[Critique et analyse] Le Monde de Dory, le voyage initiatique d’un « poisson amnésique »

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« Le Monde de Dory » est la suite du film « Le Monde de Némo », sorti en 2003. Le long-métrage au succès fou aura donc attendu 13 ans pour avoir sa suite, portée par le génial Andrew Stanton (déjà réalisateur du premier volet des aventures de nos sympathiques poissons, et metteur en scène également du chef-d’œuvre « Wall-E »). Le film narre le voyage initiatique pour Dory, victime de troubles de la mémoire immédiates, partie à la recherche de ses parents, suite à des souvenirs d’enfance revenus habiter subitement sa mémoire.

Sorti en 2016.

Réalisation par Andrew Stanton.

Scénario par Andrew Stanton et Victoria Strouse, avec la participation de Bob Peterson et Angus MacLane.

Société de production : Pixar Animation Studios et Walt Disney Pictures.

Musique : Thomas Newman.

Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International.

Dory

Avec les vois françaises de Céline Monsarrat (Dory), Franck Dubosc (Marin, le père de Némo), Timothé Vom Dorp (Némo), Philippe Lellouche (Hank, le poulpe), Mathilde Seigner (Destinée, le requin-baleine correspondante de Dory), Kev Adams (Bailey, le béluga), Catherine Davenier (Jenny, la mère de Dory), Michel Papineschi (Charlie, le père de Dory), Gilles Morvan (Fluke, une otarie de Californie), Guillaume Lebon (Rudy, une otarie de Californie), Claire Chazal (elle-même, voix-off de l’Institut de biologie marine de la Baie de Morro).

Synopsis : Dory, le poisson chirurgien bleu amnésique, retrouve ses amis Nemo et Marin. Tous trois se lancent à la recherche du passé de Dory. Pourra-t-elle retrouver ses souvenirs ? Qui sont ses parents ? Et où a-t-elle bien pu apprendre à parler la langue des baleines ?

Ma vision du film :

« Le Monde de Dory » était le seul Pixar que je n’avais encore pas vu (oui, oui c’est étonnant me direz-vous !). Après avoir visionné il y a quelques mois son prédécesseur, « Le Monde de Némo », j’avais apprécié ce long-métrage réalisé par Andrew Stanton, réalisateur que j’affectionne tout particulièrement chez Pixar, puisqu’il est à l’origine de mon film préféré au monde à ce jour, « Wall-E » (dont voici mon analyse ICI). Mais pour être tout à fait honnête, ce n’était pas forcément l’amour fou, même si je ne « déteste » aucun des films du studio à la lampe, et que j’ai une certaine affection pour chacun d’entre eux. Chacun a ses préférences selon sa sensibilité, ses goûts cinématographiques et l’identification qu’il porte aux personnages et/ou à l’histoire.

Vivant désormais une vie paisible avec Némo et Martin qu’elle n’a pas quitté depuis leur rencontre, et leurs aventures vécues ensemble, Dory, victime de troubles de la mémoire immédiate, voit ses souvenirs d’enfance « remonter à la surface » et resurgir suite aux questions sur sa famille posées par les enfants de la classe. Dès lors, elle voudra partir à la recherche de ses parents, mais son amnésie va bien entendu compliquer les choses… En chemin, elle fera la rencontre d’Hank, un poulpe aussi peu loquace qu’extrêmement responsable et sérieux, bien que drôle à ses heures. Il se révèle bienvenu voire indispensable dans le long-métrage, et lui apporte davantage d’émotion et d’humour. Il aidera Dory à retrouver ses parents, « redressera la barre » lorsque son amnésie l’amènera malgré elle à commettre quelques impairs, menant à des situations pouvant parfois s’avérer délicates. Froid et patibulaire au départ, il va finir par briser sa « carapace » et s’attacher à Dory qu’il aura au final bien du mal à quitter.

[Attention spoiler] Une des scènes hilarantes du film est celle où Hank conduit le camion sur l’autoroute, et ne voyant pas la route, il est guidé par Dory qui oublie la moindre chose à la seconde… Pas triste, et loin d’être gagné, donc ! [Fin du spoiler].

