[Critique et analyse] Toy Story 4 de Josh Cooley – Studios Pixar

Affiche Toy Story 4

Vu en avant-première le week-end dernier, je suis allée à la séance de « Toy Story 4 » en me demandant, neuf ans avant le troisième volet de la saga phare de Pixar, comment les studios californiens allaient bien pouvoir nous étonner à nouveau, alors que « Toy Story 3 » devait sonner la fin définitive de ce qui devait rester une trilogie. Andy parti à l’université et ayant donné ses précieux jouets à sa sœur, Bonnie… Cela semblait une fin parfaite. Mais avait-on trouvé des réponses concernant l’avenir et le cheminement intérieur de Woody, le héros principal ? Voici entre autres l’objet du très attendu (au tournant) « Toy Story 4 ».

Genre : Film d’animation. Sorti en 2019.

Durée : 1h40.

Réalisation par Josh Cooley.

Scénario par Stephany Folsom.

Musique et chansons : Randy Newman (Version française interprétée par Charlélie Couture).

Société de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures.

Distribution : Walt Disney Studios Distribution.

Avec les voix françaises de Jean-Philippe Puymartin (Woody), Richard Darbois (Buzz l’éclair), Audrey Fleurot (Bo, la bergère), Pierre Niney (Forky, la fourchette), Juliette Davis (Bonnie), Angèle (Gaby Gaby), Barbara Tissier (Jessie), Henri Guybet (Rex), Jean-Loup Horwitz (Zig-Zag), Jean-Pierre Denys (Monsieur Patate), Michèle Bardollet (Madame Patate), Mathias Timsit (Bouton d’Or).

Toy Story 4 Woody et la Bergère

 

Synopsis : Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. C’est le début d’une grande aventure et d’un extraordinaire voyage pour Woody et ses amis. Le cowboy va découvrir à quel point le monde peut être vaste pour un jouet…

Ma vision du film :         

« Toy Story 3 » s’achevait en 2010, sur cette scène où Andy, que l’on a vu grandir auprès des ses jouets, partait à l’université en laissant ses jouets à la petite Bonnie, comme un passage de relais, une transmission, après une page qui se tourne… On ne devait donc pas retrouver Woody, Jessie, Pile-Poil et tous les autres fidèles joujoux auxquels on avait fini par terriblement s’attacher au fil des trois opus de la saga. D’autant que « Toy Story » fut le tout premier film des studios Pixar (sorti en 1995, premier film d’animation totalement en images de synthèse de l’histoire !).

Toy Story 4 Bonnie et la fourchette

Et visuellement, quelle claque ! Encore un palier de franchi entre le dernier volet sorti en 2010, et celui-ci. Pixar ne cesse de repousser les limites que l’on pensait déjà atteintes depuis longtemps, d’une quasi-réalité dans les textures, les matières des jouets… La brillance de la « peau » en céramique de Bo la bergère, semblant plus vraie que nature, la porcelaine des moutons Bi, Bop et Loula, et le bruit de leurs pas sur le sol, la poupée Gaby-Gaby… Pixar ne se repose donc pas sur ses lauriers, comme certains pourraient le penser (et le dire), depuis quelques temps.

Toy Story 4 Woody

Mais niveau scénaristique, « Toy Story 4 » vaut-il le coup d’exister ? N’est-il pas « la suite de trop » ? Si une page s’était tournée donc pour Andy, parti à l’université, qu’en était-il de tous ses jouets et plus particulièrement de Woody ? C’est ce sur quoi ont voulu se concentrer les « faiseurs de belles histoires » de chez Pixar. On ne s’ennuie pas une seconde, le rythme est tenu, les courses-poursuites, les contre-la-montre afin de sauver les camarades aussi… Même si, au début du film, l’obstination du tout nouveau jouet de Bonnie crée de ses propres mains, Forky (une fourchette en plastique customisée) de vouloir à tout prix « reprendre » sa  liberté (?) de déchet et de ne pas comprendre son nouvel état de jouet, devient vite un peu lassante. Mais il faut bien l’avouer, nous sommes bien heureux de retrouver nos jouets favoris et de découvrir de nouveaux personnages.

Mais Bonnie, mettant de plus en plus à l’écart notre bon vieux shérif Woody, n’est, il faut le dire, sans jugement aucun, qu’un prétexte afin de réunir tout ce petit monde, réunir Woody et la bergère (dont l’histoire n’avait jamais d’ailleurs vraiment commencé), et découvrir toute la pléiade de nouveaux personnages, très réussis, d’ailleurs (à part peut-être le québécois Duke Caboom un peu agaçant à la longue, mais il ne s’agit que de mon ressenti…).

