[Critique et analyse] Corrina, Corrina de Jessie Nelson (1994)

Affiche Corrina, Corrina

Dans les années 1990, Whoopi Goldberg était à l’apogée de sa carrière. Si elle a été révélée en 1985 dans « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, elle a su s’imposer dans les années 1990 où sa carrière fut à son apogée, excellant dans des films grand public comme « Sister Act 1 & 2 » ou « Ghost ». Mais Whoopi a joué également dans des films moins connus, tels « Corrina, Corrina » sorti en 1994 que je vous présente aujourd’hui. Plus récemment, il pourrait faire penser à « La couleur des sentiments », la bonne humeur en plus.

Sorti en 1994.

Genre : comédie dramatique. Durée : 1h45.

Réalisation et scénario par Jessie Nelson.

Musique : Rick Cox.

Société de distributions : New Line Cinema.

Avec Whoopi Goldberg (Corrina Washington), Ray Liotta (Manny Singer), Tina Majorino (Molly Singer), Jenifer Lewis (Jevina), Wendy Crewson (Jenny Davis), Don Ameche (Grand-père Harry), Erica Yohn (Grand-mère Eva).

Synopsis : Manny Singer, un jeune veuf, doit élever seul Molly, sa petite fille de huit ans qui s’est retranchée dans son chagrin après la mort de sa mère. Seule l’arrivée de Corrina Washington, une jeune gouvernante brillante et enthousiaste, redonnera le sourire à la petite fille.

Corrina, Corrina extrait du film

Ma vision du film :

Bien que sorti dans les années 1990, l’action de « Corrina, Corrina » se déroule dans les années 1960, période pas si éloignée de nous où la ségrégation raciale était encore bien présente. Elle est l’objet de nombreux films, dont notamment « La couleur des sentiments » cité ci-dessus, mais aussi « Les figures de l’ombre », film très réussi sorti en 2016 sur les femmes afro-américaines ayant permis aux États-Unis de pouvoir gagner la course à la conquête spatiale, en pleine guerre froide. Une époque où les personnes de couleur devaient aller dans des toilettes différentes que les blancs. Pourrait-on encore imaginer une telle chose aujourd’hui ?

Extrait film Corrina, Corrina avec Whoopi Goldberg

Dans « Corrina, Corrina », la ségrégation n’est certes pas le sujet principal, mais il est en filigrane, bien présent. Lorsque Manny Singer, jeune veuf, se retrouve seul à élever sa petite fille de 8 ans, il peine à remonter la pente et doit trouver une gouvernante afin de s’occuper de la maison et de sa fille qui se terre dans le silence, anéantie par la mort de sa mère. C’est alors qu’après une tentative ratée avec une gouvernante fantaisiste, Corrina arrive dans leur vie et va redonner le sourire à la petite Molly, mais pas que…

[Attention spoilers] Si Corrina est victime de racisme et de ségrégations lors de scènes édifiantes (lorsqu’elle reçoit cette lettre de Jazz Magazine et qu’elle se voit refuser son article pourtant brillant  car « on n’accepte pas d’articles extérieurs provenant de personnes de couleur »). Et que dire lors de la scène du restaurant lorsque Corrina est prise pour une serveuse (servante ?) [Fin des spoilers].

Molly et Corrina extrait film Corrina, Corrina

Jevina, la sœur de Corrina, la met en garde contre Manny et sa famille risquant de se servir d’elle et de sa générosité. Voyant sa sœur se rapprocher de la famille Singer, tenter de s’affranchir des conventions, elle la « bride », peut-être par méfiance des blancs, et/ou aussi par jalousie que sa sœur puisse s’épanouir et devenir quelqu’un.

Il y a beaucoup de musique dans le film, du jazz, du piano (on peut entendre Erik Satie…), et Manny et Corrina vont se trouver beaucoup de points communs autour de la musique, on va les entendre plusieurs fois avoir des discussions autour de leur passion commune. Le film se nomme d’ailleurs « Corrina, Corrina » du nom de la chanson de Ted Hawkins dont on peut entendre des extraits plusieurs fois dans le film (vidéo ci-dessous).

