[Critique et analyse] Phantom Boy : Léo, un petit héros pas ordinaire

Affiche Phantom Boy

Après avoir exploré d’autres horizons cinématographiques, je reviens au cinéma d’animation avec un film français trouvé par hasard, « Phantom Boy » des studios français Folimage, sorti en 2015. Parfois le hasard fait bien les choses, et c’est notamment le cas en ce qui concerne cette trouvaille, un dessin animé « à l’ancienne », en 2D, mêlant les genres fantastique et policier. Un parti pris par les créateurs du film de ne pas réaliser ce film en images de synthèse.

Sorti en 2015.

Réalisation par Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli.

Scénario par Alain Gagnol.

Sociétés de production : Folimage, Lunanime, France 3 Cinéma et Rhône-Alpes Cinéma.

Distribution : Diaphana Distribution et Lumière Publishing.

Musique : Serge Besset.

Avec les voix d’Édouard Baer (Alex Tanguy), Jean-Pierre Marielle  (l’homme au visage cassé), Gaspard Gagnol  (Léo), Noa Bernaoui-Savreux (Titi, la sœur de Léo), Audrey Tautou (Mary Delauney), Yves Barbaut (le commissaire), Philippe Peythieu (le maire, Dino).

Phantom Boy Léo vole dans New York

Synopsis : Léo, 11 ans, est un jeune adolescent qui vit à New York de nos jours. La vie n’est pas drôle pour lui : il est hospitalisé à cause d’une maladie. Heureusement, il possède un pouvoir extraordinaire : celui de se dédoubler pour planer en l’air sous une forme immatérielle, invisible et impalpable, tandis que son corps physique reste endormi. Sous cette forme, il peut aller partout et même traverser les murs. Au même moment, Alex, un policier, se trouve hospitalisé dans le même hôpital après s’être cassé une jambe. Cela ne l’arrange pas du tout, car il se trouvait sur la trace d’un bandit surnommé « l’homme au visage cassé », qui projette de prendre le contrôle de la ville à l’aide d’un virus informatique dans les vingt-quatre prochaines heures. Léo et Alex vont alors s’allier pour sauver la ville, le tout en moins d’une journée.

Ma vision du film :

Voici donc mon analyse d’un dessin animé malheureusement assez peu connu, « Phantom Boy », des studios français Folimage situés à Bourg-lès-Valence dans la Drôme, petit studio d’animation qui monte, qui monte…

Phantom Boy Léo vole près de la statue de la Liberté

Comme vous pourrez le constater sur les photos, il s’agit ici d’un dessin animé en 2D et non d’un film d’animation réalisé en images de synthèse. Si ce mode de réalisation à l’ancienne devient de plus en rare voire exceptionnel désormais, et que ce graphisme se révèle être très sommaire (notamment davantage au niveau des personnages que des décors, dessinés à la craie à la cire sur papier avant d’être retravaillés sur ordinateur ; ici New York), il s’agit véritablement d’un choix assumé de la part des réalisateurs, qui « permet de rappeler que les films ne sont pas des simples produits de consommation mais le résultat du travail minutieux d’un groupe d’artistes et de techniciens ».*

Si certains d’entre vous se trouvaient de prime abord « rebutés » par l’aspect quelque peu « rudimentaire » du film, je peux ici vous rassurer : un film réussi se trouve être tout d’abord une bonne et belle histoire, bien écrite, un scénario et des dialogues tenant la route, l’aspect visuel venant ensuite mettre en valeur, « sublimer » ces fondations nécessaires. Sans cette base indispensable, le film pourra être aussi brillant et étincelant visuellement… vous vous ennuierez à mourir, et le soufflet retombera au bout d’un quart d’heure. Ce ne sera pas le cas pour « Phantom Boy », même s’il y a autant d’avis subjectifs que de spectateurs pour un même film.