Toy Story 4 nouveau personnage poupée Gaby Gaby

Sans vouloir trop en dévoiler sur la fin du film, l’émotion immense qui nous envahit lors de la scène finale est un sacré tour de force de la part des studios à la lampe… Et on se rend compte que l’on est très attaché à chacun des jouets que l’on a retrouvés au fil de ces quatre aventures, depuis 1995. Décidément très forts pour rendre attachants des jouets donc, des robots, un rat, des poissons… Pixar garde le cap, malgré les virages amorcés ces dernières années, les difficultés (le départ de John Lasseter), et les critiques mettant en doute leur capacité à se renouveler, et à proposer des créations originales, après toutes ces suites…

Si « Toy Story » est sans nul doute, une des sagas phares de l’animation (avec « Shrek » et « Dragons » des studios Dreamworks), le temps fera son œuvre pour dire si ce dernier (définitivement cette fois ?) opus sera mon préféré, ayant beaucoup apprécié les 2 et 3. Mais « Toy Story 4 » est pour ma part loin d’être le film de trop, et je prédis d’ailleurs un des plus gros si ce n’est le plus gros succès au box-office de l’année, les grandes vacances approchant (si Marvel laisse de la place…). Décidément l’incontournable studio Pixar est loin de nous avoir livré son dernier pixel…

Toy Story 4 photo de groupe

[Critique et analyse] Roxane de Mélanie Auffret (2019)

Affiche film Roxane

Un agriculteur, producteur d’œufs bio en Bretagne, se bat pour sauver son exploitation en enregistrant des vidéos où il déclame des tirades de Cyrano, Sacha Guitry à ses poules en demande… Féru de littérature et de théâtre depuis l’enfance, sans le dire à son entourage, il va néanmoins ne pas avoir peur du ridicule et tenter le tout pour le tout. Après tout, se voit-il vivre sans ses poules et sa Roxane adorées ? Un premier film épatant et plein de promesses pour la carrière de la jeune réalisatrice de 28 ans, Mélanie Auffret.

Genre : comédie. Sorti le 12 juin 2019.

Durée : 1h25.

Réalisation par Mélanie Auffret.

Scénario par Mélanie Auffret et Michaël Souhaité.

Musique : Gaëtan Roussel.

Sociétés de production : Quad Films.

Société de distributions : Mars Films, TF1 Studio.

Avec Guillaume de Tonquédec (Raymond), Léa Drucker (Anne-Marie), Lionel Abelanski (Poupou), Kate Duchêne (Wendy), Michel Jonasz (Kerborgne), Jean-Yves Lafesse (Olivier), Liliane Rovère (Tante Simone).

Raymond et Roxane film 2019

Synopsis : Toujours accompagné de sa fidèle poule Roxane, Raymond, petit producteur d’œufs bio en centre Bretagne, a un secret bien gardé pour rendre ses poules heureuses : leur déclamer les tirades de Cyrano de Bergerac. Mais face à la pression et aux prix imbattables des grands concurrents industriels, sa petite exploitation est menacée. Il va avoir une idée aussi folle qu’incroyable pour tenter de sauver sa ferme, sa famille et son couple : faire le buzz sur Internet.

Ma vision du film :

Si certains s’inquiètent de la santé du cinéma français, ils feraient mieux de s’y intéresser un peu plus et de voir plus loin que certaines comédies au succès facile… sans jugement aucun de ma part néanmoins. Étant désormais au milieu d’année 2019, nous avons déjà quelques pépites : « L’incroyable histoire du facteur Cheval » en janvier, « Mon inconnue » sorti en avril, « Roxane » ce mois-ci, et sûrement d’autres passés à travers ma lorgnette de cinéphile…

Mélanie Auffret, jeune réalisatrice de 28 ans, prouve qu’elle a un avenir prometteur devant elle, et signe un premier long-métrage en tant que jeune femme s’intéressant au métier d’agriculteur et à son quotidien rude, ses difficultés poussant certains jusqu’au suicide (le beau-frère de Raymond, surnommé « Poupou », dans le film). Ici ni pathos, ni voyeurisme du malheur, mais plutôt un plaidoyer en faveur de ceux qui nous font vivre en nous nourrissant de leur terre et laissés pour compte de l’État.