Dans la vie, on a tous rencontré au moins une fois certaines personnes qui sont des moteurs, des soleils malgré les épreuves qu’elles peuvent endurer. Si Corrina endure celle de la ségrégation mais aussi de sa propre vie (dont on ne sait pas tout mais dont on comprend qu’elle a n’a pas été rose), elle est de celles-là. Elle est arrivée dans la vie des Singer, comme une synchronisation où les uns avaient besoin des autres. Elle redonne le sourire, la parole et la joie de vivre à une petite fille privée de sa mère, et à un père meurtri et ne sachant pas comment s’y prendre avec sa fille. Remet de la joie et de la magie dans une famille rongée par le deuil et le chagrin. Corrina est digne, ne se plaint jamais, malgré le manque de respect souvent enduré.

« Corrina, Corrina » est un beau film, pas si futile qu’il pourrait paraitre, traitant de plusieurs sujets : le deuil, la ségrégation, avoir le contrôle de sa propre vie; tout en conservant une certaine légèreté avec la musique en toile de fond. « Corrina, Corrina » fait partie de ses films méconnus qu’il faut continuer à faire connaitre, même 25 ans après sa sortie. Les bons films ne meurent jamais…

Extrait du film Corrina, Corrina

[Critique et analyse] L’esprit de famille d’Eric Besnard (2020)

Affiche L'esprit de famille

Pour ma première au cinéma en 2020, je suis allée voir cette petite comédie française d’Éric Besnard, dont j’avais déjà vu deux films auparavant : « Mes héros » avec déjà Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Clovis Cornillac, mais surtout « Le goût des merveilles » avec Virginie Efira et Benjamin Lavernhe, sorti en 2015, qui reste pour moi un formidable souvenir.  Éric Besnard signe encore une fois une comédie drôle, tendre et touchante, jamais triste. Mon avis sur le film.

Sorti en 2020. Durée : 1h38.

Genre : Comédie.

Réalisation et scénario par Éric Besnard.

Supervision musicale : My Melody.

Société de production : Same Player et Cine Nomine, coproduit par France 3 Cinéma.

Société de distribution : Apollo Films (International : Other Angle Pictures).

Avec Guillaume de Tonquédec (Alexandre), François Berléand (Jacques), Josiane Balasko (Marguerite), Isabelle Carré (Roxane, la femme d’Alexandre), Jules Gauzelin (Max, le fils d’Alexandre), Jérémy Lopez (Vincent, le frère d’Alexandre), Marie-Julie Baup (Sandrine, la belle-sœur d’Alexandre).

Personnage d'Alexandre L'esprit de famille

Synopsis : Alexandre s’embrouille une nouvelle fois avec son père Jacques. A priori, il ne devrait pas, car ce dernier vient de décéder, mais Jacques, ou plutôt son esprit, est bien là, à râler à ses côtés. Et comme Alexandre est le seul à le voir et donc à lui parler, sa mère, sa femme et son frère commencent à s’inquiéter de son étrange comportement.

Ma vision du film :

Il y a plusieurs façons de voir certaines comédies françaises. Je ne parle bien entendu pas des comédies potaches qui font un certain nombre d’entrées dans les salles obscures françaises, car elles arrivent à trouver leur public, et ce sont elles qui permettent de faire vivre d’autres « genres » de cinéma. Je parle des petites comédies plus discrètes, qui feront un parcours moins remarqué dans les cinémas. Ce qui est le cas des films d’Éric Besnard, passant quelque peu inaperçues lors de leur temps de vie au cinéma, et qui trouveront plus tard d’autres téléspectateurs grâce à la télévision et aux plateformes de VOD. Ce qui fut le cas avec « Mes héros » ou « Le goût des merveilles », deux précédents films du réalisateur de « L’esprit de famille », réunissant un casting prestigieux.

Josiane Balasko dans L'esprit de famille

Alexandre, écrivain, est considéré par les membres de sa famille par un égoïste. Lorsque meurt le patriarche, Jacques (interprété par François Berléand), il le verra partout, suivant des conversations avec son père, donnant lieu à de savoureux quiproquos. Et si ce décès et la « présence » de son père, même outre-tombe, allait resserrer les liens de cette famille ? Si finalement, celui qui fut considéré comme égoïste et égocentrique n’était pas toujours forcément celui que l’on croit toujours ?