Marie et Alex Phantom Boy

Léo est un petit garçon malade, très courageux et combatif. Hospitalisé, il va révéler à sa sœur un grand secret : son « fantôme » (oui, oui, il est encore bien vivant néanmoins, rassurez-vous !) peut sortir de son enveloppe corporelle et peut aller partout, suivre n’importe qui et traverser murs, portes… Seulement il ne doit pas rester très longtemps ainsi, sinon il sera trop tard pour revenir à son corps. Il va rencontrer à l’hôpital un policier, Alex, et les deux vont, après un temps d’adaptation (surtout du côté d’Alex), se lier d’amitié et utiliser le « pouvoir » extraordinaire de Léo pour mettre à mal les plans de « l’homme au visage cassé », dont le seul dessein est d’anéantir New York et de terroriser ses 8 millions d’habitants…

Léo a beau être malade et hospitalisé, on ne verse cependant jamais dans le pathos, même si certains moments durs sont montrés, comme lorsque [Attention spoiler] la maman de Léo craque à plusieurs reprises, et que Léo, de par sa « condition » de fantôme, le verra. [Fin du spoiler] D’ailleurs, on ne saura à aucun moment dans le film, de quelle maladie Léo est atteint, littéralement celle-ci ne sera jamais nommée, même si on pourrait se douter laquelle celle-ci pourrait être, [Attention spoiler] vu le crâne rasé de Léo. [Fin du spoiler]

New-York dans Phantom Boy

Le long-métrage se révèle être d’ailleurs plein d’espoir, d’optimisme, et même d’humour, de par certains de ses dialogues très drôles.

Tous les personnages du film, même ceux dits « secondaires », sont très attachants, notamment Marie, l’amie journaliste d’Alex, qui va vouloir à tout prix, parfois même au péril de sa propre vie, aider Alex et tenter de faire échouer les plans de l’effroyable « homme au visage cassé ».  Une belle amitié entre le jeune Léo et Alex, ainsi que la belle complicité entre Léo et sa petite sœur, donnent du baume au cœur et redonnent foi et espoir aux belles rencontres que l’on peut faire sur le chemin parfois sinueux et épineux de la vie. [Attention spoiler] D’ailleurs, dans l’amitié liant Léo au policier Alex, celui qui aura davantage besoin de l’autre ne sera pas forcément celui que l’on croit (confirmant au passage le célèbre vers de la Fontaine dans sa fable « Le Lion et le Rat » : « On a souvent besoin d’un plus petit que soi ».). [Fin du spoiler]

Certaines scènes sont pleines de suspense, [Attention spoiler] et même si la fin bienheureuse concernant le destin promis à la Grosse Pomme sera sans surprise, [Fin du spoiler] le danger planant sur une ville comme New York est forcément intrigant.

Léo Phantom Boy

Quelques scènes, notamment concernant Léo vers la fin, sont très poétiques et oniriques, de par l’association du fantôme de Léo qui flotte dans les airs la nuit, et de la musique envoûtante.

« Phantom Boy » est un dessin animé très réussi, certains diront pour enfants, mais également pour ceux qui n’ont pas perdu leur âme d’enfant une fois adulte. Malgré un aspect visuel assez simpliste pouvant être « repoussant » de prime abord, il transmet de belles valeurs telles que l’amitié, l’entraide, l’importance d’écouter l’autre…

 Avez-vous déjà vu « Phantom Boy » ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à nous faire partager votre avis en commentaire !

* Pour en savoir un peu plus concernant le mode de création du film, je vous invite à visiter la fiche Wikipédia du film, riche en informations.

Fantôme de Léo revient dans son corps Phantom Boy

[Critique et analyse] A Star is Born : Lady Gaga/Bradley Cooper, un duo au sommet

Affiche A star is born.jpg

Premier grand rôle de Lady Gaga dans un long-métrage, cette troisième mouture de « A star is born » version 2018 signe les premiers pas de Bradley Cooper à la réalisation. Si les critiques sont dithyrambiques, autant par la presse que par les spectateurs, on parle déjà du film pour la course aux Oscars, aussi bien en ce qui concerne les rôles interprétés par Lady Gaga et Bradley Cooper, que la musique signant la bande originale. Ayant vu le film ce week-end au cinéma, je vous en livre mon premier ressenti.

Sorti en 2018.

Réalisation par Bradley Cooper.

Scénario par Will Fetters, Bradley Cooper et Eric Roth, d’après le scénario original écrit par William A. Wellman, Robert Carson, Dorothy Parker et Alan Campbell.

