[Critique et analyse du film] Ma vie de Courgette, une ode à l’espoir, à l’amitié… et au bonheur

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Premier long-métrage du talentueux réalisateur suisse Claude Barras, « Ma vie de Courgette » fait office d’ovni créatif au beau milieu de tous ces films d’animation réalisés en images de synthèse. Un film réalisé en stop-motion, technique d’animation image par image, très longue et méticuleuse, où les personnages sont de petites marionnettes déplacées légèrement entre chaque photo. Il fut tourné dans les studios du Pôle Pixel, à Villeurbanne. Un film qui a raflé de nombreux prix et récompenses, bien mérités !

 

Sorti en 2016.

Réalisation par Claude Barras.

Scénario par Céline Sciamma, Germano Zullo, Claude Barras et Morgan Navarro, d’après le roman Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris.

Société de production : RITA, Blue Spirit Productions et Gébéka Films.

Société de coproduction : Helium Films, RTS, France 3 Cinéma et Rhône-Alpes Cinéma.

Musique : Reprise de « Le vent nous portera » par Sophie Hunger. Musique de « la boum des enfants » : « Eisbaer » de Grauzone.

Distribution : Gebeka Films.

Récompenses principales: Cristal du long métrage et le prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy.

Valois de diamant au Festival du film francophone d’Angoulême 2016.

Meilleur film européen au Festival international du film de Saint-Sébastien 2016.

Prix du cinéma européen du meilleur film d’animation 2016.

César 2017 : Meilleur film d’animation, Meilleure adaptation.

Synopsis : Courgette n’a rien d’un légume, c’est un vaillant petit garçon. Il croit qu’il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c’est sans compter sur les rencontres qu’il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu’ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas même, être heureux.

 

 Teaser hilarant annonçant la sortie de Ma vie de Courgette:

Ma vision du film :

À la vue des premières images de « Ma vie de Courgette », j’avoue que je fus d’abord déconcertée, par l’apparente « sombreur » du film, je ne savais pas si j’allais rester sur la chaine (j’ai vu le film l’année dernière à sa diffusion sur une célèbre chaine cryptée), ou bien zapper. Mais sans pouvoir l’expliquer, j’ai été « happée » par mon intuition et ma petite voix intérieure qui m’ont soufflé de rester, lorsque Icare (surnommé Courgette par sa maman) s’est retrouvé dans le bureau du « gentil policier » Raymond. En effet, si la première scène où Courgette se retrouve dans le grenier, si triste, avec dans la pièce voisine sa mère alcoolique qui ne s’occupe plus (ou presque) de lui, et où il tue accidentellement sa maman (même si il n’y a jamais une seule image choquante), m’a au départ un peu chahuté, je n’ai pas été déçue par la suite du film. En effet, contrairement à mon impression de départ, celui-ci est loin d’être sombre ou mélancolique, mais est coloré, plein de douceur, d’optimisme, de joie, d’humour et d’émotion, malgré la situation de ces enfants placés en foyer, cabossés par la vie.

Car, en effet, si les couleurs sont d’abord grises et sombres quand Courgette semble triste au début de film, elles laissent peu à peu place à des nuances de plus en plus vives et colorées, quand ce dernier et ses camarades prennent (ou reprennent) goût à la vie. Certains silences, certains regards, soulignent les sentiments et les émotions que peuvent ressentir les différents protagonistes dans leur propre chair. Et même si, tout le monde n’est pas orphelin, le thème de la famille parle à tous, que l’on soit juste compatissant, ou ayant malgré tout connu une famille mais peu aimante, peu attentive et rassurante. La musique, notamment la reprise par la chanteuse suisse Sophie Hunger de « Le vent nous portera » de Noir Désir, contribue également à l’atmosphère parfois mélancolique du film, mais ne tombant jamais dans le pathos, car il réside toujours cette note d’espoir, que tous ces enfants connaissent le bonheur pour le reste de leur vie, car après tout, être privé de ses parents devrait-il être forcément un frein à l’épanouissement et au bonheur ?