Raymond dans Roxane 2019

Guillaume de Tonquédec, incarnant Raymond, le personnage principal du film, aux côtés de la désormais célèbre Roxane (surnommée à juste titre « Roxstar » par Poupou), est comme un « coq en pattes » dans la peau de cet agriculteur attaché à ses poules, et notamment à Roxane, sa poule favorite qu’il emmène partout avec lui. Il incarne un homme touchant, en homme féru de théâtre depuis l’adolescence, le cachant depuis son plus jeune âge à son entourage, et pense de façon naïve comme pourraient le penser certains (pour sa femme surtout), que des vidéos sur Internet pourraient sauver sa ferme (faire le buzz, prononcé dans le film « buzz » avec un « u » à la française par sa tante Simone, qui lui a soufflé l’idée).

Car si le film traite habilement de la dure vie d’agriculteur, il met aussi en lumière la difficulté de compréhension et d’écoute de l’entourage : le fils qui ne pense qu’à la honte que son père « lui a mise » à l’école, sa femme Anne-Marie qui voudrait qu’il parle (davantage) mais qui le juge dès que Raymond tente de défendre sa passion, et son idée afin de sauver sa ferme mais aussi et surtout, ses poules.

Scène du film Roxane 2019

Les plus belles scènes du film sont les moments de complicité entre Raymond et ses poules, notamment lorsqu’il leur « fait la lecture ». Et pour la petite anecdote mignonne et sympa, Guillaume de Tonquédec a dit dans une interview pour « Télé 7 Jours » s’être tant attaché à Roxane dans la vie, qu’il souhaiterait si possible l’adopter !

Également, les scènes où Raymond prend des cours de théâtre avec sa voisine anglaise, ex-professeur de français, notamment celle où cette dernière, personnage haut en couleur important du film, déclame le texte de Sacha Guitry, sont très émouvantes et prenantes : j’étais littéralement comme « happée » lors de certaines scènes, prise dans leurs monologues respectifs.

À noter la chanson de Gaëtan Roussel, reprise comme thème musical du film, venant souligner et magnifier des moments purs d’émotion. Et les apparitions de Jean-Yves Lafesse et Michel Jonasz.

Roxane et Raymond en vidéo

Il n’y a eu pour ma part, aucun moment d’ennui à suivre ce très beau « Roxane », comme une mascotte qui rappellerait que, si l’on voit surtout le métier d’agriculteur comme trop rude voire impossible à « exercer », certains agriculteurs sont si attachés à leur métier, leurs bêtes, à leur terre, que l’idée même de les perdre les tuerait, en plus du fait d’être endettés, et de se sentir seuls et abandonnés avec leurs difficultés (à l’image de la réplique de Raymond à son épouse Anne-Marie « Je n’ai pas envie de faire autre chose… »).

Depuis quelques années, on voit davantage de films (documentaires ou de fiction), autour des agriculteurs (« Petit paysan », « Normandie nue »…).

Pour son premier film « Roxane », Mélanie Auffret a su bien s’entourer et distiller les émotions dans ce film tantôt mélancolique, tantôt optimiste, qui fait du bien et redonne du baume au cœur. Une ode à la nature, aux animaux et à leur pouvoir « guérisseur », à la persévérance, à l’entraide, au partage, de l’importance d’avoir des passions dans la vie (qui sont bien souvent salvatrices). Mention spéciale à Guillaume de Tonquédec, désarmant de sincérité, et au regard très expressif, et à sa poule Roxanne, première gallinacée star de cinéma : une bonne chose de mettre en avant la poule, animal dont l’intelligence est souvent sous-estimée.

Raymond et Roxane

[Critique et analyse] Une vie de chat (de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, studios Folimage)

Affiche Une vie de chatCinq ans avant le très réussi « Phantom Boy », les studios Folimage avaient déjà réalisé « Une vie de chat », toujours un dessin animé sous fond d’intrigue policière. L’action se déroule à Paris, décor particulier où on y suit un chat se partageant entre deux familles, la nuit, et finira sans le vouloir, à rapprocher deux êtres aux antipodes l’un de l’autre. Musique jazzy, voix et dialogues de qualité, style d’animation bien reconnaissable : les studios Folimage, situés près de Valence dans la Drôme, sont garants d’une animation française de qualité.

Sorti en 2010. Durée : 1h10.

Genre : dessin animé, polar.

Réalisation par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli.

Scénario par Alain Gagnol.

Musique : Serge Besset.

Production : Jacques-Rémy Girerd.