Musique : Chansons du film interprétées par Bradley Cooper et Lady Gaga, composées et écrites par Lady Gaga, Mark Ronson, Lukas Nelson ou encore Jason Isbell.

Société de production : Malpaso Productions, Gerber Pictures, Joint Effort et Thunder Road Pictures.

Société de distributions : Warner Bros.

Avec Bradley Cooper (Jackson Maine), Lady Gaga (Ally), Sam Elliott (Bobby), Andrew Dice Clay (Lorenzo), Rebecca Field (Gail), Michael D. Roberts (Matty), Dave Chappelle (Noodles), Raffi Gavron (Rez, le manager d’Ally).

A star is born Bradley Cooper et Lady Gaga sur scène

Synopsis : Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

Ma vision du film :

Tout d’abord, je dois dire que je suis fan de Lady Gaga, ce qui m’a poussé à aller voir le film. Je dois avouer que je ne serais peut-être pas allée voir le long-métrage sans cela. D’autant que, aux prémices du projet du film, avec Clint Eastwood aux manettes de la production, Leonardo Dicaprio (qui a refusé le rôle par la suite), et Beyoncé étaient pressentis pour interpréter les deux rôles principaux. Bradley Cooper, ayant hérité de la réalisation, a pensé à Lady Gaga après l’avoir vu chanter dans un gala de charité. Et heureusement pour nous, que ces deux-là se soient rencontrés, car le duo « sonne juste », aussi bien musicalement qu’en tant que couple.

Si Lady Gaga a connu quelques expériences en tant qu’actrice (elle a joué à 15 ans dans la série TV « Les Soprano » et plus récemment dans la série « American Horror Story » où son talent d’interprète a été très remarqué), c’est réellement son premier grand rôle dans un long-métrage au cinéma. Sa composition dans « A star is born » est proche de ce qu’elle est dans la vie, et on retrouve dans le film de multiples points communs et  clins d’œil à sa propre carrière : le label qui la signe dans le film est le même que le sien (Interscope Records) ; elle est aussi issue d’une famille italienne ; elle a aussi commencé à chanter dans des bars ou des clubs ; elle a également subi des remarques sur son physique au début par des managers ou producteurs.

A star is born Jackson sur scène

Le film dure environ 2h15, ce qui paraît assez long, mais bon nombre de chansons sont jouées tout du long, réellement sur scène ou en studio, ce qui atténue l’impression de longueur du film. Chansons très réussies par ailleurs, composées et écrites spécialement pour le film. L’album de la bande originale ainsi que les singles qui en sont issus sont tous très bien placés dans les classements de vente depuis la sortie du film. Un tel carton qui a notamment obligé certains disquaires à se réapprovisionner tant la demande est forte.

La première partie du film narre la rencontre inattendue entre Jackson Maine, et Ally, qui gagne sa vie en travaillant dans un restaurant mais chante à ses heures perdues dans un bar tenu par des drag-queens. [Attention spoilers] Il est subjugué par son talent lorsqu’elle chante ce soir-là « La vie en rose » d’Édith Piaf dans un français parfait, et fait plus ample connaissance avec elle à la fin du show. Il la pousse à lui faire entendre ses chansons et l’invitera à un de ses concerts, sans lui dire au préalable qu’il souhaite qu’elle vienne chanter sur scène à ses côtés. [Fin des spoilers]. Le film glisse ensuite tout doucement vers la découverte de la célébrité naissante pour Ally, et le début de la relation amoureuse entre cette dernière et Jackson.

