réalisation et scénario par Garth Jennings.

Direction animation : Pierre Leduc et Patrick Delage.

Musique : Joby Talbot.

Société de production : Illumination Entertainment.

Distribution : Universal Pictures.

Extrait film Tous en scène

Avec les voix françaises de Patrick Bruel (Buster Moon), Gary Francq (Mademoiselle Crawley), Jenifer (Rosita), Vincent Ropion (Mike), Mark Lesser (Essie), Élodie Martelet (Ash), Sacha Perez (Johnny), Laurent Gerra (Günther), Chloé Renaud (Meena), Frédéric Souterelle (le père de Johnny), Marie-Madeleine Burguet-Le Doze (la mère de Meena), Benoît Allemane (le grand-père de Meena), Colette Marie (la grand-mère de Meena).

Synopsis : Buster Moon est un élégant koala qui dirige un grand théâtre, jadis illustre, mais aujourd’hui tombé en désuétude. Buster est un éternel optimiste, un peu bougon, qui aime son précieux théâtre au-delà de tout et serait prêt à tout pour le sauver. C’est alors qu’il trouve une chance en or pour redorer son blason tout en évitant la destruction de ses rêves et de toutes ses ambitions: une compétition mondiale de chant. Cinq candidats sont retenus pour ce défi: Une souris aussi séduisante que malhonnête, un jeune éléphant timide dévoré par le trac, une truie mère de famille débordée par ses 25 marcassins, un jeune gorille délinquant qui ne cherche qu’à échapper à sa famille, et une porc épic punk qui peine à se débarrasser de son petit ami à l’égo surdimensionné pour faire une carrière solo. Tout ce petit monde va venir chercher sur la scène de Buster l’opportunité qui pourra changer leur vie à jamais.

Mike la souris Tous en scène

Ma vision du film :

Je suis de retour cette semaine avec un film d’animation musical positif, plein de bonne humeur et aux personnages attachants : « Tous en scène ». L’anthropomorphisme tourne ici à pleins tubes : tous ont une vie, un travail, une famille, des problèmes, tout comme nous… Mais la différence est que, transposé sur des animaux de fiction, tout devient plus comique et savoureux dans des situations qui ne dérideraient pas les spectateurs s’ils touchaient des humains dans un film en PVR.

L’histoire de Buster Moon, très attachant koala gérant d’un théâtre étant toute sa vie, traverse une période difficile : son théâtre est en difficultés financières, peinant à se renouveler. Il trouve alors une idée qui pourrait le sortir de ses problèmes : un concours de chant, avec un prix à la clé pour le gagnant. [Attention spoiler] Sa dévouée mais néanmoins dépassée (et âgée) assistante au flegme bien anglais, Mademoiselle Crawley, a laissé son doigt appuyé sur la touche du 0 sur son clavier, faisant passer le lot de 1000 à 100 000 $ (que Moon est bien loin de posséder !) sur les tracts de promotion du concours. De là les aventures cocasses ne vont pas tarder à venir assombrir l’avenir du théâtre de Moon… [Fin du spoiler].

Tous en scène Johnny

Car l’amour de Moon pour le théâtre ne date pas d’hier. Son père l’ayant emmené à une représentation théâtrale lorsqu’il était enfant, il en est aussitôt tombé amoureux. Son rêve, alors, fut d’avoir son théâtre : son père (aujourd’hui décédé) a dès lors travaillé dur afin de réaliser le rêve de son fiston, lavant des voitures dans un car wash. Travailler dur pour obtenir ce que l’on veut et réaliser ses rêves : cela ne va pas de soi, même pour des animaux !

Les candidats au concours de chant affluant au théâtre de Moon viennent tous avec leurs espoirs, leurs rêves mais aussi leur passif, leur quotidien pas toujours fringuant : Meena a peur de  chanter sur scène et son trac irrépressible l’empêche de vivre sa passion ;  Johnny se sent « bloqué » par son père et son gang de « voyous » ; Rosita est maman de 25 cochonnets, un mari qui ne l’écoute et ne la regarde plus, elle est ce qu’on peut appeler une « desperate housewife »; Ash porc-épic rockeuse au fort caractère, se fait tromper par son petit ami… Et personnage haut en couleur malgré sa petite taille, Mike, souris jazzman de talent qui n’a pas la langue dans sa poche, rêve de toucher le pactole afin d’offrir la grande vie à sa prétendante ! Tous veulent donc participer pour différentes raisons : fuir un quotidien morne de mère au foyer, se révéler et se surprendre soi-même, gagner l’argent du prix… (présentation des personnages du film ICI).