Également, Destinée le requin-baleine, correspondante de Dory, se montre sympathique, chaleureuse et bienveillante envers cette dernière.

Dory, dont les troubles de mémoire pourraient indubitablement l’ébranler, a toujours l’air positive et enjouée, mais elle est « comme tout le monde », avec ses failles et ses blessures, même si elle ne montre que très rarement ses faiblesses (voir notamment la scène expliquée plus bas). Paradoxalement, son amnésie la préserve en quelque sorte de trop souffrir de ses troubles de mémoire…

Visuellement, Pixar nous a de nouveau gâtés, puisque les images, notamment dans les fonds marins, sont superbes, c’est une véritable réussite là encore.

Et concernant la musique, Andrew Stanton a de nouveau fait appel au talentueux Thomas Newman, déjà compositeur notamment de la sublime bande originale de « Wall-E ».

Exemple d’une scène très touchante où l’émotion est superbement sublimée par la musique. [Attention spoiler] Dory se retrouve perdue, seule, dans les eaux troubles, et pense avoir à jamais perdu tout le monde : ses parents, ses amis… Cette scène de plusieurs minutes, presque angoissante, à voir la panique de Dory dans ces eaux sombres, nous rend empathiques envers elle, et on a envie de l’aider. Les larmes ont coulé pour ma part à la vue de cette scène totalement désarmante, aidées par l’accumulation de la tristesse de Dory, ces eaux obscures et cette musique saisissante. Certaines personnes pourront se reconnaitre et s’identifier à elle, quand on a parfois peur de se retrouver un jour seul au monde, sans les personnes que l’on chérit tant, à nos côtés. [Fin du spoiler].

Dory perdue en eaux troubles

[Attention spoiler] Dory parviendra au final à retrouver ses parents grâce aux coquillages semés par ces derniers, malgré son amnésie. Dory reprend confiance en elle lorsque ses parents lui disent ne pas avoir douté qu’elle les retrouve un jour. [Fin du spoiler].

 « Le Monde de Dory » se révèle être un long-métrage d’animation très réussi, pour ma part même un peu plus que son prédécesseur, « Le Monde de Némo ». Le voyage initiatique de Dory, à la recherche de ses parents perdus, est une belle façon de vivre (et de clore la saga ?) une nouvelle aventure en retrouvant les personnages emblématiques du premier volet, tout en découvrant de nouveaux protagonistes marquants et attachants,  à l’image d’Hank et Destinée, notamment.

Et vous, qu’avez-vous pensé du « Monde de Dory » ? Avez-vous une préférence entre cette suite et « Le Monde de Némo » ? Pour quelles raisons ? N’hésitez pas à donner votre avis en commentaire !

Parents de Dory et Dory

Rétrospective : Festival International du film d’Animation d’Annecy 2018

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Cette année encore, le Festival International du film d’Animation d’Annecy a été une réussite. Des invités prestigieux, des découvertes étonnantes et réjouissantes, un palmarès florissant avec 34 prix décernés.

Bien évidemment, l’invité le plus attendu de cette 42ème édition était sans aucun doute Brad Bird, venu présenter son film « Les Indestructibles 2 » en avant-première (sortie le 4 juillet prochain, voir mon actu à ce propos ICI). De nombreux fans se sont pressés lors de la séance de dédicaces le vendredi 15 juin. Le créateur des chefs-d’œuvre « Le Géant de Fer » ou « Ratatouille » a notamment reçu un Cristal d’Honneur récompensant l’ensemble de sa carrière.

Dédicaces Brad Bird Festival du film d'animation Annecy 2018

Brad Bird en pleine séance de dédicaces le vendredi 15 juin (Crédits: Marion Feutry pour France 3 Régions).

Le Cristal du long-métrage a été attribué à Denis Do pour le film « Funan » (l’histoire d’une jeune femme qui devra apprendre à riposter et à exister durant le régime des Khmers rouges). Le prix du jury a été décerné au long-métrage « The Breadwinner » de Nora TWOMEY (l’histoire d’une petite fille afghane qui se déguise en garçon afin de pouvoir travailler et faire vivre sa famille). Pour retrouver le palmarès complet et toutes les informations officielles du Festival, cliquez ICI (site officiel du Festival).