A star is born Jack et Ally

[Attention spoilers] Puis, après environ la première heure, les choses vont commencer à se corser après le mariage « improvisé » d’Ally et Jackson. La carrière d’Ally se met à réellement décoller après qu’un manager l’a repérée après un de ses concerts auprès de Jackson. Enchainant enregistrement de son premier album, tournage de son premier clip, séances photos et répétitions pour sa tournée, tentant de concilier l’authenticité de son image et de sa musique, elle se heurte parfois aux choix de son manager, qui souhaite changer certains aspects de son physique. Jackson ne la reconnait plus au fur et à mesure que sa carrière grandit, et que son image et sa musique deviennent de moins en moins sincères et naturelles. Dépité par la tournure que prennent les choses et par son propre déclin, Jackson se révèle jaloux du succès de son épouse. Il continue de se détruire et de se perdre dans l’alcool et la drogue, prononce des mots durs à l’égard d’Ally, lui fait honte, saoul et drogué, lors de la cérémonie des Grammy Awards où elle vient recevoir un prix… On comprend donc, lors de cette scène charnière poussant Jackson à rentrer en cure de désintoxication, que l’épilogue du film risque de se diriger vers une fin tragique… Car si l’amour que lui porte Ally le pousse à vouloir s’en sortir, une phrase assassine déclarée par un membre de l’entourage d’Ally va le pousser à commettre un geste irréparable. [Fin des spoilers].

Si les premières critiques semblent préférer nettement la première partie du film à la deuxième, je trouve pour ma part cette dernière plus intéressante dans le traitement, plus en profondeur, de la « descente aux enfers » de Jackson, même si on ne rentre jamais réellement dans les détails de son autodestruction, on peut néanmoins se rendre compte que son passé et sa personnalité semblent troubles.

A star is born Jackson et Ally_2

Certainement dû à un parti pris de Bradley Cooper, les plans sont cadrés de telle sorte à être au plus près des protagonistes, afin de voir leurs regards et leurs expressions du visage de façon plus intime.

Pour ma part, le point faible du film est surtout dû au fait de l’incompréhension de certaines scènes, de certaines situations et de certains dialogues. [Attention spoilers] Pourquoi Ally s’énerve-t-elle autant lorsque des gens veulent une photo de Jackson, alors qu’elle le connaît à peine et que ce n’est pas à elle, mais à Jackson, de réagir ? Pourquoi Jack dit-il à Ally qu’elle est laide lorsqu’elle est dans son bain ? [Fin des spoilers]. Peut-être que la traduction de la VF n’est pas très précise, ou que certains dialogues ont été mal « travaillés » et peuvent parfois être incohérents… Mais heureusement, ceci ne se déroule pas très souvent dans le film.

A star is born Ally

Bradley Cooper prouve qu’il a de la « bouteille » en tant qu’acteur et ne s’en sort pas si mal à la réalisation pour un premier film. Il est épatant dans son interprétation  de rock star en déclin qui va croire au talent d’Ally et lui permettre de la faire connaitre. Il ne supportera pas par contre ce qu’elle aura fait de sa carrière naissante, prise très vite dans le tourbillon du succès… Il perdra en quelque sorte « le contrôle » sur elle et sa carrière, ainsi que sur sa propre vie puisqu’il se détruit à petit feu. Il donne une profondeur certaine à son personnage, de par sa façon d’être, ses regards, son allure de cowboy (Ally l’appellera ainsi à plusieurs reprises durant le film)… Et en tant que réalisateur, ce n’est certainement pas son dernier long-métrage.

Si Lady Gaga ne s’en sort pas si mal, son talent d’actrice restera à confirmer dans un long-métrage où son rôle sera bien plus éloigné de la « confortable » interprétation de chanteuse qu’elle est déjà (avec talent) dans la vie. Il n’est pourtant pas rare de voir certaines chanteuses débuter au cinéma dans un rôle de vedette qui « monte » (à l’image de Britney Spears dans « Crossroads » en 2002, par exemple, néanmoins bien en dessous qualitativement de « A star is born ». Elle n’aura par contre jamais transformé l’essai).

A star is born Jackson et Ally

Bien qu’il ne soit pas à mon humble avis forcément le chef d’œuvre annoncé, je ne regrette absolument pas de l’avoir vu dans les salles obscures, car « A star is born » est néanmoins une très belle réussite. Le duo Lagy Gaga/Bradley Cooper fonctionne à merveille et le personnage de Jackson est très intéressant. Quant aux scènes de concert, de partage et de complicité entre nos deux talents purs, ils valent à eux seuls le déplacement au cinéma pour les amateurs de musique pop, country, rock, blues et folk. Les fans de Lady Gaga et/ou admirateurs (admiratrices ?) du talent d’interprète de Bradley Cooper ne peuvent passer à côté d’un tel évènement.