Tous en scène Ash sur scène

Tout ce petit monde va devoir apprendre à dépasser ses peurs, s’entendre et former un groupe, jusqu’au jour où ils découvriront la vérité. Loin de se laisser gagner par leur rancœur vis-à-vis de Moon, ils feront tout pour l’aider.

Tout comme beaucoup de films d’animation avant lui, en plus d’être un concentré de bonne humeur qui donne le sourire, il met en avant des valeurs positives : persévérance, passion, confiance et estime de soi, amitié, entraide, courage…

Mais « Tous en scène » est aussi un film musical à la B.O. survitaminée, jalonnée de tubes connus ou originaux créés tout spécialement pour le film, notamment la chanson interprétée par Ash.

Une suite est prévue pour 2021. En effet, la fin reste ouverte et l’on peut se demander ce que va devenir cette joyeuse troupe et le théâtre de Moon. En espérant que les prochaines aventures de notre petite troupe soient aussi réussies que celles du premier opus, et que l’on ne tire pas trop sur la corde des suites comme ce fut le cas d’autres studios d’animation.

« Tous en scène » est un film d’animation réussi, aux personnages attachants (j’ai beaucoup apprécié Moon, Johnny et Mike pour ma part), à la bonne humeur contagieuse (de par sa musique entrainante notamment), communiquant des valeurs positives, à faire partager aux plus jeunes dans une époque de pessimisme ambiant. Une réussite !

Tous en scène une partie du groupe

[Critique et analyse] Le géant de fer de Brad Bird fête ses 20 ans !

Affiche Le géant de fer

Avant d’être un des réalisateurs phares des studios Pixar, Brad Bird a réalisé un dessin animé, un peu passé inaperçu à sa sortie, redécouvert avec le temps et devenu depuis un classique de la pop culture. Sorti en 1999 sous les couleurs de la Warner Bros, « Le géant de fer », ce robot immense au grand cœur, fête cette année ses 20 ans. Retour sur une histoire d’amitié enfant/robot universelle et intemporelle.

Genre : Animation, science-fiction, aventure.

Sorti en 1999. Durée : 1h25.

Réalisation par Brad Bird.

Scénario par Brad Bird (histoire), Tim McCanlies, Karey Kirkpatrick (scénario), d’après L’Homme de fer de Ted Hughes.

Musique : Michael Kamen.

Société de production : Warner Bros. Feature Animation.

Distribution : Warner Bros. Pictures.

Film Le géant de fer extrait

Avec les voix originales de Vin Diesel (Le géant de fer), Jennifer Aniston (Annie Hughes), Eli Marienthal (Hogarth Hugues), Harry Connick Jr. (Dean McCoppin), James Gammon (Foreman Marv Loach, Floyd Turbeaux), John Mahoney (le Général Rogard).

Synopsis : Quelque chose de gigantesque se profile à l’horizon. Hogarth Hugues vient tout juste de sauver un énorme robot tombé du ciel. Le jeune Hogarth a désormais un très grand ami et un problème encore plus grand : comment garder secrète l’existence d’un géant de 15m, mangeur d’acier (avec un penchant pour les voitures de la décharge qui sont délicieuses) ? Cette mission se complique encore plus lorsqu’un agent du gouvernement un peu trop curieux arrive en ville pour chasser « l’envahisseur alien » et que les forces terrestres, maritimes et aériennes des militaires américains sont envoyées pour démolir le géant. Résultat : une incroyable aventure faite de métal, de magie, mais surtout pleine de cœur.

Ma vision du film :

Les histoires de robots au cinéma (« Wall-E » chez Pixar, « Les nouveaux héros » chez Disney, « L’homme bicentenaire » avec Robin Williams) ou dans la littérature (« Robot Sauvage ») ont toujours fasciné, petits et grands.

Hogarth dans Le géant de fer

Il y a 20 ans, Brad Bird n’était pas encore le réalisateur vedette de « Ratatouille » ou des « Indestructibles ». Mais le talent était déjà bien présent, bien avant l’arrivée chez Pixar. Et même si  le graphisme semble daté, certains dialogues moins recherchés et travaillés que certains films d’animation d’aujourd’hui dits plus adultes (en même temps, on ne va pas faire réciter du Molière ou du Shakespeare à un robot), le propos semble toujours aussi actuel, l’histoire d’amitié entre un enfant et un robot géant venu d’ailleurs et l’émotion restent toujours intactes.

