[Critique et analyse] Le géant de fer de Brad Bird fête ses 20 ans !

Affiche Le géant de fer

Avant d’être un des réalisateurs phares des studios Pixar, Brad Bird a réalisé un dessin animé, un peu passé inaperçu à sa sortie, redécouvert avec le temps et devenu depuis un classique de la pop culture. Sorti en 1999 sous les couleurs de la Warner Bros, « Le géant de fer », ce robot immense au grand cœur, fête cette année ses 20 ans. Retour sur une histoire d’amitié enfant/robot universelle et intemporelle.

Genre : Animation, science-fiction, aventure.

Sorti en 1999. Durée : 1h25.

Réalisation par Brad Bird.

Scénario par Brad Bird (histoire), Tim McCanlies, Karey Kirkpatrick (scénario), d’après L’Homme de fer de Ted Hughes.

Musique : Michael Kamen.

Société de production : Warner Bros. Feature Animation.

Distribution : Warner Bros. Pictures.

Film Le géant de fer extrait

Avec les voix originales de Vin Diesel (Le géant de fer), Jennifer Aniston (Annie Hughes), Eli Marienthal (Hogarth Hugues), Harry Connick Jr. (Dean McCoppin), James Gammon (Foreman Marv Loach, Floyd Turbeaux), John Mahoney (le Général Rogard).

Synopsis : Quelque chose de gigantesque se profile à l’horizon. Hogarth Hugues vient tout juste de sauver un énorme robot tombé du ciel. Le jeune Hogarth a désormais un très grand ami et un problème encore plus grand : comment garder secrète l’existence d’un géant de 15m, mangeur d’acier (avec un penchant pour les voitures de la décharge qui sont délicieuses) ? Cette mission se complique encore plus lorsqu’un agent du gouvernement un peu trop curieux arrive en ville pour chasser « l’envahisseur alien » et que les forces terrestres, maritimes et aériennes des militaires américains sont envoyées pour démolir le géant. Résultat : une incroyable aventure faite de métal, de magie, mais surtout pleine de cœur.

Ma vision du film :

Les histoires de robots au cinéma (« Wall-E » chez Pixar, « Les nouveaux héros » chez Disney, « L’homme bicentenaire » avec Robin Williams) ou dans la littérature (« Robot Sauvage ») ont toujours fasciné, petits et grands.

Hogarth dans Le géant de fer

Il y a 20 ans, Brad Bird n’était pas encore le réalisateur vedette de « Ratatouille » ou des « Indestructibles ». Mais le talent était déjà bien présent, bien avant l’arrivée chez Pixar. Et même si  le graphisme semble daté, certains dialogues moins recherchés et travaillés que certains films d’animation d’aujourd’hui dits plus adultes (en même temps, on ne va pas faire réciter du Molière ou du Shakespeare à un robot), le propos semble toujours aussi actuel, l’histoire d’amitié entre un enfant et un robot géant venu d’ailleurs et l’émotion restent toujours intactes.

Avec le temps et la renommée de son réalisateur, le film est aujourd’hui devenu un classique de la pop culture, au point de figurer dans « Ready Player One » de Steven Spielberg, sorti en 2017. Seulement, la présence du robot était quelque peu surprenante au milieu des autres figures « geek » de la décennie 1980, le film étant sorti en 1999…

Le géant de fer de Brad Bird extrait

Sur fond de guerre froide et de paranoïa de l’armée américaine envers l’URSS, tout être venu d’ailleurs semble suspect. Vouloir éliminer ce qu’on ne connaît pas car il représente une menace pour la population, était digne d’une bêtise humaine que l’on retrouve encore dans certains films de science-fiction aujourd’hui (« Premier Contact » de Denis Villeneuve, « Super 8 » de J.J. Abrams, et même dans « E.T l’extraterrestre » de Steven Spielberg…). Dans les films mettant en scène des extraterrestres ou tout autre être venu d’ailleurs, l’armée est présente et veut éliminer cette potentielle menace, ou faire des expériences scientifiques sur un « phénomène de foire » que l’on voudrait mieux connaitre.

