[Critique et analyse] Le goût des merveilles, une ode à la différence et à la (vraie) vie

Affiche Le goût des merveilles.jpg

Comme vous avez pu le constater depuis quelques semaines, Rêves Animés se détache pendant un temps des films d’animation (sans les abandonner bien entendu), pour explorer d’autres horizons. Et parfois, sur notre chemin « cinématographique », on découvre quelques pépites qui nous font du bien, qui nous font croire en la vie, espérer. C’est ça aussi, la magie du cinéma. « Le goût des merveilles » fait partie de celles-ci. Un coup de cœur incommensurable, porté par la talentueuse Virginie Efira et le désarmant Benjamin Lavernhe de la Comédie Française, que je partage avec vous…

Sorti en 2015.

Réalisation et scénario par Éric Besnard.

Musique : Christophe Julien.

Société de production : Pulsar Productions et Caméra One.

Coproduction : Canal+, D8, TF1, Rhône-Alpes Cinéma et UGC.

Société de distribution : UGC Distribution et TF1.

Avec Virginie Efira (Louise), Benjamin Lavernhe  (de la Comédie Française) (Pierre), Hervé Pierre (Jules, le libraire, ami et « mentor »  de Pierre), Lucie Fagedet (Emma, la fille de Louise), Léo Lorléac’h (Félix, le fils de Louise), Hiam Abbass (la psychiatre), France Darry (la cliente sur le marché qui sympathise avec Pierre).

Louise Le goût des merveilles

Synopsis : Au cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens : il est autiste Asperger. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.

Ma vision du film :

Me souvenant de la sortie de ce film fin 2015, je ne l’avais encore néanmoins jamais vu, appréciant pourtant le talent de Virginie Efira, déjà en tant qu’animatrice à la télévision, puis désormais en tant que comédienne reconnue au cinéma.

Tombant de nouveau par hasard sur ce film quand je recherchais une comédie « dramatique » à visionner, je me suis décidée à le regarder, pensant passer un agréable moment devant ce long-métrage d’Éric Besnard. Ce fut bien plus qu’une agréable surprise : « Le goût des merveilles » m’a bouleversé, et j’étais bien loin de m’y attendre.

Personnage de Pierre dans Le goût des merveilles

Le curseur émotif du « Goût des merveilles » se situe néanmoins plus du côté comédie que du côté dramatique. Bien loin de virer dans le pathos, et malgré les difficultés vécues par Louise, le personnage incarné par Virginie Efira, et si l’on devait accorder des synonymes collant à l’ambiance du long-métrage, ils seraient plutôt solaire, lunaire, plein d’espoir, délicat, parfois drôle grâce à Pierre et terriblement touchant, attachant et délectable.

Car arrivés à la fin du film, on voudrait qu’il ne s’arrête jamais, tant il nous fait du bien au moral.

Un des deux personnages principaux, Pierre, est autiste Asperger. Il est percuté par la voiture de Louise un jour qu’elle rentrait chez elle. Sa rencontre à priori ordinaire et plutôt mal engagée avec le jeune homme finira par illuminer petit à petit la vie de Louise, dont l’exploitation agricole rencontre des difficultés financières suite au décès de son époux.

Louise et Pierre Le goût des merveilles

Ici, bien loin « d’instrumentaliser » l’autisme, ou de le considérer avec mépris ou condescendance, le réalisateur a souhaité mettre cette différence en avant, en faire une force, et non une faiblesse. Pierre s’émerveille en effet de tout et de rien, des petites choses de la vie dont on oublie la saveur au quotidien, à force de les connaitre et de passer à côté sans en profiter réellement : la saveur d’un bon gâteau, la beauté d’un paysage, contempler les nuages dans le ciel en s’imaginant à quoi ils ressemblent… La belle robe, le sourire, les jolis pieds vernis d’une femme…

Son hypersensibilité, vue à travers les yeux de notre société moderne comme une faiblesse, un défaut, une tare ou un handicap, révèle ici un homme touchant, sincère, incapable de mentir ni de tricher : il dit ce qu’il pense à tout le monde, que les choses soient bonnes ou non à entendre.

Certaines scènes, notamment au début du film, sont très drôles, grâce aux répliques spontanées de Pierre et à ses facéties : [Attention spoiler] il colle des gommettes de couleur partout, compare les nombres à des formes, des couleurs, notamment le 37, l’âge de Louise ; puis les compare de nouveau plus tard aux formes des nuages. [Fin du spoiler].

