[Critique et analyse du film] Ferdinand : « Auprès de mon arbre, je vivais heureux… »

Affiche FerdinandSorti l’année dernière, peu avant les fêtes de Noël, « Ferdinand », est une adaptation du conte pour enfants « The Story of Ferdinand » de Munro Leaf, déjà adapté en court-métrage pour Disney en 1938. Mais l’histoire n’a jamais autant été d’actualité : un taureau, amoureux des fleurs, ne rêve que d’être tranquille auprès de la famille qui l’a recueilli dans une ferme espagnole, sous son arbre adoré et au milieu des fleurs. Il fera tout pour échapper à l’enfer de la corrida et la mise à mort inévitable à la fin, connue par son père, et tenter de sauver ses camarades du ranch de l’abattoir. Un film tendre, un plaidoyer animal sans être néanmoins moralisateur, drôle et sans violence aucune.

Sorti en 2017.

Réalisation par Carlos Saldanha.

Scénario par Robert L. Baird, Tim Federle, Brad Copeland, Ron Burch, David Kidd et Don Rhymer, d’après « The Story of Ferdinand » de Munro Leaf.

Société de production : Blue Sky Studios, Davis Entertainment et 20th Century Fox Animation.

Distribution : 20th Century Fox.

Musique : John Powell.

Avec les voix françaises d’Olivier Bouana (Ferdinand), Levanah Solomon (Nina, la petite fille), Thibaut Lacour (Paco, le chien), Juliette Poissonnier (Lupe, la chèvre), Raphaël Cohen (Vallente), Laurent Maurel (Angus), Jean-Baptiste Anoumon (Bones), Marc Perez (Hans), Marc Arnaud (Guapo), Benjamin Penamaria (El Primero).

Ferdinand sous l'arbre

Synopsis : Ferdinand est un taureau au grand cœur. Victime de son imposante apparence, il se retrouve malencontreusement capturé et arraché à son village d’origine. Bien déterminé à retrouver sa famille et ses racines, il se lance alors dans une incroyable aventure à travers l’Espagne, accompagné de la plus déjantée des équipes !

Ma vision du film :

Le jour du réveillon de Noël, on a tous besoin de chaleur qui nous réconforte, nous réchauffe. C’est ce que j’ai trouvé en allant voir « Ferdinand » au cinéma ce jour-là, l’année dernière, quatre jours après sa sortie.

Ferdinand, est de ces personnages du cinéma d’animation (et du cinéma tout court), que l’on aime particulièrement : on s’attache à lui très vite, il a le visage de sa tendresse et de sa « bonhomie », et est généreux, même avec ceux qui ne l’ont pas épargné, car il est loin d’être rancunier. Et petite particularité, il aime énormément les fleurs. Ferdinand, avec sa douceur et sa sensibilité, contraste avec l’image que l’on prête aux taureaux.

Ferdinand et Nina_2

C’est une force de la nature, alors que son âme est légère et pure. Son innocence le rend touchant, car il ne se rend pas toujours compte de sa force et de sa puissance.

[Attention spoilers] Ferdinand, petit, s’échappe de la « Casa del Toro », le ranch où ses camarades et leurs pères vivent en pension, en attendant le jour où « El Primero », matador de renommée internationale, les choisira pour le combattre dans la grande arène de Madrid. Le père de Ferdinand est choisi. Il pense revenir après avoir été victorieux en combattant El Primero. Mais il ne reviendra jamais… Tout ce que voulait Ferdinand, c’est être heureux, prendre soin de sa fleur, et retrouver son père. Être le plus fort, être choisi et se battre dans l’arène, c’est ce dont rêvent tous les autres taureaux. Mais ce n’est pas le rêve de Ferdinand. Un soir, il s’échappe du ranch pour fuir son destin, qu’il connaît désormais. Il prend alors un train de marchandises en marche et se retrouve au petit matin dans une ferme, recueilli par un horticulteur (il ne pouvait pas tomber mieux !), sa petite fille Nina et leur chien aussi peu loquace que téméraire, Paco.

Hélas, après deux ans d’une vie idyllique à la ferme, à humer les fleurs et regarder le paysage à l’ombre de son arbre adoré, Ferdinand ne peut s’empêcher de se rendre à la Fête des Fleurs, à laquelle l’horticulteur l’avait interdit de venir, à cause de sa puissance. C’est alors sans le vouloir, que Ferdinand emporte tout sur son passage : décors, villageois, et même un enfant, qu’il va pourtant sauver. Il est alors capturé et renvoyé à la « Casa del Toro » de malheur où il vivait petit. Retrouvant ses compagnons d’infortune, qui lui en veulent toujours que son père ait été choisi deux ans auparavant par El Primero, et de son pacifisme, il va encore à son tour, sans le vouloir, être choisi, tentant d’échapper de nouveau à un funeste destin, et tentera de convaincre, non sans mal, ses congénères de faire de même. [Fin des spoilers].