De belles découvertes également, notamment lors des projections durant les cérémonies d’ouverture et de clôture. « Bilby », des studios Dreamworks, narrant l’histoire d’un petit animal solitaire aux prises avec les prédateurs et les terribles dangers du Bush australien, qui va, malgré lui,  devenir le protecteur et l’ami d’un oisillon aussi adorable que démuni. « Bird Karma », également des studios Dreamworks, met en scène un oiseau aux longues pattes. Il est question ici « de béatitude totale, d’avidité implacable et de la découverte fortuite de ce qui arrive quand trop n’est jamais assez… ». Un vaste programme bien mystérieux.

Funan de Denis Do

« Funan », de  Denis Do, ayant obtenu le Cristal du long-métrage.

Des avant-premières de longs-métrages très attendus cette année ont également eu lieu : « Hôtel Transylvanie 3 » (voir mon actu à propos de ce film ICI), « Dragons 3 : le monde caché » ou « Ralph 2.0 » en tête.

Des projections de classiques en plein air ont également été appréciées par les spectateurs. « Ferdinand » (voir mon analyse ICI), « Mon voisin Totoro » (qui ressort cette année à l’occasion de ses 30 ans) « Ma vie de Courgette » (voir mon analyse du film ICI), « Croc-Blanc » (voir mon analyse du film ICI) ou encore le premier volet des « Indestructibles » ont fait d’heureux spectateurs.

Le Festival du Film d’Animation d’Annecy revient bien entendu l’année prochaine (du 10 au 15 juin 2019 très exactement), pour une édition placée sous le thème de l’animation japonaise !

Bird Karma

Le court-métrage « Bird Karma » des studios Dreamworks.

Bilby

Le court-métrage « Bilby » des studios Dreamworks.

[Critique et analyse du film] Super 8 (2011), un hommage au cinéma de Spielberg

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« Super 8 » est un long-métrage dont on pourrait penser qu’il a été réalisé par Steven Spielberg. Pourtant non… Mais il y a néanmoins bien une patte du papa d’E.T. puisqu’il a coproduit le long-métrage. Écrit et mis en scène par J.J. Abrams, il est néanmoins un hommage au cinéma des années 1980 du célèbre réalisateur, reprenant les ingrédients qui ont fait le succès notamment d’ « E.T. l’extraterrestre » : un mélange de science-fiction, de passion pour le cinéma, de familles déchirées, d’amour naissant et de blessures profondes et secrètes… Avec, bien sûr, des effets spéciaux époustouflants, du suspense et des catastrophes à revendre.

Sorti en 2011.

Réalisation et scénario par J.J. Abrams.

Société de production : Paramount Pictures, Amblin Entertainment et Bad Robot Productions.

Musique : Michael Giacchino.

Récompenses majeures : Hollywood Film Festival 2011 : Spotlight Award pour Elle Fanning.

Phoenix Film Critics Society Awards 2011 : Meilleur casting pour l’ensemble des acteurs et actrices du film.

Super 8 tout le groupe

Avec Joel Courtney (Joseph « Joe » Lamb), Elle Fanning (Alice Dainard), Kyle Chandler (Jackson « Jack » Lamb), Ron Eldard (Louis Dainard), Riley Griffiths (Charles Kaznyk), Ryan Lee (Cary), Noah Emmerich (le colonel Nelec), Gabriel Basso (Martin), Zach Mills (Preston), Glynn Turman (le Dr Woodward).

Synopsis : Été 1979, une petite ville de l’Ohio. Alors qu’ils tournent un film en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d’une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.

