Les films muets, ou quasi-muets : des émotions décuplées

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À notre époque, certains réalisateurs choisissent encore de faire des films où les paroles, les dialogues, n’y ont pas leur place, ou quasiment pas, alors que le cinéma muet a cessé d’exister à la fin des années 1920. Ils ont fait ce pari risqué, parce que leur film le nécessitait, par choix artistique, parce qu’ils savaient que certaines émotions peuvent passer par bien d’autres façons à l’image que par la parole. Petit tour d’horizon de mes longs-métrages modernes favoris, muets ou quasi-muets, qui ont marqué, chacun à leur façon, l’histoire du cinéma par leur singularité, car on peut, aussi, ne pas parler (ou peu) pour dire beaucoup.

Je ne vous parlerai donc pas ici des films muets de Charlie Chaplin ou Buster Keaton, bien que ces pointures du cinéma muet aient forcément influencé certains réalisateurs. À commencer par Andrew Stanton et son équipe, créateurs du chef d’œuvre Wall-E (voir ma critique du film sur le blog), qui se sont abreuvés de films du cinéma muet afin de pouvoir donner au robot cet air gaffeur et maladroit en présence de sa prétendante Eve. Mais pas que. Grâce au fait que le film soit quasi muet pendant les vingt premières minutes du film, cela décuple (voire centuple !) les émotions ressenties par Wall-E, notre petit héros principal, grâce à son regard (qui n’a pas fondu en voyant les étoiles se refléter dans ses petits yeux ?), ses silences, ses gestes (prendre ses propres pinces en regardant les deux héros de son film favori « Hello, Dolly ! »). Les bruitages de Ben Burtt sont également une réussite, lui qui a notamment inventé la voix de R2-D2 dans Star-Wars ou les bruitages d’E.T, entre autres. Ainsi, pour amplifier le sentiment de solitude et de chaos qui entoure Wall-E, il a mixé le son des chutes du Niagara avec un gémissent sinistre. Le « baiser » de Wall-E et Eve à la fin du film, lui, est représenté par une machine récupérée chez l’accessoiriste des Frankenstein, possédant deux boules d’argent  qui oscillent et donnent l’illusion d’un jaillissement d’étincelle.

Et que dire de la bande originale signée Thomas Newman, l’une des plus remarquables jamais composée pour un film d’animation ? Il s’agit là d’un magnifique écrin mettant son joyau en valeur, une œuvre magistrale qui prouve s’il en est encore besoin que la musique est indissociable d’une œuvre cinématographique d’une telle portée et d’une telle intensité.

Un autre film d’animation totalement muet, La Tortue Rouge, sorti en 2016 et réalisé par Michael Dudok de Wit, ayant glané de nombreuses récompenses (Prix spécial « Un Certain Regard » au Festival de Cannes en 2016, et Magritte du cinéma pour le meilleur son en 2017, notamment). Coproduit entre autres par le Studio Ghibli, cette œuvre surprenante et distincte voit aussi sa composition musicale signée Laurent Perez del Mar considérée comme magistrale.

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Autre merveille, issue de la « French Touch » de l’animation française, le long-métrage inspiré de la série  Minuscule : la vie privée des insectes, diffusée sur France 5 : Minuscule, la vallée des fourmis perdues. Pas une seule parole prononcée durant le film, puisque tous les héros sont des insectes, communiquant entre eux par de petits bruits qui leur sont propres. Ce qui donne au film ce côté loufoque où on comprend par l’intonation de ces bruits leurs différentes humeurs, ou seulement par les regards échangés entre eux.

Dans Seul au Monde, lorsque Chuck Noland, interprété par Tom Hanks, tente de survivre sur son île, sa solitude forcée le contraint à ne plus pouvoir communiquer avec personne. Mais son isolement devenant peu à peu insupportable, il s’invente un ami imaginaire en la « personne » de Wilson, un ballon de volley customisé avec des végétaux. Ces moments de « détresse morale » intense vécus par Chuck sont parmi les plus poignants du film.

Ces quelques films n’étant que quelques exemples, connaissez-vous d’autres films muets ou muets vous ayant marqué ? Les quelques films cités ci-dessus vous ont-ils déjà frappé par cette particularité et les émotions qu’ils ont pu vous faire ressentir ? N’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire !

3 réflexions sur “Les films muets, ou quasi-muets : des émotions décuplées

  1. Bel article ! 🙂 Le muet a en effet pour avantage de laisser s’exprimer le langage cinématographique pur, les émotions et discours intrinsèques véhiculés par le montage, ce qui le rend plus brut mais aussi plus réel. Laisser parler les images c’est laisser au spectateur la possibilité de vivre le film. Pour citer un exemple récent et qui me vient tout de suite en tête : A Ghost Story. Mais les films de Tarkovski (plus ardus) sont aussi réputés pour leur côté contemplatif et parlant avec les images et la mise en scène. Il faut que je voie Wall-E aussi du coup, depuis le temps… ^^

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