Les personnages du « Géant de fer » sont bien caractérisés : on retrouve Hogarth, l’enfant qui n’a peur de rien ; sa maman, mère célibataire obligée de travailler dur pour subvenir aux besoins de sa progéniture ; l’agent paranoïaque surveillant les moindres faits et gestes d’Hogarth ; une armée crédule et ridicule prêts à tous pour éliminer le robot ; Dean, le voisin « artiste à la cool » qui va révéler être un précieux allié, peut-être au final le plus tolérant de tous. Et au milieu de tout ça, un robot géant venu d’ailleurs victime collatérale de la folie des hommes.

Extrait du film Le géant de fer de Brad Bird

Les scènes de complicité entre le robot et l’enfant sont les plus réussies, notamment celle où Hogarth montre des histoires au robot. Ce dernier mémorisera plus particulièrement celle de Superman, « le héros qui fait le bien et sauve les gens ». [Attention gros spoilers] Lors d’une des scènes finales le robot s’en souviendra et finira par se sacrifier pour le bien de la population, en rejoignant le missile qui menace cette dernière à cause d’une erreur de tir de l’armée. Les larmes coulent toujours lors de ce moment où l’on croit les deux amis séparés à jamais, mais on comprendra plus tard que le lien ne sera jamais vraiment rompu et cela redonne le sourire et du baume au cœur. La fin est parfaite ! [Fin des spoilers].

Émotion, universalité et intemporalité de l’histoire, personnages attachants… Brad Bird a fait ses armes avec « Le géant de fer », devenu un dessin animé culte laissant présager une belle carrière de réalisateur, aujourd’hui indéniable.

Le géant de fer et Hogarth

[Critique et analyse] Toy Story 4 de Josh Cooley – Studios Pixar

Affiche Toy Story 4

Vu en avant-première le week-end dernier, je suis allée à la séance de « Toy Story 4 » en me demandant, neuf ans après le troisième volet de la saga phare de Pixar, comment les studios californiens allaient bien pouvoir nous étonner à nouveau, alors que « Toy Story 3 » devait sonner la fin définitive de ce qui devait rester une trilogie. Andy parti à l’université et ayant donné ses précieux jouets à sa sœur, Bonnie… Cela semblait une fin parfaite. Mais avait-on trouvé des réponses concernant l’avenir et le cheminement intérieur de Woody, le héros principal ? Voici entre autres l’objet du très attendu (au tournant) « Toy Story 4 ».

Genre : Film d’animation. Sorti en 2019.

Durée : 1h40.

Réalisation par Josh Cooley.

Scénario par Stephany Folsom.

Musique et chansons : Randy Newman (Version française interprétée par Charlélie Couture).

Société de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures.

Distribution : Walt Disney Studios Distribution.

Avec les voix françaises de Jean-Philippe Puymartin (Woody), Richard Darbois (Buzz l’éclair), Audrey Fleurot (Bo, la bergère), Pierre Niney (Forky, la fourchette), Juliette Davis (Bonnie), Angèle (Gaby Gaby), Barbara Tissier (Jessie), Henri Guybet (Rex), Jean-Loup Horwitz (Zig-Zag), Jean-Pierre Denys (Monsieur Patate), Michèle Bardollet (Madame Patate), Mathias Timsit (Bouton d’Or).

Toy Story 4 Woody et la Bergère

 

Synopsis : Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. C’est le début d’une grande aventure et d’un extraordinaire voyage pour Woody et ses amis. Le cowboy va découvrir à quel point le monde peut être vaste pour un jouet…

Ma vision du film :         

« Toy Story 3 » s’achevait en 2010, sur cette scène où Andy, que l’on a vu grandir auprès des ses jouets, partait à l’université en laissant ses jouets à la petite Bonnie, comme un passage de relais, une transmission, après une page qui se tourne… On ne devait donc pas retrouver Woody, Jessie, Pile-Poil et tous les autres fidèles joujoux auxquels on avait fini par terriblement s’attacher au fil des trois opus de la saga. D’autant que « Toy Story » fut le tout premier film des studios Pixar (sorti en 1995, premier film d’animation totalement en images de synthèse de l’histoire !).

