[Critique et analyse du film] L’Ile aux Chiens : un film original, au style incisif

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Si vous souhaitez aller voir en salles un film qui sort des sentiers battus, original et que vous n’aurez pas l’habitude de voir tous les jours, je vous conseille « L’Ile aux chiens », sorti le 11 avril dernier. Réalisé par Wes Anderson (« The Grand Budapest Hotel », « Fantastic Mr. Fox »). Si surprenant et particulier, que son style pourrait peut-être ne pas plaire à tout le monde… Voici mon analyse du film, créé selon la technique du stop-motion.

Sorti en 2018.

Réalisation et scénario par Wes Anderson.

Société de production : American Empirical Pictures, Indian Paintbrush et Scott Rudin Productions.

Distribution : Fox Searchlight Pictures (États-Unis) ; 20th Century Fox (France).

Musique : Alexandre Desplat.

Récompenses majeures : Berlinale 2018 : Ours d’argent du meilleur réalisateur.

Avec les voix françaises de Vincent Lindon (Chief), Louis Garrel (Spots), Romain Duris (Rex), Hyppolite Girardot (Boss), Mathieu Amalric (Duke), Yvan Attal (King), Daniel Auteuil (Jupiter), Greta Gerwig (Tracy, l’étudiante américaine), Isabelle Huppert (l’interprète Nelson), Léa Seydoux (Nutmeg), Aurore Clément (Oracle), Nicolas Saada (Scrap), Jean-Pierre Léaud (Gondo).

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Ma vision du film :

J’attendais avec impatience la sortie de « L’Ile aux Chiens » en ce début de printemps. Après avoir visionné la même semaine « Fantastic Mr. Fox », le premier film d’animation de Wes Anderson réalisé en stop-motion, sorti en 2010 en France, afin de me faire une petite idée de l’univers du réalisateur (que je ne connaissais absolument pas), je partais dans les salles obscures voir ce petit nouveau. Et l’on peut dire que ce film au caractère particulier détonne, au milieu de blockbusters comme « Taxi 5 » ou des films dits plus « pour enfants », comme « Pierre Lapin », en salles actuellement.

Car si quelques enfants étaient présents dans la salle, il n’est clairement pas un film qui leur est exclusivement destiné. Certains mots crus, certaines images, notamment des chiens malades et/ou blessés, pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes. Mais les messages passés, subtilement ou plus directement, l’humour caustique et grinçant des chiens, seront entre autres les atouts majeurs de ce film mettant essentiellement les chiens en avant dans bon nombre des intrigues du film.

Le film a été réalisé en grande partie par le biais de la technique du stop-motion (qui permet de créer un mouvement à partir d’objets immobiles et qui consiste à déplacer des objets, bien souvent des marionnettes, entre chaque photo). Je prévois, prochainement sur le blog, un article présentant exclusivement cette technique. Il a fallu trois ans afin que le film soit entièrement réalisé. Et le résultat est là, bluffant, ne ressemblant à aucun autre univers quel qu’il soit, vu auparavant ! (à part, bien évidemment, dans « Fantastic Mr. Fox »).

Et s’il s’agit là d’un univers singulier, il pourrait ne pas plaire à tout le monde. Si le fond du long-métrage et les valeurs qu’il véhicule, m’ont absolument ravi, quelque chose, que je ne saurais forcément vous expliquer, m’a quelque peu « dérangé » sur la forme. Est-ce le rythme, très Japonais et inspiré des jeux vidéo, semble-t-il, avec prologue, chapitres, flashbacks… ou certains personnages m’ayant quelque peu déplu esthétiquement, comme le jeune garçon (appelé « le petit pilote » par les chiens), qui, je dois le dire, m’a presque effrayé à chaque fois que je le voyais apparaître à l’écran.

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Les marionnettes du film, tournée selon la technique du stop-motion.