Et vous, comptez-vous aller voir « A star is born » au cinéma ? Ou l’avez-vous déjà vu ? N’hésitez pas à réagir en commentaire !

Ally is crying

[Critique et analyse] Le goût des merveilles, une ode à la différence et à la (vraie) vie

Affiche Le goût des merveilles.jpg

Comme vous avez pu le constater depuis quelques semaines, Rêves Animés se détache pendant un temps des films d’animation (sans les abandonner bien entendu), pour explorer d’autres horizons. Et parfois, sur notre chemin « cinématographique », on découvre quelques pépites qui nous font du bien, qui nous font croire en la vie, espérer. C’est ça aussi, la magie du cinéma. « Le goût des merveilles » fait partie de celles-ci. Un coup de cœur incommensurable, porté par la talentueuse Virginie Efira et le désarmant Benjamin Lavernhe de la Comédie Française, que je partage avec vous…

Sorti en 2015.

Réalisation et scénario par Éric Besnard.

Musique : Christophe Julien.

Société de production : Pulsar Productions et Caméra One.

Coproduction : Canal+, D8, TF1, Rhône-Alpes Cinéma et UGC.

Société de distribution : UGC Distribution et TF1.

Avec Virginie Efira (Louise), Benjamin Lavernhe  (de la Comédie Française) (Pierre), Hervé Pierre (Jules, le libraire, ami et « mentor »  de Pierre), Lucie Fagedet (Emma, la fille de Louise), Léo Lorléac’h (Félix, le fils de Louise), Hiam Abbass (la psychiatre), France Darry (la cliente sur le marché qui sympathise avec Pierre).

Louise Le goût des merveilles

Synopsis : Au cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens : il est autiste Asperger. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.

Ma vision du film :

Me souvenant de la sortie de ce film fin 2015, je ne l’avais encore néanmoins jamais vu, appréciant pourtant le talent de Virginie Efira, déjà en tant qu’animatrice à la télévision, puis désormais en tant que comédienne reconnue au cinéma.

Tombant de nouveau par hasard sur ce film quand je recherchais une comédie « dramatique » à visionner, je me suis décidée à le regarder, pensant passer un agréable moment devant ce long-métrage d’Éric Besnard. Ce fut bien plus qu’une agréable surprise : « Le goût des merveilles » m’a bouleversé, et j’étais bien loin de m’y attendre.

Personnage de Pierre dans Le goût des merveilles

Le curseur émotif du « Goût des merveilles » se situe néanmoins plus du côté comédie que du côté dramatique. Bien loin de virer dans le pathos, et malgré les difficultés vécues par Louise, le personnage incarné par Virginie Efira, et si l’on devait accorder des synonymes collant à l’ambiance du long-métrage, ils seraient plutôt solaire, lunaire, plein d’espoir, délicat, parfois drôle grâce à Pierre et terriblement touchant, attachant et délectable.

Car arrivés à la fin du film, on voudrait qu’il ne s’arrête jamais, tant il nous fait du bien au moral.

Un des deux personnages principaux, Pierre, est autiste Asperger. Il est percuté par la voiture de Louise un jour qu’elle rentrait chez elle. Sa rencontre à priori ordinaire et plutôt mal engagée avec le jeune homme finira par illuminer petit à petit la vie de Louise, dont l’exploitation agricole rencontre des difficultés financières suite au décès de son époux.

Louise et Pierre Le goût des merveilles

Ici, bien loin « d’instrumentaliser » l’autisme, ou de le considérer avec mépris ou condescendance, le réalisateur a souhaité mettre cette différence en avant, en faire une force, et non une faiblesse. Pierre s’émerveille en effet de tout et de rien, des petites choses de la vie dont on oublie la saveur au quotidien, à force de les connaitre et de passer à côté sans en profiter réellement : la saveur d’un bon gâteau, la beauté d’un paysage, contempler les nuages dans le ciel en s’imaginant à quoi ils ressemblent… La belle robe, le sourire, les jolis pieds vernis d’une femme…

Son hypersensibilité, vue à travers les yeux de notre société moderne comme une faiblesse, un défaut, une tare ou un handicap, révèle ici un homme touchant, sincère, incapable de mentir ni de tricher : il dit ce qu’il pense à tout le monde, que les choses soient bonnes ou non à entendre.