La famille abrite tout un tas de personnages singuliers et hauts en couleur. Vincent, le frère d’Alexandre, agent de rugbymen, toujours avec son oreillette à négocier les contrats de ses joueurs et de tenter d’aplanir les problèmes. Sandrine, sa femme, dépressive, qui guérira miraculeusement suite à une aventure étonnante (que je ne vous révélerai pas). Il y a aussi Roxane (Isabelle Carré), la femme d’Alexandre, celle qui semble la plus terre à terre de tous… Max, leur fils, extrêmement intelligent et plus lucide que son jeune âge lui en donne l’air. D’ailleurs, j’aimerais donner une mention spéciale à ce jeune acteur qui l’incarne, Jules Gauzelin, si doué qu’il en éclipserait presque la brochette d’acteurs confirmés qui l’accompagnent ! Un vrai rayon de soleil. Marguerite, la mère d’Alexandre et Vincent, démunie par le décès de son époux… Et que dire de Napoléon ( !) le rugbyman Fidjien, aussi doux et sensible que sa carrure est imposante, que l’on entendra que très peu et en anglais. Sa présence donne une fantaisie en plus au long-métrage.

Alexandre L'esprit de famille

Si le film accuse une légère baisse de régime vers la fin, on peut y trouver plusieurs niveaux de lecture : certains n’y verront seulement qu’une petite comédie drôle et cocasse, voire tendre ; d’autres y verront un message plus profond type « carpe diem », adressé par Jacques : il faut profiter de la vie et de ses proches tant qu’il est encore temps, car le temps passe vite… L’importance également de chercher aussi de temps en temps, au milieu du tourbillon de la vie, à comprendre ce qui anime ou attriste ses proches, au lieu d’y être indifférents et/ou de les accabler… Afin de mieux comprendre l’autre (comme cette scène où Vincent se confie à Napoléon, et qu’Alexandre surprend cet instant de confidences)… Il comprendra alors que son frère traverse une phase très difficile de sa vie… Il suffit parfois d’un peu d’écoute et d’une main tendue pour apaiser quelque peu les tourments de la vie…

« L’esprit de famille »  est une comédie touchante, tendre et cocasse, jamais totalement triste, ce qui semble être la marque de fabrique du réalisateur Éric Besnard et la force de ses films. « L’esprit de famille » est porté par une brochette d’acteurs aux personnages attachants. Mention spéciale au jeune Jules Gauzelin (Max) qui apporte beaucoup de fraicheur. Mais le film n’a toutefois pas détrôné dans mon cœur de cinéphile « Le goût des merveilles », que j’avais énormément apprécié, du même réalisateur.

Photo de groupe film L'esprit de famille d'Eric Besnard

[Critique et analyse] Avril et le monde truqué (Franck Ekinci et Christian Desmares, 2015)

Affiche Avril et le monde truquéVoici encore sur Rêves Animés un digne représentant de l’animation à la française, que beaucoup nous envient. Ayant la particularité d’être à l’origine du dessinateur de BD Jacques Tardi, « Avril et le monde truqué », dispose en plus d’un scénario assez original : d’éminents savant sont enlevés, et la France est privée du progrès technique, comme restée bloquée en 1871. Une histoire rondement menée, où l’héroïne principale, ayant pour seul ami son chat parlant Darwin, forte et indépendante, va devoir se battre pour retrouver les membres de sa famille, tous brillants scientifiques depuis des générations.

Sorti en 2015. Durée : 1h45.

Genre : Film d’animation, aventures.

Réalisation par Franck Ekinci et Christian Desmares.

Scénario par Franck Ekinci et Benjamin Legrand, d’après une bible graphique originale de Jacques Tardi.

Animateurs : Patrick Imbert, Nicolas Lemay et Nicolas Debray (animation 3D : Bernie Denk).

Musique : Valentin Hadjadj.

Production : Studiocanal, Je suis bien content, Arte France Cinéma, RTBF, Tchack, Kaibou Productions inc et Wallimage.

Distribution : Studiocanal et O’Brother Distribution.

Récompenses majeures : Cristal du meilleur long métrage à l’édition 2015 du festival international du film d’animation d’Annecy.

Avril et son grand-père extrait d'Avril et le monde truqué

Avec les voix de Marion Cotillard (Avril Franklin), Philippe Katerine (Darwin, le chat d’Avril), Jean Rochefort (Prosper « Pops » Franklin, le grand-père d’Avril), Olivier Gourmet (Paul Franklin, le père d’Avril), Macha Grenon (Annette Franklin, la mère d’Avril), Marc-André Grondin (Julius), Bouli Lanners (Gaspar Pizoni, le policier), Benoît Brière (Rodrigue, le varan mâle), Anne Coesens (Chimène, le varan femelle), Jean-Claude Donda (le commissaire de police impériale Derouge).