Néanmoins, cela n’a pas gâché le plaisir de voir un film différent, présentant les chiens comme des êtres à part entière, se comprenant entre eux et entre animaux d’autres espèces (la chouette), mais ne comprenant pas les humains (« Si seulement, ils pouvaient parler notre langue… », dira l’un d’eux). Comme si, pour une fois, les rôles étaient inversés. Mais il n’y a pas que dans ce contexte qu’ils le seront. [Attention spoiler] En effet, quand vers la fin du film, Spots annonce au jeune garçon qu’il ne sera plus son garde protecteur, pour une fois, un animal abandonne son maître, alors qu’il a recherché son chien au péril de sa propre vie [Fin du spoiler]. Ce retournement de situation est exceptionnel, et fait réfléchir une fois le film terminé. Car si Wes Anderson a bien réussi une mission en réalisant ce film, c’est qu’il a mis son style particulier, une esthétique et une ambiance singulières, au service des messages qu’il souhaite faire passer aux spectateurs. Que l’empreinte du film soit durablement vive et active, dans la mémoire des personnes ayant vu le film, pour que le message fasse date. L’intensification de l’engagement envers la cause animale s’intensifiant ces temps-ci, cela est vraiment de bon augure, et une véritable bonne chose.

D’habitude si sensible lorsque je regarde un long-métrage au caractère émouvant (et c’est là toute la magie du cinéma), je n’ai pas spécialement été plus émue en visionnant le film. Pourquoi ? Non pas qu’il ne soit pas touchant, mais parce que l’accent a été mis plutôt sur la détermination, la force, le courage, le fait d’aller droit au but. Jamais sur l’apitoiement, notamment du fait de Chief, le chien errant n’ayant jamais été domestiqué. Çà et là, les protagonistes ont tout de même les larmes aux yeux, et on ressent à ces instants leurs états d’âme et émotions.

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Ici, vous n’aurez notamment pas droit aux violons. Le choix des instruments qui illustrent musicalement le film, n’a pas été fait au hasard. On retrouve dans certaines scènes, tout au long du film, afin de provoquer une certain « tension » souvent palpable, des percussions japonaises (tambours taiko), mêlé à de la clarinette et du saxophone. La musique est une véritable réussite, de l’avis des spectateurs ayant vu le film.

Ce qui m’a également beaucoup marqué dans ce film, c’est la volonté de donner des voix « d’âge mûr » aux chiens (j’imagine un parti pris de la part du réalisateur). Si souvent, les animaux parlant dans les films d’animation, notamment les chiens, ont bien souvent une voix fluette, ce n’est pas le cas ici, comme si on avait voulu leur donner cet air de « vieux sages » qui leur sied très bien. Pour ma part, la façon de parler et de s’exprimer des chiens a contribué au fait que je me suis davantage attachée à eux, notamment à Chief, ce chien errant se laissant apprivoiser par le petit pilote lors d’une scène très réussie.

Wes Anderson signe une œuvre singulière et particulière, avec un univers bien à lui. « L’Ile aux chiens » se démarque par son originalité, un style incisif sur la forme, mais bienveillant dans le fond. Même s’ils sont expropriés sur cette ile poubelle, les chiens prennent le pouvoir et chacun des protagonistes canins est particulièrement réussi, et ils se démarquent par un caractère fonceur, audacieux et téméraire.

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10 réflexions sur “[Critique et analyse du film] L’Ile aux Chiens : un film original, au style incisif

  1. Un article très intéressant et très détaillé. Je n’ai juste pas lu la partie spoiler (merci de l’avoir indiquée), car je compte aller voir ce film, d’autant plus après en avoir lu tes retours et après avoir découvert tes impressions. Merci ! Dans l’attente de découvrir ton article sur le stop motion, je te souhaite une bonne journée. A bientôt ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup à toi pour ton commentaire. Reviens pour donner tes impressions après l’avoir vu ! Concernant l’article sur le stop-motion, j’ai justement eu cette idée après m’être rendue compte que j’apprécie beaucoup les films réalisés en stop-motion et que j’en regarde pas mal (voir par exemple mon analyse de « Ma vie de Courgette ») . Par contre, pas encore de date pour l’article, mais je le ferai de sûr prochainement 😉

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  2. Je t’avoue que j’accorde une grande importance au visuel, j’ai besoin de rêver et de m’émerveiller en voyant les images. Et là, du coup, je ne sais pas si j’arriverais à passer au-dessus de ça…

    Le sujet est intéressant en tout cas ! Et ton analyse donne envie de découvrir le film =).

    Aimé par 1 personne

    • Après tu sais, c’était un ressenti personnel… Et il n’y avait vraiment que le garçon qui me dérangeait vraiment. Il vaut mieux le voir, et te faire ta propre idée, plutôt que de passer à côté d’un film que tu risques d’adorer….

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