Certaines scènes, notamment au début du film, sont très drôles, grâce aux répliques spontanées de Pierre et à ses facéties : [Attention spoiler] il colle des gommettes de couleur partout, compare les nombres à des formes, des couleurs, notamment le 37, l’âge de Louise ; puis les compare de nouveau plus tard aux formes des nuages. [Fin du spoiler].

Pierre Le goût des merveilles

La grande intelligence de Pierre le fait se rendre indispensable auprès de Louise et de ses enfants : ces derniers seront d’ailleurs les premiers à s’attacher à Pierre, car sa « différence » intrigue Félix, le benjamin. Aussi, il est bien heureux que Pierre puisse l’aider à faire ses épineux devoirs de mathématiques…

La présence de Pierre au sein du foyer est une véritable « bouffée d’air frais » pour Louise et ses enfants, englués dans une vie morne et difficile depuis la mort accidentelle de l’époux de Louise. En effet, en plus d’alléger la charge mentale de Louise, Emma et Félix, il leur fait voir la vie autrement, avec des yeux tout neufs, une existence plus légère où le contemplatif et l’émerveillement ont toute leur place.

[Attention spoiler] La relation entre Louise et Pierre restera platonique tout au long du film, et on se demande si la poésie et le charme de leur relation ne s’en trouve pas plus sublimée ainsi, à l’appréciation de l’imaginaire du spectateur, jusqu’à la scène finale, empreinte de magie, ou s’il fallait tout de même faire vivre une sexualité à Pierre, puisqu’on a pris le parti ici de faire de sa différence une force. Car les allusions de ce dernier à Louise par rapport à son physique avantageux ne manqueront pas, donnant au passage lieu à des scènes pleines d’humour. [Fin du spoiler].

Le long-métrage a été tourné dans la Drôme, un décor qui se prête merveilleusement aux ambiances « solaire » et « lunaire » du film, incarnés respectivement par les personnages de Louise et de Pierre. Le cadre est magnifié par de magnifiques images de nature.

Le personnage de Pierre est remarquablement interprété par Benjamin Lavernhe de la Comédie Française, que je ne connaissais pas jusqu’alors. Sa prestation est absolument juste et  bouleversante, et je me suis retrouvée à plusieurs reprises en larmes, notamment lors de certaines scènes partagées avec Jules, le libraire, qui joue en quelque sorte pour lui le rôle de parrain et « bienfaiteur », ou [Attention spoiler]  à la fin, lors de sa touchante déclaration à Louise. [Fin du spoiler]. Avec Pierre, on ne s’ennuie pas, et on oscille entre rires et larmes. Son personnage me marquera très longtemps.

Paul, Pierre et Louise dans Le goût des merveilles

Les seconds rôles sont également très brillants, notamment les enfants de Louise, auxquels on s’attache ; Jules, le libraire donc, qui a pris Pierre « sous son aile », très éloquent également dans sa façon « d’aider » Pierre, de lui faire prendre conscience qu’il ne faut pas passer à côté de sa vie, et de son âme sœur, [Attention spoiler] notamment lors d’une scène mémorable où les deux comparses jouent aux échecs dans la chambre du foyer où se trouve Pierre vers la fin du film. [Fin du spoiler].

Sorti fin 2015, en pleine période de fêtes de fin d’année et au même moment que le rouleau compresseur « Star Wars 7 : le réveil de la  Force», le long-métrage n’aura malheureusement pas rencontré le succès « commercial » escompté et n’est que très peu resté en salles. Bien dommage pour un film positif, balayant les clichés sur l’autisme et la différence. Néanmoins quelques fins amateurs ont su, ou sauront apprécier « Le goût des merveilles » à sa juste valeur.

« Le goût des merveilles » est un film magnifique, qui m’a pris aux tripes, notamment grâce à l’excellentissime performance de Benjamin Lavernhe, criant d’émotion et de sincérité. Un long-métrage qui fait désormais partie de mes pépites, et que je ne suis pas prête d’oublier.

Et vous, connaissez-vous « Le goût des merveilles » ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Donnez votre avis en commentaire !

Pierre et Louise Le goût des merveilles