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Après une arrivée difficile au foyer des Fontaines, notamment parce qu’il est quelque peu chahuté par Simon, un petit garçon qui fait son dur (dont on découvrira par la suite que le cœur est au fond aussi tendre et doux qu’un chamallow), va peu à peu, découvrir grâce à ses nouveaux amis aussi peu gâtés que lui par la vie, l’amitié, l’entraide, la joie, et même l’amour, avec Camille, une petite fille arrivée peu après lui dans le foyer.

Quand on regarde « Ma vie de Courgette », même les plus « réfractaires » aux enfants, se surprennent à s’attacher notamment à Courgette, qui inspire la tendresse. On a forcément envie de le prendre dans ses bras et de le rassurer, et de lui dire « ça va aller, mon petit, je suis là pour toi ». Le fait également, de ne jamais savoir pourquoi Icare a été surnommé Courgette par sa maman, nous donne une envie de connivence avec le jeune garçon, qu’il nous raconte à l’oreille l’histoire de ce sobriquet pour le moins original.

Certaines personnes, tellement touchées par le roman qui a inspiré le film, « Autobiographie d’une Courgette », paru en 2002, ont changé de carrière après l’avoir lu. C’est notamment le cas d’une femme, professeur, qui est devenue éducatrice spécialisée, comme on a pu le lire dans une interview de l’auteur du livre, Gilles Paris. Peut-être aussi, que « Ma vie de Courgette » a donné envie à certaines personnes de parrainer un enfant, voire d’adopter, notamment quand Raymond, si attaché à Courgette et Camille, va leur faire une (grande) place dans sa vie et les aimer comme ses propres enfants à la fin du film.

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Le film conte plusieurs histoires en une, celles de tous ces enfants, abimés par la vie, étant encore pourtant si jeunes, avec des mots simples, des valeurs qui se sont beaucoup perdues dans notre société actuelle : l’amitié, l’entraide, le partage, notamment. On ressent par ailleurs depuis quelques années, l’envie forte par certains de retrouver ces valeurs tombées parfois en désuétude et qui nous font prendre conscience de l’urgence pour l’être humain de renouer avec celles-ci au plus vite, au risque de courir à notre propre perte. Les enfants d’aujourd’hui ont un smartphone, une console de jeux, des tas de gadgets high-tech, mais ne sont pas toujours satisfaits de ce qu’ils ont ; Courgette et ses camarades ont, par la dureté de leur courte vie passée, la soif de vivre, de s’amuser dehors avec des boules de neige ou lors de jeux d’enfants que l’on a tous connu à l’école : la marelle, les billes… et qui suffisaient à nous rendre heureux.

La chanson de la boum des enfants à la montagne:

La fin du film, nous fait nous partager entre deux émotions : la joie de voir Courgette et Camille partir pour leur nouvelle vie avec Raymond qui les adopte, et la tristesse de voir Simon et ses copains rester au foyer, mais Courgette ne les oublie pas, malgré la chance qu’ils ont eu avec Camille: il écrit une lettre à Simon pour raconter leurs nouvelles aventures. Et on imagine qu’ils continueront à se voir par la suite.

L’épilogue de « Ma vie de Courgette » est aussi une porte ouverte sur le champ des possibles qui s’offre à tous ces petits personnages : on peut imaginer que Simon et ses amis continueront à souder leurs liens déjà très forts après le départ de leurs deux camarades, et s’envoleront ensuite à l’âge adulte dans une vie qui épanouira chacun d’entre eux. Ils laisseront place au foyer à d’autres enfants cabossés par la vie, et joueront sans doute auprès d’eux le rôle de parrains. Courgette et Camille continueront à s’aimer ou leurs sentiments évolueront vers des liens plus fraternels… À nous d’imaginer la suite de leurs vies, après s’être remis de ce véritable tourbillon émotionnel dont on ne peut rester indemne.

Ce long métrage d’animation est une véritable réussite. Le parti pris de la technique du stop motion avec ces marionnettes en résine réalisées pour le film, donne à ce dernier un côté artisanal, qui lui donne ce côté encore plus attachant. On oublie pendant le film que ces personnages sont des marionnettes, et que le film a été tourné durant huit mois, sur quinze plateaux différents, à raison de trois secondes par jour et par animateur, pour obtenir au final un peu plus d’une heure de film. Une fierté à placer en meilleure place parmi les films d’animation francophones qui font rayonner leurs artisans dans le monde entier.

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