[Critique et analyse du film] Louise en hiver : « Ô temps ! suspends ton vol »…

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Ce ver, extrait du poème « Le lac » d’Alphonse de Lamartine, prend, au regard du film réalisé par Jean-François Laguionie, tout son sens, tant le film invite à la poésie, au souvenir, à la contemplation.

Sorti en 2016.

Réalisation par Jean-François Laguionie.

Scénario par Jean-François Laguionie.

Société de production : JPL Films, Productions Unité centrale, Arte France Cinéma & Tchack.

Distribution : Gebeka Films ; Axia Films ; Films Distribution.

Avec les voix de Dominique Frot (Louise), Antony Hickling (Tom, le parachutiste), Diane Dassigny (Louise jeune), Jean-François Laguionie (Pépère, le chien).

Synopsis : C’est le dernier jour de l’été dans la petite station balnéaire de Biligen-sur-Mer. Les derniers vacanciers prennent le chemin de la gare pour rentrer en ville et échapper à la marée exceptionnelle qui s’annonce. Tous, sauf Louise, qui arrive trop tard et voit partir le dernier train de la saison. La ville est désertée et Louise semble avoir été oubliée de tous, même de sa famille. Mais elle est bien décidée à ne pas se laisser faire ! Cette grand-mère va se créer, le temps de quelques mois, une nouvelle vie rien qu’à elle et apprivoiser la solitude. Ses souvenirs profitent de l’occasion pour s’inviter dans l’aventure…

Ma vision du film :

Sixième long métrage d’animation réalisé par Jean-Paul Laguionie, écrivain, scénariste et réalisateur, « Louise en hiver » est une œuvre singulière, poétique et paisible. Sa particularité première est sans nul doute le parti pris d’une animation réalisée à la gouache et au fusain sur papier Canson, ces dessins étant ensuite numérisés puis animés en 2D. On peut tout à fait voir le grain du papier à l’image, et cela donne au film une originalité et un charme loin d’être désuets ; renouant, au contraire, avec le côté artisanal du dessin animé d’antan. Les couleurs et la texture sont, en tout cas, très réussis et collent tout à fait à l’ambiance du film.

À des années lumière des blockbusters et films d’action affichant des millions et des millions d’entrées, « Louise en hiver » (qui à titre de comparaison a comptabilisé « seulement » 79 651 entrées en France), semble de prime abord « difficile d’accès », de par son atmosphère particulière, et y rentrer n’est pas à portée du premier spectateur venu. Loin de moi l’idée d’attribuer un « genre de film » à tel ou tel public, mais il n’est pas chose aisée de comprendre au départ là où veut en venir le réalisateur. Seulement, après avoir visionné le film et avec le recul, j’ai finalement compris qu’il n’y avait peut-être pas forcément de « sens », celui-ci étant celui-là même qu’on veut bien lui donner (comme pour chaque œuvre, finalement). Invitation à la lenteur, à la contemplation, au souvenir, le film est à « prendre » comme il est, un voyage à travers la vie et les souvenirs quelque peu « brouillons » de Louise. Car après avoir raté le dernier train de la saison à la gare de la station balnéaire de Biligen-sur-Mer, cette dernière se retrouve à devoir affronter seule la marée qui arrive, oubliée de sa famille. Elle va vivre au jour le jour sur la plage, dans un abri de fortune qu’elle aura elle-même bricolé. Biligen-sur-Mer est une ville imaginaire, inspirée par les paysages de Normandie et de Bretagne.

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Les souvenirs de Louise vont se réveiller dans certaines scènes, au détour de certains lieux qu’elle semble avoir connus plus jeune. Mais on ne sait jamais très bien, tout comme elle, si ce sont de vrais souvenirs ou le fruit de son imagination, si bien que l’on se posera nous-mêmes la question lors du visionnage du film. Louise va vivre sa petite vie tranquille chaque jour, et la narration effectuée par Dominique Frot, qui prête ici sa voix à Louise, convient tout à fait à cet éloge de la flânerie, de la lenteur, et de la douceur de vivre. Entre recherche de nourriture, balades jusqu’à la falaise ou en bord de mer, qui vont l’amener à revivre ses souvenirs, ses journées passeront ainsi, cahin-caha, au fil des saisons et au rythme de ses envies.

Louise va finir par se suffire à elle-même, ne ressentant aucun ressentiment envers sa famille qui l’a oubliée. Cependant, un personnage inattendu va finir par apparaitre durant le film, donnant au film une nouvelle dimension, une approche et une sensibilité nouvelle. Pépère (c’est elle qui le nommera ainsi), le chien « errant » dans la station va finir par approcher l’abri de Louise, qui se doutait depuis quelques jours qu’elle n’était pas seule. Les deux êtres vont finir par s’apprivoiser au jour le jour, et Pépère va finir par parler, et cette fois encore, nous allons nous demander si cela arrive vraiment, ou si Louise va seulement l’imaginer.

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Pépère est un personnage qui m’a « réveillé » à un moment où la petite vie de Louise, certes tranquille mais parfois un peu monotone, ronronnait quelque peu. Tellement attachant, Pépère va jouer un rôle important dans le quotidien de Louise. Car même si elle n’ose pas se l’avouer, Louise se sent seule et Pépère va être un compagnon avec qui elle va pouvoir échanger et partager sur ses questionnements de vie. Il va même la sauver à un moment du film, au sens propre comme au sens figuré du terme. Sa présence va se révéler indispensable et très agréable.

Le film n’est pas à conseiller à de très jeunes enfants, qui ne comprendraient pas la réelle portée de ce dernier, et s’ennuieront sûrement. Le long-métrage est plutôt destiné aux adultes, appréciant ce « genre » de films où les intrigues ne sont pas au rendez-vous, mais plutôt un voyage tout en douceur et en poésie, parfois même nostalgique et mélancolique, mais pas au sens sombre du terme (bien que le film puisse parfois être triste). Tout dépendra du sens que l’on voudra ainsi lui donner, selon que l’on soit plutôt optimiste et ayant un sens philosophique quelque peu développé, ou pessimiste. Il y a peut-être un début, pas vraiment de fin. La boucle sera en quelque sorte bouclée, lorsque Louise va écrire ses aventures sur la plage au retour de la belle saison, lorsque les touristes seront revenus et que la vie reprendra son cours. Scène de fin qui aura également été la scène du début du film.

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Œuvre particulière, surprenante, atypique et parfois étrange, « Louise en hiver » révèle une beauté esthétique, pure, tout en douceur et en couleurs pastel, véritable ode aux souvenirs, et au temps qui passe (lentement). Faisant une nouvelle fois la part belle à l’animation française qui nous aura gâtés en 2016, avec notamment « Ma vie de Courgette » et « La Tortue rouge » (ma critique de ce dernier arrivera prochainement sur le blog).

Ne publiant pas en général dans mes critiques les bandes-annonces de film déjà sortis, je vais néanmoins faire une exception, vous laissant vous faire une idée de l’atmosphère du film.

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