Distribution : Gebeka Films (France), Films Distribution (à l’international).

Le chat dans Une vie de chat

Avec les voix de Dominique Blanc (Jeanne), Bruno Salomone (Nico), Oriane Zani (Zoé), Jean Benguigui (Victor Costa), Bernadette Lafont (Claudine), Bernard Bouillon (Lucas), Jacques Ramade (« Monsieur Bébé »).

Synopsis : Dino est un chat qui partage sa vie entre deux maisons. Le jour, il vit avec Zoé, la fillette d’une commissaire de police. La nuit, il escalade les toits de Paris en compagnie de Nico, un cambrioleur d’une grande habileté. Jeanne, la commissaire de police, est sur les dents. Elle doit à la fois arrêter l’auteur de nombreux vols de bijoux, et s’occuper de la surveillance du Colosse de Nairobi, une statue géante convoitée par Costa, le criminel responsable de la mort de son mari policier. Depuis ce drame, la fillette ne dit plus un mot. Les événements vont se précipiter la nuit où Zoé surprend Costa et sa bande. Une poursuite s’engage, qui durera jusqu’au matin, et qui verra tous les personnages se croiser, s’entraider ou se combattre, jusque sur les toits de Notre-Dame…

Jeanne et Costa dit le Colosse dans Une vie de chat

Ma vision du film :

Si, dans « Une vie de chat », tout comme dans « Phantom Boy », les situations de départ semblent tristes (ici la petite fille a perdu son père policier tué par Costa, et se retrouve avec sa mère également policière, désormais seule pour élever sa fille et faire face ; dans « Phantom Boy » le petit Léo, 11 ans, se bat courageusement contre la maladie), elles ne plombent jamais vraiment l’ambiance générale du film ; il y a toujours de l’humour, de la musique gaie, des personnages positifs… pour contrebalancer et ne pas déboussoler un public majoritairement composé d’enfants.

Le chat et Zoé Une vie de chat

L’atmosphère particulière de ces films me plaît beaucoup et, dans « Une vie de chat », l’ambiance de Paris la nuit, vue depuis les toits, ce côté mystérieux, et les scènes finales se déroulant sur les toits de Notre-Dame de Paris, comme souvent objet de convoitises et de légendes avec son architecture particulière et ses gargouilles, dont on saisit davantage l’ampleur et la ferveur qu’elle suscite, après l’incendie dramatique qui a frappé l’édifice en avril dernier.

Les films de Folimage ont également cette particularité de donner l’envie de retomber en enfance, même aux adultes les plus réfractaires à se laisser aller, parfois, à oublier dans le tourbillon de la vie pendant cinq minutes, que l’on est justement un enfant dans un corps d’adulte (qui, parmi nous, a choisi de grandir ?), de retrouver le rêve, l’insouciance : leurs longs-métrages sont là pour rêver, imaginer, être dans les nuages, malgré les situations difficiles que traversent les familles dans ces films.

Nico dans Une vie de chat

Comme toujours, les studios Folimage nous proposent un dessin animé (on ne parle pas ici de film d’animation puisque l’on réalise encore chez Folimage des dessins animés « traditionnels », en 2D), un film accrocheur, des personnages très attachants, une ambiance particulière et des dialogues particulièrement soignés. Les studios Folimage apportent toujours un soin particulier au choix des voix pour doubler leurs personnages, ce qui participe beaucoup à la réussite de ces films, dont la voix des adultes et personnages plus âgés contrebalancent avec un graphisme du dessin animé plus « enfantin », qui a également son charme.

Une musique jazzy pour « Une vie de chat » signée Serge Besset, correspondant parfaitement à l’atmosphère noctambule parisienne, sous fond de polar. On peut également entendre ce magnifique thème symphonique enregistré notamment avec l’orchestre philharmonique Bulgare.

Le chat Une vie de chat

« Une vie de chat » prouve une nouvelle fois que l’animation française est de qualité, que beaucoup nous envient (même le géant Pixar s’inspire de certains films d’animation français !). Depuis le début des années 2000, beaucoup d’animateurs français s’exportent à l’étranger et leur savoir-faire n’est plus à prouver ; l’animation française a encore de beaux jours devant elle, et ce malgré un travail encore artisanal en 2D, en aquarelle ou en stop-motion (très peu de studios français travaillent, même de nos jours, en 3D). Je consacrerai prochainement sur le blog un article sur l’animation française.

Nico et le chat sur les toits de Paris dans Une vie de chat