Avec le temps et la renommée de son réalisateur, le film est aujourd’hui devenu un classique de la pop culture, au point de figurer dans « Ready Player One » de Steven Spielberg, sorti en 2017. Seulement, la présence du robot était quelque peu surprenante au milieu des autres figures « geek » de la décennie 1980, le film étant sorti en 1999…

Le géant de fer de Brad Bird extrait

Sur fond de guerre froide et de paranoïa de l’armée américaine envers l’URSS, tout être venu d’ailleurs semble suspect. Vouloir éliminer ce qu’on ne connaît pas car il représente une menace pour la population, était digne d’une bêtise humaine que l’on retrouve encore dans certains films de science-fiction aujourd’hui (« Premier Contact » de Denis Villeneuve, « Super 8 » de J.J. Abrams, et même dans « E.T l’extraterrestre » de Steven Spielberg…). Dans les films mettant en scène des extraterrestres ou tout autre être venu d’ailleurs, l’armée est présente et veut éliminer cette potentielle menace, ou faire des expériences scientifiques sur un « phénomène de foire » que l’on voudrait mieux connaitre.

Les personnages du « Géant de fer » sont bien caractérisés : on retrouve Hogarth, l’enfant qui n’a peur de rien ; sa maman, mère célibataire obligée de travailler dur pour subvenir aux besoins de sa progéniture ; l’agent paranoïaque surveillant les moindres faits et gestes d’Hogarth ; une armée crédule et ridicule prêts à tous pour éliminer le robot ; Dean, le voisin « artiste à la cool » qui va révéler être un précieux allié, peut-être au final le plus tolérant de tous. Et au milieu de tout ça, un robot géant venu d’ailleurs victime collatérale de la folie des hommes.

Extrait du film Le géant de fer de Brad Bird

Les scènes de complicité entre le robot et l’enfant sont les plus réussies, notamment celle où Hogarth montre des histoires au robot. Ce dernier mémorisera plus particulièrement celle de Superman, « le héros qui fait le bien et sauve les gens ». [Attention gros spoilers] Lors d’une des scènes finales le robot s’en souviendra et finira par se sacrifier pour le bien de la population, en rejoignant le missile qui menace cette dernière à cause d’une erreur de tir de l’armée. Les larmes coulent toujours lors de ce moment où l’on croit les deux amis séparés à jamais, mais on comprendra plus tard que le lien ne sera jamais vraiment rompu et cela redonne le sourire et du baume au cœur. La fin est parfaite ! [Fin des spoilers].

Émotion, universalité et intemporalité de l’histoire, personnages attachants… Brad Bird a fait ses armes avec « Le géant de fer », devenu un dessin animé culte laissant présager une belle carrière de réalisateur, aujourd’hui indéniable.

Le géant de fer et Hogarth

[Critique et analyse] Toy Story 4 de Josh Cooley – Studios Pixar

Affiche Toy Story 4

Vu en avant-première le week-end dernier, je suis allée à la séance de « Toy Story 4 » en me demandant, neuf ans après le troisième volet de la saga phare de Pixar, comment les studios californiens allaient bien pouvoir nous étonner à nouveau, alors que « Toy Story 3 » devait sonner la fin définitive de ce qui devait rester une trilogie. Andy parti à l’université et ayant donné ses précieux jouets à sa sœur, Bonnie… Cela semblait une fin parfaite. Mais avait-on trouvé des réponses concernant l’avenir et le cheminement intérieur de Woody, le héros principal ? Voici entre autres l’objet du très attendu (au tournant) « Toy Story 4 ».

Genre : Film d’animation. Sorti en 2019.

Durée : 1h40.

Réalisation par Josh Cooley.

Scénario par Stephany Folsom.

Musique et chansons : Randy Newman (Version française interprétée par Charlélie Couture).

Société de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures.

Distribution : Walt Disney Studios Distribution.

Avec les voix françaises de Jean-Philippe Puymartin (Woody), Richard Darbois (Buzz l’éclair), Audrey Fleurot (Bo, la bergère), Pierre Niney (Forky, la fourchette), Juliette Davis (Bonnie), Angèle (Gaby Gaby), Barbara Tissier (Jessie), Henri Guybet (Rex), Jean-Loup Horwitz (Zig-Zag), Jean-Pierre Denys (Monsieur Patate), Michèle Bardollet (Madame Patate), Mathias Timsit (Bouton d’Or).