Synopsis : 1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du XIXème siècle, gouverné par le charbon et la vapeur.
C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?

Invention Avril et le monde truqué

Ma vision du film :

Saviez-vous que Paris avait autrefois deux tours Eiffel, reliées entre elles ? Pour savoir pourquoi il n’y en a plus qu’une aujourd’hui, regardez « Avril et le monde truqué »… Plus sérieusement, j’ai visionné un film étonnant, durant qui plus est 1H45… Ce qui est long pour un film d’animation où l’action est presque toujours présente. Un tel film a dû prendre à l’équipe plusieurs années afin de le réaliser.

Dans la famille d’Avril, on est tous scientifiques savants. Son arrière grand-père, faisant des expériences sur des animaux sauvages pour le compte de l’Empire français, disparait, les animaux aux drôles de pouvoirs ayant eu le temps de s’enfuir avant l’explosion de son laboratoire. Par la suite, privant la société des progrès scientifiques majeurs jusqu’à l’aube des années 1940, les meilleurs savants sont enlevés et pendant 70 ans, nul ne sait où ils ont pu disparaitre…

Extrait Avril et le monde truqué

Avril grandit donc dans un orphelinat, pensant avoir perdu ses parents. Ne lui reste dans ce monde froid et dur que son seul ami, son chat parlant Darwin. Devenue jeune adulte, Avril s’est construite seule, étant malgré elle solitaire, indépendante et méfiante, devant vivre cachée car on la recherche, ou surtout son grand-père, recherché par le revanchard Pisoni. La solitude étant tout de même dure à vivre pour n’importe quel mortel, Avril va sans le vouloir, rencontrer l’amour en la personne de Julius. Mais est-il lui aussi digne de confiance ?

Avril vit comme elle le peut, sans montrer d’émotions, en se débrouillant seule au moment où tout un chacun a besoin de la chaleur et de l’amour d’un foyer pour se construire. La seule fois où elle semble perdre pied et prendre un visage « humain », c’est lorsqu’elle pense perdre son seul compagnon, son chat Darwin, le seul qui la relie encore à la vie… [Attention spoilers] C’est seulement lorsqu’elle retrouvera son grand-père, qu’elle commencera à baisser ainsi la garde avec Julius et l’espoir de tisser des liens de nouveau. [Fin des spoilers].

Parents d'Avril dans Avril et le monde truqué extrait

Il faut toujours bien suivre car les scènes s’enchainent sans temps mort, l’intrigue bien ficelée, le suspense toujours présent. Tout est possible jusqu’à la fin et l’on n’a pas vu venir certaines péripéties.

[Attention spoilers] Les créatures enfuies du laboratoire de l’arrière grand-père d’Avril sont des varans qui parlent, ayant crée un monde parallèle futuriste en ayant réuni les scientifiques enlevés, persuadés selon eux de servir la cause en devant recréer le sérum capable de créer l’invulnérabilité, mais aussi la vie sur d’autres planètes. Mais si Chimène, le varan femelle veut faire le bien, il n’en est pas de même pour Rodrigue, son mâle, qui est prêt à tout pour « régner », reproche aux humains ce qu’il finira lui-même par faire : faire la guerre, faire régner la terreur, encore et toujours…

« Avril et le monde truqué » est donc aussi un film de science-fiction avec ce monde parallèle futuriste, tranche étrangement avec le monde de 1941 visible à Paris où le progrès n’a pas évolué puisque tous les savants sont réunis en un seul et même endroit. [Fin des spoilers].

« Avril et le monde truqué » est un film complexe, traitant de beaucoup de sujets (science, inventions, guerre, stupidité et avidité humaine, progrès, mais aussi complexité des rapports humains, poids de l’héritage familial…) où tout s’enchaine sans temps mort. Parfois très noir et dur (c’est du moins ainsi que je l’ai perçu), ce n’est pas vraiment un film à conseiller à un très jeune public. Un scénario bien trouvé, un film d’animation qui change un peu, qui montre les choses de la vie telle qu’elles sont, et donc, pas toujours roses.

Avril et Darwin dans Avril et le monde truqué