Ferdinand sous son arbre paysage

Vous commencez à me connaitre désormais, j’aime les personnages différents des autres, anticonformistes, qui se battent pour vivre autre chose, une autre vie que celle qu’on leur inflige. C’est plus que jamais ici le cas de Ferdinand, ce taureau qui voit bien plus loin que ce qu’on lui impose, à lui et à son espèce. Il ne se conforme pas à son destin soi-disant « inévitable », il s’y refuse. Pourquoi un taureau voudrait absolument combattre dans l’arène ? Lui laisse-t-on une chance d’échapper à cette fatalité, que ce soit le combat face au torero ou à sa mise à mort ? La force de caractère mêlée à l’intelligence et à la bonté du cœur, réunit la plupart des personnages des films que j’affectionne. Que ce soit un taureau, un pur-sang, un rat, une lapine ou un chien, tous veulent autre chose que ce qu’on a décidé pour eux. Et cela peut être transposé à nos propres vies d’humain, et c’est en cela la force du cinéma, notamment des films d’animation.

Le film n’en oublie pas moins d’être une comédie et d’offrir des scènes très drôles, notamment la « battle » de danse avec les chevaux allemands, ou la « Macarena » dansée par les trois hérissons.

Au niveau visuel, c’est beau, les couleurs sont flamboyantes, notamment les paysages, les images de prairie, de nature. Le graphisme des personnages aurait pu être travaillé davantage, cependant, on reconnaît la « patte » des studios Blu Sky, à l’image de ce que l’on a pu connaitre dans un film comme « Rio », par exemple, du même réalisateur.

[Attention spoilers] Si deux de ses camarades sont « promis » à une fin funeste à l’abattoir, Ferdinand, qui aurait pu leur en vouloir de leur comportement auprès de lui, et alors qu’il aurait pu se sauver de la « Casa del Toro » seulement avec Lupe, la chèvre, ne va pas les abandonner. Ce sont ses congénères, et même s’il n’aura pas réussi à les convaincre qu’on peut changer son destin, qu’une autre vie est possible, il va tout faire pour les sauver. Avec succès. Sauf qu’il faudra encore échapper aux pattes des fermiers dans une folle course-poursuite dans Madrid. Ferdinand se fera hélas capturer, laissant ses camarades partir vers leur liberté. Cette fois, il ne pourra échapper au combat dans l’arène face à El Primero. La chèvre le supplie de se battre. Mais Ferdinand le refuse.

Ferdinand assis dans l'arêne face à El Primero

On assiste alors à une magnifique scène finale. Pour seule réponse au combat, il s’assoit face à son adversaire, devant une rose. Là, il rêve de son arbre, de son paradis, de sa vie douce et calme auprès de sa famille. Cette scène est tout à fait désarmante, bouleversante. Une seule scène pour tout dire. Parfaitement éloquente. Ferdinand gagne le respect du public, ce dernier demande à ce qu’il soit épargné. El Primero  ne pourra que se résoudre à la réaction pacifiste du taureau, renoncera et quittera l’arène…  [Fin des spoilers].

 « Ferdinand » est l’histoire d’un taureau au cœur tendre, qui n’a jamais rien voulu d’autre qu’un destin différent que celui qui lui est promis. En refusant de se battre, alors qu’il ne l’a jamais cherché et que tout le monde le lui impose, même ses congénères, que ce soit par habitude, tradition ou résignation, Ferdinand aura peut-être réussi à faire réfléchir, changer certaines mentalités. Une belle réussite des studios Blu-Sky. Je laisserai le mot de la fin au réalisateur brésilien Carlos Saldanha concernant son œuvre : « Le film ne porte pas de jugement sur les gens qui apprécient la corrida, ni sur ceux qui mangent de la viande. Il propose juste des pistes de réflexion au spectateur ».

Ferdinand et Nina

3 réflexions sur “[Critique et analyse du film] Ferdinand : « Auprès de mon arbre, je vivais heureux… »

  1. Ping : Rétrospective : Festival International du film d’Animation d’Annecy 2018 | Rêves Animés

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s