Super 8_Joe_2

Ma vision du film :

Joe, adolescent, vient de perdre sa maman suite à un accident dans la fonderie de la ville, dans laquelle elle travaillait. Il vit désormais seul avec son père, shérif adjoint. Les deux hommes ne se comprennent plus tous les deux, tout simplement parce qu’ils ne communiquent pas assez. Lié à un groupe d’amis composé de Charles, Preston, Martin et Cary, ils vont tous avoir l’esprit accaparé par un projet de tournage de court-métrage impulsé par Charles, passionné de cinéma. La bande d’amis a joint Alice Dainard au projet, afin de jouer le rôle féminin principal du film. Elle ne laisse pas Joe et Charles indifférents… Une nuit, près de la voie ferrée où ils tournent le film, ils vont être témoins d’un accident ferroviaire sans précédent. Des disparitions inquiétantes d’habitants, d’animaux, vont survenir par la suite, poussant les amis à enquêter sur ce qu’il s’est passé, mais la découverte de la cause de tous ces phénomènes va les bouleverser à jamais, obligeant chacun d’entre eux, enfants et pères, à dépasser leur pudeur et à communiquer et enfin lever le voile sur leurs blessures, leurs failles et leurs douleurs…

Ce qui frappe en premier lieu dès les premières scènes du film, c’est que ce groupe de jeunes amis est très mature pour leur âge. Chacun vit, au sein de son foyer, des moments difficiles : Charles ne s’entend pas avec ses sœurs et trouve refuge dans sa passion, le cinéma. Il se dévoue corps et âme dans le tournage de son court-métrage en Super 8, et attend beaucoup de ses camarades afin de parvenir au résultat attendu concernant son film. Bien entendu, les évènements se passant à Lillian, cette petite ville de l’Ohio, vont perturber ses plans… Jack, le père de Joe ne sait plus s’y prendre avec son fils, depuis la mort de sa mère, Elizabeth ; Alice est seule face à son père alcoolique…

Tous ces adolescents vont néanmoins faire preuve de beaucoup de sagesse, de force, de retenue et de pudeur malgré leurs différents traumatismes, à un âge où l’on est généralement en proie à une rébellion en bonne et due forme.  Ils ne parlent ni entre eux (ou alors avec difficulté), ni avec les membres de la famille, de ce qui les tourmente.

Et c’est là que l’on retrouve tout l’esprit de Spielberg. Quand les émotions sont palpables dans les regards, les expressions, jusque dans le silence des protagonistes… Quand les blessures sont non dites, que ce soit par les enfants ou leurs parents (particulièrement les pères de Joe et Alice ici). Il y a beaucoup de justesse dans toutes les scènes où la douleur est visible, suggérée, mais non exprimée, [Attention spoiler] notamment celle où Joe et Alice tombent en larmes quand cette dernière lui avoue que le jour où la mère de Joe a eu l’accident à la fonderie, cela aurait dû être son père à la place, que la mère de Joe a remplacé car il était trop ivre pour aller travailler. [Fin du spoiler].

Une véritable découverte pour ma part que celle de cette jeune actrice de vingt ans, Elle Fanning, qui crève l’écran et très juste dans son rôle d’adolescente blessée, malheureuse avec son père, [Attention spoiler] et tombant peu à peu amoureuse de Joe. [Fin du spoiler].

Super 8 Joe et Alice

Les effets spéciaux sont époustouflants, notamment dans la scène du déraillement du train.

Mention spéciale à la musique de Michael Giacchino, magnifique, collant parfaitement aux tensions dramatiques de certaines scènes. Notamment dans cette bouleversante scène finale, où Joe, [Attention GROS spoilers] comme pour exprimer la volonté de commencer le deuil de sa mère, utilise le seul souvenir qui lui reste d’elle, son collier, pour faire aimant au vaisseau décollant de l’alien. Au même moment, il prend la main d’Alice, avec qui, on imagine, il débutera une belle histoire… [Fin des spoilers].

« Super 8 », malgré la tension, le suspense et l’oppression qu’il nous fait ressentir, est un film agréable, dont les références à « E.T. l’extraterrestre » et « Rencontres du troisième type » sont visibles et nombreuses. Il y règne à la fois un esprit très jeune mais également très adulte et mature. Certaines scènes sont très touchantes et les jeunes acteurs, Elle Fanning en tête, sont impressionnants de justesse. Et vous, avez-vous déjà vu ce film ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?

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P.S SPOILER POUR LES CONNAISSEURS DU FILM : Si je n’ai que très peu parlé de l’alien lors de mon analyse (voire pas du tout), cela était volontaire, pour ne pas « casser » tout le mystère du film, et parce que je voulais me concentrer sur l’aspect « psychologique » du film qui m’intéressait tout particulièrement.