Pierre Le goût des merveilles

La grande intelligence de Pierre le fait se rendre indispensable auprès de Louise et de ses enfants : ces derniers seront d’ailleurs les premiers à s’attacher à Pierre, car sa « différence » intrigue Félix, le benjamin. Aussi, il est bien heureux que Pierre puisse l’aider à faire ses épineux devoirs de mathématiques…

La présence de Pierre au sein du foyer est une véritable « bouffée d’air frais » pour Louise et ses enfants, englués dans une vie morne et difficile depuis la mort accidentelle de l’époux de Louise. En effet, en plus d’alléger la charge mentale de Louise, Emma et Félix, il leur fait voir la vie autrement, avec des yeux tout neufs, une existence plus légère où le contemplatif et l’émerveillement ont toute leur place.

[Attention spoiler] La relation entre Louise et Pierre restera platonique tout au long du film, et on se demande si la poésie et le charme de leur relation ne s’en trouve pas plus sublimée ainsi, à l’appréciation de l’imaginaire du spectateur, jusqu’à la scène finale, empreinte de magie, ou s’il fallait tout de même faire vivre une sexualité à Pierre, puisqu’on a pris le parti ici de faire de sa différence une force. Car les allusions de ce dernier à Louise par rapport à son physique avantageux ne manqueront pas, donnant au passage lieu à des scènes pleines d’humour. [Fin du spoiler].

Le long-métrage a été tourné dans la Drôme, un décor qui se prête merveilleusement aux ambiances « solaire » et « lunaire » du film, incarnés respectivement par les personnages de Louise et de Pierre. Le cadre est magnifié par de magnifiques images de nature.

Le personnage de Pierre est remarquablement interprété par Benjamin Lavernhe de la Comédie Française, que je ne connaissais pas jusqu’alors. Sa prestation est absolument juste et  bouleversante, et je me suis retrouvée à plusieurs reprises en larmes, notamment lors de certaines scènes partagées avec Jules, le libraire, qui joue en quelque sorte pour lui le rôle de parrain et « bienfaiteur », ou [Attention spoiler]  à la fin, lors de sa touchante déclaration à Louise. [Fin du spoiler]. Avec Pierre, on ne s’ennuie pas, et on oscille entre rires et larmes. Son personnage me marquera très longtemps.

Paul, Pierre et Louise dans Le goût des merveilles

Les seconds rôles sont également très brillants, notamment les enfants de Louise, auxquels on s’attache ; Jules, le libraire donc, qui a pris Pierre « sous son aile », très éloquent également dans sa façon « d’aider » Pierre, de lui faire prendre conscience qu’il ne faut pas passer à côté de sa vie, et de son âme sœur, [Attention spoiler] notamment lors d’une scène mémorable où les deux comparses jouent aux échecs dans la chambre du foyer où se trouve Pierre vers la fin du film. [Fin du spoiler].

Sorti fin 2015, en pleine période de fêtes de fin d’année et au même moment que le rouleau compresseur « Star Wars 7 : le réveil de la  Force», le long-métrage n’aura malheureusement pas rencontré le succès « commercial » escompté et n’est que très peu resté en salles. Bien dommage pour un film positif, balayant les clichés sur l’autisme et la différence. Néanmoins quelques fins amateurs ont su, ou sauront apprécier « Le goût des merveilles » à sa juste valeur.

« Le goût des merveilles » est un film magnifique, qui m’a pris aux tripes, notamment grâce à l’excellentissime performance de Benjamin Lavernhe, criant d’émotion et de sincérité. Un long-métrage qui fait désormais partie de mes pépites, et que je ne suis pas prête d’oublier.

Et vous, connaissez-vous « Le goût des merveilles » ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Donnez votre avis en commentaire !

Pierre et Louise Le goût des merveilles

2 réflexions sur “[Critique et analyse] Le goût des merveilles, une ode à la différence et à la (vraie) vie

  1. Bonjour,
    Oui c’est une petite pépite, un de mes films préférés dans la catégorie comédies romantiques. C’est d’ailleurs un peu davantage qu’une simple comédie romantique.

    J'aime

  2. Ping : Des comédies romantiques pas comme les autres | Rêves Animés

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