Toy Story 4 Bonnie et la fourchette

Et visuellement, quelle claque ! Encore un palier de franchi entre le dernier volet sorti en 2010, et celui-ci. Pixar ne cesse de repousser les limites que l’on pensait déjà atteintes depuis longtemps, d’une quasi-réalité dans les textures, les matières des jouets… La brillance de la « peau » en céramique de Bo la bergère, semblant plus vraie que nature, la porcelaine des moutons Bi, Bop et Loula, et le bruit de leurs pas sur le sol, la poupée Gaby-Gaby… Pixar ne se repose donc pas sur ses lauriers, comme certains pourraient le penser (et le dire), depuis quelques temps.

Toy Story 4 Woody

Mais niveau scénaristique, « Toy Story 4 » vaut-il le coup d’exister ? N’est-il pas « la suite de trop » ? Si une page s’était tournée donc pour Andy, parti à l’université, qu’en était-il de tous ses jouets et plus particulièrement de Woody ? C’est ce sur quoi ont voulu se concentrer les « faiseurs de belles histoires » de chez Pixar. On ne s’ennuie pas une seconde, le rythme est tenu, les courses-poursuites, les contre-la-montre afin de sauver les camarades aussi… Même si, au début du film, l’obstination du tout nouveau jouet de Bonnie crée de ses propres mains, Forky (une fourchette en plastique customisée) de vouloir à tout prix « reprendre » sa  liberté (?) de déchet et de ne pas comprendre son nouvel état de jouet, devient vite un peu lassante. Mais il faut bien l’avouer, nous sommes bien heureux de retrouver nos jouets favoris et de découvrir de nouveaux personnages.

Mais Bonnie, mettant de plus en plus à l’écart notre bon vieux shérif Woody, n’est, il faut le dire, sans jugement aucun, qu’un prétexte afin de réunir tout ce petit monde, réunir Woody et la bergère (dont l’histoire n’avait jamais d’ailleurs vraiment commencé), et découvrir toute la pléiade de nouveaux personnages, très réussis, d’ailleurs (à part peut-être le québécois Duke Caboom un peu agaçant à la longue, mais il ne s’agit que de mon ressenti…).

Toy Story 4 nouveau personnage poupée Gaby Gaby

Sans vouloir trop en dévoiler sur la fin du film, l’émotion immense qui nous envahit lors de la scène finale est un sacré tour de force de la part des studios à la lampe… Et on se rend compte que l’on est très attaché à chacun des jouets que l’on a retrouvés au fil de ces quatre aventures, depuis 1995. Décidément très forts pour rendre attachants des jouets donc, des robots, un rat, des poissons… Pixar garde le cap, malgré les virages amorcés ces dernières années, les difficultés (le départ de John Lasseter), et les critiques mettant en doute leur capacité à se renouveler, et à proposer des créations originales, après toutes ces suites…

Si « Toy Story » est sans nul doute, une des sagas phares de l’animation (avec « Shrek » et « Dragons » des studios Dreamworks), le temps fera son œuvre pour dire si ce dernier (définitivement cette fois ?) opus sera mon préféré, ayant beaucoup apprécié les 2 et 3. Mais « Toy Story 4 » est pour ma part loin d’être le film de trop, et je prédis d’ailleurs un des plus gros si ce n’est le plus gros succès au box-office de l’année, les grandes vacances approchant (si Marvel laisse de la place…). Décidément l’incontournable studio Pixar est loin de nous avoir livré son dernier pixel…

Toy Story 4 photo de groupe

[Critique et analyse] Une vie de chat (de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, studios Folimage)

Affiche Une vie de chatCinq ans avant le très réussi « Phantom Boy », les studios Folimage avaient déjà réalisé « Une vie de chat », toujours un dessin animé sous fond d’intrigue policière. L’action se déroule à Paris, décor particulier où on y suit un chat se partageant entre deux familles, la nuit, et finira sans le vouloir, à rapprocher deux êtres aux antipodes l’un de l’autre. Musique jazzy, voix et dialogues de qualité, style d’animation bien reconnaissable : les studios Folimage, situés près de Valence dans la Drôme, sont garants d’une animation française de qualité.

Sorti en 2010. Durée : 1h10.

Genre : dessin animé, polar.

Réalisation par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli.

Scénario par Alain Gagnol.

Musique : Serge Besset.

Production : Jacques-Rémy Girerd.

Distribution : Gebeka Films (France), Films Distribution (à l’international).