Toy Story 4 Woody et la Bergère

 

Synopsis : Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. C’est le début d’une grande aventure et d’un extraordinaire voyage pour Woody et ses amis. Le cowboy va découvrir à quel point le monde peut être vaste pour un jouet…

Ma vision du film :         

« Toy Story 3 » s’achevait en 2010, sur cette scène où Andy, que l’on a vu grandir auprès des ses jouets, partait à l’université en laissant ses jouets à la petite Bonnie, comme un passage de relais, une transmission, après une page qui se tourne… On ne devait donc pas retrouver Woody, Jessie, Pile-Poil et tous les autres fidèles joujoux auxquels on avait fini par terriblement s’attacher au fil des trois opus de la saga. D’autant que « Toy Story » fut le tout premier film des studios Pixar (sorti en 1995, premier film d’animation totalement en images de synthèse de l’histoire !).

Toy Story 4 Bonnie et la fourchette

Et visuellement, quelle claque ! Encore un palier de franchi entre le dernier volet sorti en 2010, et celui-ci. Pixar ne cesse de repousser les limites que l’on pensait déjà atteintes depuis longtemps, d’une quasi-réalité dans les textures, les matières des jouets… La brillance de la « peau » en céramique de Bo la bergère, semblant plus vraie que nature, la porcelaine des moutons Bi, Bop et Loula, et le bruit de leurs pas sur le sol, la poupée Gaby-Gaby… Pixar ne se repose donc pas sur ses lauriers, comme certains pourraient le penser (et le dire), depuis quelques temps.

Toy Story 4 Woody

Mais niveau scénaristique, « Toy Story 4 » vaut-il le coup d’exister ? N’est-il pas « la suite de trop » ? Si une page s’était tournée donc pour Andy, parti à l’université, qu’en était-il de tous ses jouets et plus particulièrement de Woody ? C’est ce sur quoi ont voulu se concentrer les « faiseurs de belles histoires » de chez Pixar. On ne s’ennuie pas une seconde, le rythme est tenu, les courses-poursuites, les contre-la-montre afin de sauver les camarades aussi… Même si, au début du film, l’obstination du tout nouveau jouet de Bonnie crée de ses propres mains, Forky (une fourchette en plastique customisée) de vouloir à tout prix « reprendre » sa  liberté (?) de déchet et de ne pas comprendre son nouvel état de jouet, devient vite un peu lassante. Mais il faut bien l’avouer, nous sommes bien heureux de retrouver nos jouets favoris et de découvrir de nouveaux personnages.

Mais Bonnie, mettant de plus en plus à l’écart notre bon vieux shérif Woody, n’est, il faut le dire, sans jugement aucun, qu’un prétexte afin de réunir tout ce petit monde, réunir Woody et la bergère (dont l’histoire n’avait jamais d’ailleurs vraiment commencé), et découvrir toute la pléiade de nouveaux personnages, très réussis, d’ailleurs (à part peut-être le québécois Duke Caboom un peu agaçant à la longue, mais il ne s’agit que de mon ressenti…).

Toy Story 4 nouveau personnage poupée Gaby Gaby

Sans vouloir trop en dévoiler sur la fin du film, l’émotion immense qui nous envahit lors de la scène finale est un sacré tour de force de la part des studios à la lampe… Et on se rend compte que l’on est très attaché à chacun des jouets que l’on a retrouvés au fil de ces quatre aventures, depuis 1995. Décidément très forts pour rendre attachants des jouets donc, des robots, un rat, des poissons… Pixar garde le cap, malgré les virages amorcés ces dernières années, les difficultés (le départ de John Lasseter), et les critiques mettant en doute leur capacité à se renouveler, et à proposer des créations originales, après toutes ces suites…

Si « Toy Story » est sans nul doute, une des sagas phares de l’animation (avec « Shrek » et « Dragons » des studios Dreamworks), le temps fera son œuvre pour dire si ce dernier (définitivement cette fois ?) opus sera mon préféré, ayant beaucoup apprécié les 2 et 3. Mais « Toy Story 4 » est pour ma part loin d’être le film de trop, et je prédis d’ailleurs un des plus gros si ce n’est le plus gros succès au box-office de l’année, les grandes vacances approchant (si Marvel laisse de la place…). Décidément l’incontournable studio Pixar est loin de nous avoir livré son dernier pixel…

Toy Story 4 photo de groupe