Le chat dans Une vie de chat

Avec les voix de Dominique Blanc (Jeanne), Bruno Salomone (Nico), Oriane Zani (Zoé), Jean Benguigui (Victor Costa), Bernadette Lafont (Claudine), Bernard Bouillon (Lucas), Jacques Ramade (« Monsieur Bébé »).

Synopsis : Dino est un chat qui partage sa vie entre deux maisons. Le jour, il vit avec Zoé, la fillette d’une commissaire de police. La nuit, il escalade les toits de Paris en compagnie de Nico, un cambrioleur d’une grande habileté. Jeanne, la commissaire de police, est sur les dents. Elle doit à la fois arrêter l’auteur de nombreux vols de bijoux, et s’occuper de la surveillance du Colosse de Nairobi, une statue géante convoitée par Costa, le criminel responsable de la mort de son mari policier. Depuis ce drame, la fillette ne dit plus un mot. Les événements vont se précipiter la nuit où Zoé surprend Costa et sa bande. Une poursuite s’engage, qui durera jusqu’au matin, et qui verra tous les personnages se croiser, s’entraider ou se combattre, jusque sur les toits de Notre-Dame…

Jeanne et Costa dit le Colosse dans Une vie de chat

Ma vision du film :

Si, dans « Une vie de chat », tout comme dans « Phantom Boy », les situations de départ semblent tristes (ici la petite fille a perdu son père policier tué par Costa, et se retrouve avec sa mère également policière, désormais seule pour élever sa fille et faire face ; dans « Phantom Boy » le petit Léo, 11 ans, se bat courageusement contre la maladie), elles ne plombent jamais vraiment l’ambiance générale du film ; il y a toujours de l’humour, de la musique gaie, des personnages positifs… pour contrebalancer et ne pas déboussoler un public majoritairement composé d’enfants.

Le chat et Zoé Une vie de chat

L’atmosphère particulière de ces films me plaît beaucoup et, dans « Une vie de chat », l’ambiance de Paris la nuit, vue depuis les toits, ce côté mystérieux, et les scènes finales se déroulant sur les toits de Notre-Dame de Paris, comme souvent objet de convoitises et de légendes avec son architecture particulière et ses gargouilles, dont on saisit davantage l’ampleur et la ferveur qu’elle suscite, après l’incendie dramatique qui a frappé l’édifice en avril dernier.

Les films de Folimage ont également cette particularité de donner l’envie de retomber en enfance, même aux adultes les plus réfractaires à se laisser aller, parfois, à oublier dans le tourbillon de la vie pendant cinq minutes, que l’on est justement un enfant dans un corps d’adulte (qui, parmi nous, a choisi de grandir ?), de retrouver le rêve, l’insouciance : leurs longs-métrages sont là pour rêver, imaginer, être dans les nuages, malgré les situations difficiles que traversent les familles dans ces films.

Nico dans Une vie de chat

Comme toujours, les studios Folimage nous proposent un dessin animé (on ne parle pas ici de film d’animation puisque l’on réalise encore chez Folimage des dessins animés « traditionnels », en 2D), un film accrocheur, des personnages très attachants, une ambiance particulière et des dialogues particulièrement soignés. Les studios Folimage apportent toujours un soin particulier au choix des voix pour doubler leurs personnages, ce qui participe beaucoup à la réussite de ces films, dont la voix des adultes et personnages plus âgés contrebalancent avec un graphisme du dessin animé plus « enfantin », qui a également son charme.

Une musique jazzy pour « Une vie de chat » signée Serge Besset, correspondant parfaitement à l’atmosphère noctambule parisienne, sous fond de polar. On peut également entendre ce magnifique thème symphonique enregistré notamment avec l’orchestre philharmonique Bulgare.

Le chat Une vie de chat

« Une vie de chat » prouve une nouvelle fois que l’animation française est de qualité, que beaucoup nous envient (même le géant Pixar s’inspire de certains films d’animation français !). Depuis le début des années 2000, beaucoup d’animateurs français s’exportent à l’étranger et leur savoir-faire n’est plus à prouver ; l’animation française a encore de beaux jours devant elle, et ce malgré un travail encore artisanal en 2D, en aquarelle ou en stop-motion (très peu de studios français travaillent, même de nos jours, en 3D). Je consacrerai prochainement sur le blog un article sur l’animation française.

Nico et le chat sur les toits de Paris dans Une vie de chat